SANCTIONS EXPRIMÉES
qui m'aiment et qui gardent mes commandements (i). «
Première observation. « Si la mention des châtiments est ici parfaitement à sa place, soit parce que les manquements à ce commandement sont les plus graves, soit parce que les hommes sont très portés à les commettre, elle forme la conclusion générale de tous les préceptes. De là ces promesses de Dieu si nombreuses et si souvent répétées dans les saintes Lettres. Car, sans parler des témoignages presque innombrables de l'Ancien Testament, voici ce que nous lisons dans l'Evangile : « Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements (2). » (( Celui-là entrera dans le royaume des deux, qui fait la volonté de mon Père (3). » « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu (4). » « Quiconque se met en colère contre son frère mérite d'être puni par les juges (5). » « Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos offenses (6). »
Seconde observation. «Cette sanction ne doit pas être présentée de la même manière aux parfaits et aux charnels. Pour les parfaits, qui sont conduits par l'Esprit de Dieu et qui lui obéissent promptement, allègrement, c'est là comme une nouvelle très agréable et un grand argument des bonnes dispositions divines à leur égard. Ils y voient la sollicitude d'un Dieu plein de tendresse qui force pour ainsi dire les hommes, tantôt par des récompenses, tantôt par des châtiments, à l'adorer et à le servir. Ils reconnaissent que, de sa part, c'est un trait d'immense bonté envers eux d'avoir bien voulu leur imposer un ordre et faire servir ses créatures à la gloire de son nom ; ils ont de plus le ferme espoir qu'en ordonnant ce qu'il veut. Dieu donnera les forces nécessaires pour l'accomplissement de ses ordres. Pour les charnels, au contraire, comme ils ne sont pas encore libérés de l'esprit de servitude et comme ils s'abstiennent du péché beaucoup plus par la crainte des châtiments que par l'amour de la vertu, cette sanction paraît dure et rebu-
I. Exod.y XX, 5-6. -- a. Matth., xix, 17. — 3. Matth., vu, 21. — 4. Mqtth.^ VII, 19. -- 5. Matthn y, aa, — 6, Matth.f vi, i5.
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tante. Le curé devra donc les encourager et les conduire par la main au but de la loi, sans jamais perdre de vue ces observations chaque fois que s'offrira l'occasion d'expliquer quelqu'un de ces préceptes (i). )>
2. Double motif à faire valoir. — Le Dieu fort. « Cette expression « le Dieu fort » doit être expliquée avec d'autant plus de soin que souvent la chair, très peu sensible aux menaces divines, se forge à elle-même divers moyens d'échapper à la colère de Dieu et d'éviter ses châtiments. Car quiconque est assuré que vraiment Dieu est « le Dieu fort, )) répète avec le grand David : a Oà aller pour me dérober à son esprit? où fuir pour échapper à son regard (2) ? » D'autres fois, la chair se défiant des promesses divines, grossit à ses propres yeux les forces des ennemis du salut et se croit tout à fait incapable de résister. Une confiance ferme et solide, nullement chancelante, du moment qu'elle s'appuie sur la puissance et la force de Dieu, ranime au contraire les courages et les fortifie; elle s'écrie alors : « Jéhovah est ma lumière et mon salut : que craindrais-je (3) ? »
Le Dieu jaloux. « Les hommes s'imaginent parfois que Dieu ne s'occupe point des choses humaines, pas même de notre fidélité ou de notre négligence à observer sa loi ; de là de grands désordres dans leur conduite. Si, au contraire, ils étaient bien convaincus que Dieu est un Dieu jaloux, cette pensée les retiendrait dans le devoir.
« Certes, la jalousie attribuée à Dieu n'est nullement cette passion qui trouble l'esprit, mais cet amour qui lui interdit de laisser personne s'éloigner de lui impunément. Il perd, en effet, tous ceux qui s'éloignent de lui (4). La jalousie de Dieu est cette justice toujours parfaitement calme qui répudie l'âme corrompue par de fausses opinions et de funestes passions et la repousse comme une adultère.
« Cette jalousie nous doit paraître très suave et très douce, parce qu'elle démontre l'immense et incroyable
I. Cat, Rom,, III, toc, cit., n. 4i-43. -* a. P§,, cxxxvm, 7. —
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bonté de Dieu à notre égard. Car, parmi les hommes, il n'est point d'amour plus ardent ni d'union plus étroite et plus forte que l'union cimentée par le mariage. En se comparant donc si souvent à un fiancé ou à un époux, Dieu se nomme un Dieu jaloux et montre par là même la grandeur de son amour pour nous .
« Au curé donc d'enseigner que les hommes doivent tellement être avides de ce culte et de cet honneur divins qu'on puisse dire d'eux, non seulement qu'ils les aiment, mais qu'ils en sont jaloux, à l'exemple de Celui qui disait de lui-même : « J'ai été plein de zèle pour Jéhovah, le Dieu des armées (i), » et à l'exemple du Christ, dont il est écrit : {( Le zèle de votre maison me dévore (2). »
3. Sens des menaces. « Le sens de ces menaces, c'est que Dieu ne laissera pas les pécheurs impunis : ou bien il les châtiera en père, ou bien il les punira sévèrement en juge. Moïse, en effet, l'indique dans un autre passage. « Sache donc que c'est Jéhovah, ton Dieu, qui est Dieu, le Dieu fidèle qui garde l'alliance et la miséricorde pour ceux qui r aiment et qui gardent ses commandements . Mais il rend la pareille à ceux qui le haïssent (3). » Et Josué dans celui-ci : (.< Vous ne pouvez pas servir Jéhovah, car c'est un Dieu saint, un Dieu jaloux ; il ne pardonnera pas vos transgressions et vos péchés. Si vous abandonnez Jéhovah et que vous serviez des dieux étrangers, il se retournera, il vous fera du mal et vous consumera (4). »
Jusquoii elles s'étendent. « 11 faut apprendre au peuple que, si les impies et les méchants sont menacés jusque dans leur troisième et quatrième génération par la partie comminatoire de la loi, cela ne veut pas dire que tous leurs descendants portent toujours la peine des crimes de leurs ancêtres, mais que, si les coupables et leurs enfants ne sont pas punis, jamais pourtant leur postérité entière n'échappera à la colère de Dieu et à son châtiment. C'est ce qui arriva pour le roi Josias. Eu égard à son extraor-
I. III Reg., XIX, 10, i4. — 2. Ps., lxvhi, 80 ; Joan., 11, 17 ; Cal. Rom., III, loc. cit., n. 44-48. — 3. Deut,, vu, 9-10. -^
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dinaire piété, Dieu l'avait épargné et lui avait accordé d'être déposé en paix dans la tombe de ses ancêtres pour qu'il ne fût pas témoin des malheurs que, dès l'âge suivant, l'impiété de Manassès, son aïeul, allait déchaîner sur Judas et Jérusalem. Mais la vengeance divine contre sa postérité suivit de si près sa mort que ses enfants euxmêmes ne furent pas épargnés.
« Comment concilier ces menaces de la loi avec cette sentence du prophète : a Lame qui pèche sera celle qui mourra (i) ? )> Voici comment l'a fait saint Grégoire, d'accord en cela avec tous les Pères : « Quiconque imite l'iniquité d'un père corrompu, est enchaîné à son sort; mais quiconque s'en abstient n'est point accablé par le poids du crime paternel. Ainsi le fils pervers d'un père pervers paie non seulement pour ses fautes mais encore pour celles de son père, puisque, aux crimes de celui-ci, qu'il savait avoir provoqué la colère du Seigneur, il n'a pas craint d'ajouter sa propre perversité. Et il est juste que celui qui, en présence d'un juge inflexible, ose néanmoins suivre les voies iniques de son père, expie les fautes de ce père dans la vie présente (2). »
4. La bonté et la miséricorde. « Il faut rappeler aussi combien la bonté et la miséricorde de Dieu l'emportent sur sa justice ; car si sa colère atteint jusqu'à la troisième et quatrième génération, sa miséricorde s'étend jusqu'à la millième (3). »
5. Gravité du péché. « Ces mots : de ceux qui me haïssent montrent la grandeur du péché. Qu'y a-t-il, en effet, de plus criminel et de plus odieux que de haïr la bonté et la vérité souveraines ? Or, s'il est dit : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c'est celui-là qui m'aime (4), » on doit dire par contre que celui qui méprise la loi du Seigneur et n'observe pas ses commandements, déteste réellement Dieu (5). »
6 L'amour de Dieu, vrai motif d'obéissance. « Ces mots
I. Ezech., xvm, 4- — 2. Moral., XVI, xxxi, Cat. Rom., toc. cit., n. 5o. — 3. Cat. Rom., III, toc. cit., n. 5i. — 4* Joan., XIV, 21. — 5. Cat. Rom*i III, loc, cit.^ n. 5?»
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de la fin: ceux qui m'aiment, nous apprennent de quelle manière et pour quel motif on doit garder la loi : il faut que nous y soyons portés par la même charité et le même amour que nous avons pour Dieu (i). »
Avec raison le Catéchisme Romain signale les deux principes dynamiques de notre obéissance au décalogue, la crainte des châtiments, l'espoir de la récompense. Mais il ne s'agit pas plus d'une crainte purement servile que d'une espérance purement mercenaire : elles ne conviennent pas à des créatures libres, à des enfants de Dieu. En fin de compte, la loi donnée par Dieu à Moïse doit être obéie par amour. Ce fut sans doute jadis une loi de crainte, mais oii l'amour avait nécessairement sa part. L'Evangile, sans écarter la crainte, car elle est le commencement de la sagesse, a mis désormais de préférence l'accent sur l'amour : l'amour de Dieu par dessus tout et pour lui-même, l'amour du prochain comme soi-même en Dieu et pour Dieu. Et par là il ouvre la voie aux parfaits dans la poursuite de plus en plus désintéressée du devoir ; car vivre pour Dieu seul et pour sa gloire, sans se préoccuper plus qu'il ne sied de son propre avantage, est l'idéal de la perfection.
IL La foi
I. Les vertus infuses. — i. Les vertus théologales. Dans la justification, avec la rémission des péchés et la collation de la grâce sanctifiante, des principes d'action surnaturelle, des énergies d'ordre divin nous sont donnés, ce sont les vertus infuses. Les unes sont dites théologales (2), non seulement parce qu'elles ont Dieu pour cause et que c'est
î, CQ,t, fiom., III, loc, ciu, n. 53,-3. Voir t. in, p. 697 sq.
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à Dieu que nous en devons la connaissance, mais surtout parce que, nous ordonnant vers Dieu, elles ont Dieu lui-même pour objet et pour motif. Ce sont la foi, qui nous fait connaître notre fin surnaturelle et les moyens d'y parvenir ; Vespérance, qui met en Dieu notre espoir du salut ; et la charité, qui nous fait aimer Dieu par dessus tout.
2. Les vertus cardinales. Les autres vertus sont dites morales, parce qu'elles ont pour objet les devoirs moraux de l'homme. Quatre d'entre elles portent le nom de cardinales, parce qu'elles forment l'axe de toute la vie morale. Ce sont lo. prudence, qui éclaire et dirige la conduite par le discernement de ce qui est à faire ou à éviter ; \di justice, qui porte à rendre à chacun ce qui lui est dû ; la force, qui écarte les obstacles et triomphe des difficultés dans l'accomplissement du devoir ; la tempérance, qui modère la concupiscence et la maintient dans de justes limites. Ces quatre vertus cardinales servent de centre autour duquel se groupent beaucoup d'autres vertus secondaires et subordonnées.
Parmi toutes ces vertus, les unes se rapportent à l'intelligence et sont d'ordre intellectuel : ce sont la foi et la prudence. Toutes les autres se rapportent à la volonté.
3. Ressemblance et différence des vertus théologales. Les trois vertus théologales ont Dieu pour objet, mais différemment. L'objet de la foi, c'est Dieu, mais Dieu nous révélant des vérités, soit par la parole, soit par l'Ecriture ou la tradition. L'objet de l'espérance, c'est Dieu, mais Dieu se donnant ici-bas par la grâce et au ciel par la gloire de la béatitude. L'objet de la charité, c'est Dieu en lui-même, dans sa perfection infinie. — Toutes trois ont Dieu pour motif ou pour objet formel, mais différemment. On croit à la vérité révélée, parcG que Dieu, vérité et
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véracité, ne peut ni se tromper ni nous tromper et qu'il a droit à être cru sur l'autorité de son propre témoignage. On compte sur la gloire et sur la grâce, parce que Dieu nous les a promises et qu'il est infiniment fidèle dans ses promesses. On aime Dieu enfin, non pour le bien qu'on en a reçu ou qu'on attend de lui, mais parce qu'il est la perfection même.
4. Relations et affinités entre les vertus théologales. Les trois vertus théologales ont entre elles d'étroites relations et des affinités intimes. La foi est le commencement du salut, le fondement ou la racine de toute justification ; mais bien qu'elle s'enfonce dans les profondeurs de l'âme, elle ne suffit pas à la justifier. Elle tend à Tespérance et à la charité, elle les appelle, elle leur ouvre la voie. La perdre, c'est perdre par là même les deux autres ; car la destruction du fondement est la ruine nécessaire de l'édifice qu'il supporte, la disparition de la racine est la suppression de l'arbre qu'elle alimentait. — L'espérance s'appuie sur la foi ; éclairée par elle, elle s'épanouit, pénètre dans le ciel et y jette l'ancre ; elle forme l'amour intéressé et sert de passage naturel à un amour meilleur, à l'amour désintéressé de bienveillance. La perdre, ce n'est pas toujours perdre la foi, mais c'est assurément perdre la charité ; car le fondement peut rester quand l'édifice est à terre, comme aussi la racine quand l'arbre est coupé ; dans ce cas, il n'y a plus de couronnement, puisque l'édifice ou l'arbre ont disparu. — La charité suppose la foi et l'espérance, parce qu'on n'aime que ce que l'on connaît et ce que l'on désire, mais elle sert de couronnement à l'une et à l'autre, elle leur donne la perfection et rend leurs actes méritoires. La perdre, et on la perd par un seul péché mortel, ce n'est pas toujours perdre \^ foi et l'espérance ; car le fonder
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ment et une partie de l'édifice peuvent subsister, même quand le faîte a été détruit, la racine et le tronc de l'arbre peuvent continuera végéter, même quand l'arbre a été décapité.
5. Cest de ces trois vertus qu'il faut traiter ici, relativement aux obligations morales qu'elles imposent ; car, si Dieu a daigné en orner notre âme, c'est pour que nous nous en servions en conformité complète avec sa volonté et au mieux de nos intérêts surnaturels, ces intérêts se trouvant très heureusement liés à l'exécution même de la volonté divine.
IL La foi naturelle, ou purement humaine, est une habitude ou un acte d'acquiescement de l'intelligence à une proposition sur le témoignage d'autrui, ou de confiance de la volonté à une direction sur l'autorité d'autrui. Dans l'ordre théorique de la spéculation, l'homme se confie à un témoin, il accorde un crédit à sa parole, il accepte son témoignage, il croit à ce qu'il dit, en un mot il fait un acte de foi intellectuelle. Dans l'ordre pratique de l'action, il se confie à quelqu'un, il accorde un crédit à ses conseils, il se fait un devoir d'y souscrire, en un mot il fait un acte de foi pratique.
Du côté de l'intelligence comme du côté de la volonté, il y a, dans leur acte de foi, un vrai sacrifice. Mais ce sacrifice est raisonnable, commandé qu'il est par la prudence et la sagesse ; il est surtout avantageux, car il étend au loin la connaissance de l'esprit à travers le temps et l'espace, et offre une grande sécurité aux décisions de la volonté. Chaque jour et presque à chacun de ses pas, l'homme multiplie de tels actes.
Par la foi spéculative, qui est un acte de connaissance propremept dit, nous donnons notre assenti-