OBJET DU PREMIER COMMANDEMENT
I. Objet du premier commandement. — Nous en connaissons la formule, empruntée par Notre Seigneur au Deutéronome (i) : a Ta aimeras le Seigneur, ion Dieu, de tout ion cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit {2) . » Et certes le Catéchisme Romain ne l'ignore pas ; mais il s'en tient au texte de l'Exode, beaucoup plus détaillé, pour faire ressortir les sanctions qu'il contient et qui s'appliquent d'une manière générale à l'observation ou à la négligence de tout le décalogue.
Tout d'abord, dans cette formule : « Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face, » il distingue deux préceptes, nous dirions deux aspects, l'un positif, l'autre négatif, comme s'il était écrit : Tu m'adoreras, moi, le vrai Dieu, mais tu n'auras pas de culte pour les dieux étrangers.
D'une part, dans sa partie positive, ce précepte comprend la foi, l'espérance et la charité ; car nommer Dieu, c'est nommer l'Etre par excellence, immuable, toujours le même, parfaitement juste ; d'oii la nécessité d'accepter ses oracles, d'avoir en lui une foi et une confiance absolues. Et comme il est tout-puissant et infiniment bon, la nécessité d'espérer en lui et surtout de l'aimer.
D'autre part, dans sa partie négative, c'est la condamnation de tout ce qui est contraire à ces trois vertus théologales, spécialement de l'idolâtrie, vers laquelle penchaient les Hébreux ; car Elie leur reprochait (3) de boiter des deux pieds, à la manière des Samaritains qui adoraient le Dieu d'Israël et les dieux des gentils (^) .
Or, ce premier commandement ne prescrit pas seulement les trois vertus théologales, il règle aussi
i.DeuL, VI, 5. — 2. Ma^i/i., XXII, 37. — 3. llîReg., xviii, 21. 4. Cat, Rom., III, Prim. prœc, n, i3.
lis LE CATÉCHISME ROMAIN
tout ce qui a trait au culte, c'est-à-dire la vertu de religion. Celle-ci, par sa nature, appartient aux vertus morales, spécifiquement à la vertu cardinale de justice. Bien qu'elle s'applique à honorer Dieu comme il convient, elle ne l'atteint pas immédiatement en lui-même, mais seulement dans sa gloire extrinsèque, et passe dès lors après les vertus théologales, qui ont pour objet immédiat Dieului-même. Par ailleurs, telle est son importance et sa dignité qu'elle mérite une place à part et qu'il importe d'en traiter ici.
IL Importance de ce commandement. — C'est le premier et le plus grand, a formellement déclaré Notre Seigneur ; et le Catéchisme Romain remarque que ce n'est pas seulement par le rang qu'il occupe, mais encore et surtout par son excellence (i). Car Dieu doit obtenir de nous beaucoup plus de confiance, de fidélité et d'amour que nos maîtres et nos rois temporels. N'est-ce pas lui qui nous a créés .^ et n'est-ce pas lui qui nous a nourris dès le sein de nos mères, qui nous gouverne, nous a appelés à la lumière et nous fournit tout ce qui est nécessaire à la vie ? N'est-il pas aussi notre fin dernière ? Nous venons de lui et nous allons à lui ; or, c'est là ce qui nous importe le plus (2).
III. Sanctions. — i. Deux observations s'imposent au sujet de la sanction indiquée dans la formule même de ce commandement. Il y est dit : « Je suis Jéhovah, ton Dieu, un Dieu jaloux qui punis V iniquité des pères sur les enfants, sur la troisième et quatrième génération à regard de ceux qui me haïssent, et qui fais miséricorde jusqu'à mille générations à ceux