ATANT-PROPOS
^ l'honnêteté des mœurs; les préceptes judiciaires réglaient, selon la justice, le gouvernement du peuple de Dieu, et les préceptes cérémoniels réglaient les cérémonies du culte divin , cérémonies par lesquelles étaient figurés les mystères de la religion chrétienne* Les préceptes moraux ont été retenus et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les préceptes judidaires ont été laissés par lui au pouvoir de l'Élise ^ qui en a retenu quelques-uns seulement; les' préceptes cérémoniels contenaient seulement les figures de la venue du Christ et de sesdivins mystères ; or, comme le Christ est venu et que tous ces mystères ont été accomplis, il s'ensuit que les préceptes cérémoniels ont dû être entièrement abolis. Nous ne parlerons donc que des préceptes moraux qui sont contenus dans le Décalogue^ et ensuite des préceptes que FÉglise a imposés aux fidèles.
LE ,-. i'. :, :
OU
DE OONFÉRENŒS ET D'INSTRUCTIONS FAMILIÈRES 8ar les prinapaoi points de la Doclrine cbrétienDe.
De la fol. ( Premier Commandement du Décalogue. )
EXPOSé 80MMAIIIE.
Définition de la foi , de l'espérance et de la charité , considérées comme vertus théologales. — De Toblrgation où nous sommes de faire des actes de ces trois vertus, et de la forme qui constitue ces actes. — Des obligations que la fol nous impose, et des articles que tout adulte est tenu de croire.
TEXTES TIEÉS DE l'ÉCRITDBE SAINTE.
Sine fide impossibile est placere Deo. Credere enim oporlet accedentem ad Deum quia est , et inquirentibus 86 remunerator esl. (Hebr. m. 6.) — « Sans la foi 11 est
•[4 .* , V !î-'P ^ ^^ CATÉCHISTE
4;^ô$siWe f(|e glatîre* a'. Dieu ; car, pour s'approcher de ï)îeli ,' li* fajii 'etoVrë 'premièrement que Dieu est et qu'il récompense ceux qui le cherchent, m
Qui non crédit jam judicatus est ; quia non crédit in Domine unigeniti Filii Dei. (Joann. m. 4 8.) — a Qui ne croit point est déjà jugé ; car il ne croit point au nom du FiU unique de Dieu. ï>
TEXTES TiaÉS DES PÈRES.
Sine fide incarnâlîonis et mortis et resurrectioQÎs Christi Dec antiques justos , ut jusli essent , a peccatis potuisse mundari , et Dei gralia juslijficari , veritas cbrisliana non dubitat. ( S. Aug. ,. lib. de Peccat. orig. , c. xxiv. ) — « G*est un dogme catholique que, sans la foi à Tincarnation, à la mort et à la résurrection du Christ , les justes de Tancienne loi n*ont pu être purifiés de péché el justifiés par la grâce de Dieu. »
Post lempus graliœ revelatse iam majores quam minores tenentur habere fidem explicitam de mysteriis , Christi. (S. Thom. 2. q. 2. art. 8. ) — « Après le temps de la grâce révélée, les grands comme les petits sonl tenus de croire explicitement les mystères du Christ. »
EXORDE
Nune aotem maneitt fides , spes , charitas , tria bxc : major aiitem borum est chantas. ( I. Cor. XIII. \z, )
« Maintenant ces trois yertus : la foi , l*espërance . la charité . demeurent , et la plsi grande des trois , c'est la diarité. »
Mes Frères^
Par le premier précepte du Décalogue, il nous est ordoooé âe reconnaître , d'avoir et de confesser uo seul Diea et de
EM CRAimE* S
Idî rendre le culte qui lui est dû. Déjà je vous ai montré quel est ee Dieu unique, combien il mérite d'être servi et adoré. Noos parlerons aujourd'hui du culte que nous devons lui rendre.
Saint Augustin nous dit : « Dieu est honoré par les actes de foi , d'espérance et de charité. » Or, je définirai d'abord ces trois vertus théologales. Je vous expliquerai ensuite comment doivent être faits les actes de ces vertus f et dans ee discours je m^étendrai particulièrement sur les articles que nous devons croire pour être sauvés.
4* La foi, réspéraoce et la charité constituent le véritable chrétien.
La foi est une vertu que Dieu infuse dans nos âmes ivec le baptême ; par elle nous croyons les vérités qu'il a révélées eiprc^osées lui-même à son Église, et nous les croyons parce -que Dieu ne peut mentir. Nous fai* êODs donc ud aote de foi lorsque ; par exemple , nous disons : « Je croi^ la trinité des personnes divines en ■ne astde nainre, et je crois cela , parce que Dieu l'a réféléet que TÉglise me propose de le croire. » Cependant, pour faire un acte de foi il n'est pas nécessaire d'exprimer le motif sur lequel la foi est fondée, il suffira donc de dire : « Je crois le mystère de la très -sainte Trinité. »
L'espérance est également une vertu théologale que Dieu a infusée dans nos âmes avec le baptême. Par cette vertu nous espérons obtenir la vie éternelle dans le ciel , grâce à la puissance de Dieu.qui peut nous secourir et à sa misé* rioordequi, par les mérites de Jésus-Christ, nous aide à acquérir cette vie éteroelle qui nousest promise. Cest pourqncn l'espérance que les fidèles noetlent dans la protection delUrteet desamts, est fondée sur la toute-puissance et
]a miséricorde de Dieu , et sur les mérites de Jésus-Ghrisf , miséricorde et mérites qui donnent à Marie et aux saints la puissance d*impétralion. Donc nous faisons un acte d*es* pérance , lorsque nous disons : « J'espère , avec la grâce de Dieu et par les mérites de Jésus -Christ, éviter le péché , accomplir ta loi divine et acquérir ainsi la vie élernelle! »
La charité est également une vertu théologale que Dieu infuse dans notre âme avec le sacrement du baptême, el par laquelle nous aimons Dieu par-dessus toute chose à cause de son infinie bonté, qu*il nous a manifestée de mille manières, surtout dans les trois mystères de l'incarnatioDy de la passion et de Teucharistie. La charité aime Dieu pardessus toute chose, parce qu'il mérite d'être aimé ainsi à cause de son infinie bonté. Donc, si vous voulez faire un acte de charité , dites : « Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur par - dessus toute chose , à cause de votre bonté infinie. »
2<> Â présent il nous faut parler des obligations que nous impose la foi , et premièrement des articles que tout adulte est tenu de croire.
Il faut savoir qu'il y a deux sortes d'obligatîoD : l'obligation de moyen et l'obligation de précepte.
L'obligation de moyen est celle sans laquelle nul ne peut obtenir la grâce de Dieu ni la vie éternelle. A l'égard de cette obligation, l'ignorance ne peut servir d'excuse {auprès de Dieu.
L'obligation de précepte est celle qui oblige, mais de telle manière que l'ignorance peut dans certaiûs cas excuser la faute , si on ne remplit pas le précepte.
Cette distinction posée, toutaduUe est tenu premièrement </6 croire que Dieu est et qu'il récompense ceux qm le
BN CH4IBB. T
derchmt (4). Ce sont les paroles mômes de TapAlre sainl Paul. Croire est de nécessité de moyen , car sans la fbip, dit encore saint PaiH , il est impossible de plaire à Dieu (%), c'est-à-dire d'obtenir la grâce ou le salut éternel. De fa même nécesmté de moyen , tout adulte doit croire expli* cilement et formellement les deux principaux mystères delà foi chrétienne , premièrement le mystère de runîté de nature en Dieu et de la trinité des personnes, le Père , le Fils et le Saint-Esprit; secondement, \6 mystère de l'ioearnation du Fils, seconde personne, qui a revêtu notrs huffldnité, c'est-à-dire a pris, par Topéralion du Saint» Esprit, une âme semblable à la nôtre, et un corps formé da taog virginal de Marie, afin de souffrir et de mourir dans eelte humanité et de nous délivrer ainsi de la mort éternelle. Sans la foi en ces deux mystères, nul ne peot obtenir h griee ni la gloire. Il est dit dans TÉvangile : Qui croUenlui (JésQsGbrist) ne sera point jugé, mais qui riy croit point est défd jugé, car il ne croit poitU au nom du Fils unique dé Oiétt. Et saint Paul dit également : L'on n'est pas justifié par ki (Buores de la loi, mais par la foi en Jésus-Christ (3). C'est pourquoi saint Thomas dit positivement : «r On ne peol croire explicitement le mystère de l'incarnation sans croire en même temps le mystère de la trinité , parce que le nystère de l'incarnation du Christ contient que le Fils de Dieu s'est fait homme et qu'il a été conçu du Sâiut-Ësprit. » Si le même docteur conclut en disant : c Après le temps de la grâce révélée, tous sont tenus de croire explickeroent les mystères da Christ, principalement les mystères qoi
(l) fle6r. II. .
P) Eod. ioc.
(t) JOANM. III.
s LB GàTiCHlSTB
sont commnnémeat solennisés dans l'Église et publique* ment proposés » comme le sont les articles- du mystère de rincarnalion. » D après saint Augustin, il est de foi que les justes mêmes de l'ancienne loi n'ont pu èlre justifiés 0 obtenir la grâce de Dieu que par la foi à rincarnalion , à la mort^t à la résurrection du Christ. C'est pourquoi Job , ùei homme juste de la loi natiirelle qui florissait longtemps avant la loi écrite, disait : Je sais que mon rédempteur est vivant et quun jour il s'élèvera sur la terre , et lorsque mon corps aura été consumé par la mort^ je verrai encore le Seig7ieur dans ma chair {\).
II suit delà que tous les adultes 8<mt tmiii8,sous pei&ede péché mortel^ de savoir et de croire eipHcitement tous les articles qui sont contenus dans le Symbole des apdtres , du moins quant à la substance. En outre, les adultes doV» vent savoir, de nécessité de précepte^ les principales t)bligalionsdu chrétien, c'est-à-dire les préceptes du Déca* logue et les commandements deTÉglise, et en outre eba- €un doit connaître les obligations principales de sa propre condition. La raison en est évidente ; coinment remplir ses obligations si on ne les connaît pas? Donc, puisque les vérités comprises dans les articles du Symbole et les autres que nous venons d'iodiquer sont les règles et les vérités principales qui appartiennent à la loi chrétienne et par conséquent à tout chrétien , celui qui les ignore est gravement coupable d'omission envers Dieu y surtout dans les pays catholiques, où l'ignorance de la loi divine ne peut provenir que d'une négligence coupable. Tout adulte, dans la mesure de son âge et de son intelligence, est encore tenu de savoir et de croire les vérités qui regardent
(1) Job. XIX.
les sept sacrements , leur vertu et leur efficacité, et il doit avoir une coDnaissance plus distincte , plus expresse da baptême, de la péuiteoce et de reucbarislie. Il doit codnaître ce qui a rapport à Tiovocaliou de la sainte Vierge et des saints , au culte des saintes images et des reliques , au purgatoire et aux suffrages par lesquels peuvent être soulagées les âmes qui y sont retenues. II doit savoir également, comme Taffirme saint . Thomas , les mystères de lésus-Ghrist qui sont célébrés solennellement dans TÉglise.
PÉBORAISON.
Et cependant les ministres de Dieu pourraientdirecombieQ de chrétiens ignorent même les choses relatives aux sacre* menls qu'ils reçoivent, certains articles du Symbole et même ceux de la trinité et de rincarnalion , de la mort et de la résur^reclion de Noire-Seigneur Jésus-Christ. Cependant ces chrétiens , qui ignorent les choses les plus essentielles au salut, sont très-habiles quelquefois drins les choses du monde et surtout dans Tiniquilé, de sorte que nous pouvons dire avec la même douleur que le prophète
Osée : Non enim estveritas et non est scientia Dei in
terra! « Les choses de Dieu sont incohnues sur la terre ; on ne cherche plus la vérité. » L'art de faire fortu^ne suffit à la plupart des intelligences, ô mon Dieul Non est scientia
Dei in terrai Mes frères , aspirons plus haut ; cherchons la
vérité, qui est la vie de l'intelligence, et qui conduit à la véritable gloire et à réternelle félicité.
TRAIT HISTORIQUE
c La foi, dit saint Paul , est la substance des choses que nous devons espérer et la preuve de ceUes que nous ne voyons .point. Cest par la
40 LE GikTÉCHISTB
foi qae les anciens se sont rendus recommandables. G^est la iSoi qtii nous apprend que le monde a été fait par la parole de Dieu , et que , d^invisible qu'il était, il est devenu visible. » Ensuite saint Paul fait une longue énumération des anciens Pères recommandables par leur foi. Pais il conclut : a Et que dirai-je encore? Car le temps manquerait si je voulais parler de Gédéon , de Barac, de Samson, de Jephté, de David , de Samuel et des prophètes ; ces honunes, par la foi , ont conrquis des royaumes, ils ont exercé la justice, obtenu Teffet des pro* messes et fermé la gueule des lions. Ils ont éteint la force du fea , échappé au tranchant des épées ; ils ont été guéris de leurs maladies, ils ont été vaillants dans la guerre, ils ont mis en fuite des armées enne-^ mies..... Le monde n'était pas digne d'eux : ils ont erré dans les déserts et les montagnes , se cachant dans les cavernes et les antres de la terre. Et tous ceux-là ayant obtenu un bon témoignage pour leur foi, n*ont point reçu ce qui leur avait été promis ; Dieu ayant prévu quelque chose de meilleur pour nous , afin qu'ils ne parvinssent pas sans nous à ce qui est parfait (i). » C'est-à-dire que Dieu a différé jus~ qu'à Tavénement du Christ l'accomplissement des promesses faites & la foi.
f Aetes d'espérance et de charité. (Suite du !«' Commande) EXPOSé SOMMAIRE.
Double obligalioQ où nous sommes de faire fréquemmeut des actes de foi , d*espéraQce et de charité. Efficacité de ces actes.
TEXTES TIRÉS DB l'ÉGBITURE SAINTE.
Fiai misericordia toa, Domine, super nos, quemadmodum speravimusîn te. [Ps. xxxii. 22,) — « Que votre
<0 Eeàr, xi.
B!l: CHAnE. tt
inisérieorde deaeende sar nous, Seigneur, selon notro espérance. »
Beaius vir, cujus est nomen Domini spes eju8?( Ps. xxxix. 6.) — « Heureux celai qui a fail du nom du Seigneur son espérance. »
TEXTES TIRiS DBS PÂEES.
Quanto magis régnât in unoquoque Dei cbaritas , (anlo mîûus eî domînalur iniquitas. (S. Aug. , Conc. xxvii. m Pt. cxvin.) — « Plus l'amour (Je Dieu règne dans un cœur, moiDS Tiniquité y domine. »
Atna, et fac quod vis. — « Aimez, et faites ce que vous voudrez. » ( S. Aug. ]
EXORDB.
Nane antem manent fldes . fj^ , charitaf, tria haec : major aatem bomm est cbaritas. (l.Cor. xni. 45.)
« Maintenant ees trois Tertos : la foi , Tespèranee , la eharitè , demeorent, et la plos grande des trois , c'est la charité. »
Mes Frères,
Laissant de côlé les opinions condamnées par le saintsiège touchant l'obligation de faire des actes de foi, d*es» péraoce et de charité, nous parlerons aujourd'hui de lobligation où nous sommes de produire ces actes. Hais avant de commencer , il nous faut distinguer deux sortes d'obligations. La preipière est appelée directe, parce qu'elle nait directement, immédiatement du préceptedivin ; l'autre est appelée indirecte , per accidens , comme disent les théotogiens , parce quette vient d'une cause accîdenteHe. Le précepte divin nous oblige directement à faire de»
IS LB OidéCHUTJt
actos de bi , d'espérance et de charité, dès que noua eom^ mençons à avoir Tusage de la raison ; car il esl jasie quo l'homme dirige ses premiers pas vers son Créateur , soa Rédempteur , son premier principe et sa fin dernière. Eq outre l'homme esl tenu de produire ces actes à Theure de ia mort ; car il esl juste que Tbomme , arrivé à ce moment suprême , se tourne par ces mêmes actes vers celui qui esl le maître de la vie el de la morl. Selon une opinioa trop commune, tous sont tenus, sous peine de péchô mortel , de produire ces actes au moins une fois l*an. Pour nous, mes frères ^Qous croyons que, pour satisfaire au divin précepte, ces actes doivent être plus fréquents. Sans citer ici les textes nombreux de l'Ancien et du Nouveau Testament et les passages des Pères qui nous invitent à l'exercice Hie ces vertus, il me suffira d'exposer la nécessité et l'efficacité de ces actes et la double obligation où nous sommes de faire ces actes, c'est-à-dire, 4' l'obligation directe ; 2^ l'obligation indirecte ou accidentelle.
\^ N'est-il pas vrai que tout fidèle est tenu par le précepte divin de se conserver pur de péché mortel? Or, pour cela esl-il un moyen plus sûr, plus efficace que lexercice fréquent de la foi, de l'espérance et de la charité? Est -il un moyen plus sûr que la pratique de ces vertus qui regardent Dieu immédiatement, et qui-pour ce motif sont appelées théologales? Comment un chrétien pourrait- il éviter les périls, les occasions du péché, mépriser les honneurs , les dignités , les biens de ce inonde , fouler aux pieds les plaisirs des sens pour aspirer eux véritables biens, à la véritable gloire , aux joies pures du ciel , sans le secours de Dieu ? Or, comment obtiendra-'t-il les secours de la grâce divine? Gomment vaincra-MI les tentations de la chair, du monde et dn démon /qui le
pressent chaque joar, s'il D*espèré en Dieu qu'une fois par au , alors que Dieu semble , selon Texpression du Psalmiste , mesurer sa grâce à notre espérance? Fiat misericordiatua^Pamine, supernoSy quemadmodum speravimus m te (4). N'estai! pas vrai , mes frères, que cet acte de foi, d'espérance et de chanté unique chaque année ne saurait Dous donner la fsrce de repousser tant d''ennemis , de vaincre tant dé difficultés, d'éviter le péché et de conserver la grâce de Dieu en nous? Donc si Dieu nous ordoDoe de nous abstenir du péché, de conserver en nous ia grâce divine , il s'ensuit que Dieu nous ordonne aussi de bire souvent des actes de foi, d'espérance et de pbarité. Aussi rien n'est plus recommandé dans la sainte Écriture que Ja pratique de ces trois vertus^ et surtout de l'amour de Dieu , et c'est pourquoi le précepte de la charité est appelé le plus grand et le premier commandement.
Mais l'on me dira peut-être : L'Église ne nous oblige à la confession qu'une fois l'an , donc Dieu ne nous obligé aux actes de foi , d'espérance et de charité qu'une fois par ao. Je nie cette conséquence. Le sacrementde la confession peut ètresuppléé par ces actes dans le cours de l'année et principalement par l'acte d'un amour efficace envers Dieu, de telle sorte que l'homme peut par un tel acte recouvrer la grâce s'il la perdue , et s'y fortifier, s'il l'a conservée ; mais par quoi peut-il suppléer ces actes , si ce n'est par une bonne confession qui en répare la négligence? On voit donc que l'âme sera privée des moyens les plus salutaires. Faisons donc souvent des actes de foi^ d'espérance et d'amour, mais priocipalemeot aux fêtes solehnelles. Si voQS aveas de voire âme un soin inquiet, faites oes actes
(!) PiaL xxmt.
pendant le sacrifice de la messe. Ce temps est favorable; car l*augusle sacrifice ooas fournit les motifs les plus puissants elles plus efficaces de faire de tels actes. En effet, dans le saioi sacrifice le fidèle Irouveà exercer sa foi dans le sou-venir des souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ parce que la messe est le mémorial de la passion et de la mort de Notre- Seigneur, et encore parce que leucbarislie qui est consacrée à la messe est appelée par excellence le mystère de la foi. Le fidèle trouve encore dans la messe à exercer Tespérance ; car dans ce sacrifice Dieu le Fils s'offre à Dieu le Père pour nous obtenir toute^rte de grâces ; ei enfin Tâme fidèle trouve motif à exercer sa charité envers le Dieu qui par amour pour nous s'offre tant de fois comme victime , se fait notre nourriture et demeure avec nous et en nous.
N*esl-il pas urgent, mes frères , de faire fréquemment des actes de foi sur les vérités révélées qui sont le fondement de notre félicité ? des actes d'espérance envers Dieu, notre prolecteur le plus puissant et le plus fidèle à ses promesses ? des actes d'amour envers un Dieu qui , dans sa charité , nous a comblés de tant de bienfaits dans l'ordre de la nature et dans Tordre de la grâce, et de qui nous attendons notre salut éternel? Donc, mes frères , croyons «fermement^ espérons constamment , aimons ardemment ; faisons souvent des actes defoi, d'espérance et de charité» qui oous donnent la force et le repos dans le centre unique deloutbien.
2^ Nous sommes encore tenus de faire des actes de foi , d'espérance et de charité , lorsque nous sommes entraînés au péché par quelque tentation, et que nous connaissons que nous sommes en danger d'y consentir si nous ne faisons pas ces actes. G'eait telle obligation que les
EN CBàitLE. 4S
(héologiens appellent aooiden(eIlô|, per acoidens. Tous les (béologiens affirmeot avec saini Thomas que nous sommes tenus de bire ces actes pour ne pas succomber à la tentation. Or, il faut distinguer deux sortes de tentations» savoir : celles qui sont immédiatement contre la foi, contre Fespérance et .contre la charité, et celles qui sont coo* traires à toute autre vertu» par exemple à la chasteté. Les premières sont repoussées par les actes de foi, d'espérance et de charité, qui sont les vertus contraires aux tentations éprouvées, et auxquelles il appartient directement de les repousser. I>onc celui qui est en danger de pécher contre ces vertus , doit produire ces actes respectivement contraires aux tentations. Ainsi, celui qui est gravement tenté deoe pas croire, ou de douter de quelque vérité de la foi» est tenu de faire un acte de foi sur cette vérité dont il est tenté de douter. Le propre de ces vertus est de repousser directement ce qui leur est contraire. Nous sommes tenus Qccideniellement de produire des actes de foi, d'espérance et de charité y lorsque nous les jugeons opportuns pour ne pas tomber dans des péchés graves contre quelque vertu ; par exemple , celui qui , gravement tenté d'impureté , de vengeance ou de tout autre péché, se sent en danger de consentir, doit produire ces actes. En effet, quel bouclier est plus capable de nous protéger contre les flèches des tentations, que de penser au dogme de lenfer ^que Dieu a préparé pour les pécheurs? ou au paradis, qui est la récompense promise à ceux qui résistent courageusement? ou à la passion et à la mort que ïe Christ a voulu souffrir pour combattre le péché , pour nous fortifier et nous rendre plus capables de vaincre les tentations ? De là vient que saint Paul nous exhorte à prendre le bouclier de la foi , pour émousser les flècjtes des tentations diaboliques.
If LB «âHteHlM'B
« Souvenez-voOTsurtoQl du bouclier de la foi,^ pour pouvoir éteindre lestralls enflammés de Kesprit malin : » In omnibus sumentes scuiifmfideiy m qtiofossitis omnia tela nequissimi ignea exstinguere (4).
Quelle cohsolaiion Tespérance ne nous apporte -t -elle pas dans les tentations , lorsque nous nous rappelotis les promesses de Dieu. Invoca me, dil-if , in die tribulationis, eruam te et hanorificabis me. et lnvoque*moi au jour de la détresse, je te délivrerai, et lu m'l)onereras(2]. » L'^Âneien et le Nouveau Testament sont pleins de semblables témoignages ; mais le plus exprés , le plus éclatant est celui que nous lisons dans le prophète Isaïe ; écoutez : Nolitimerey metiS es tu ; cum transieris per aquas tecum ero , et fiu^ mina non operient te ; cum ambuluveris in igné non cornbureris et flamma non ardebit in <c, quia ego Dominus Deus tuus sanclus Israël, Salvator tims, a Ne crains point, tu es è moi : si tu traverses les fleuves , je serai avec toi, et les flots ne te couvriront pas; si tu marches au milieu des flammes, elles s'éloigneront à ton passage, elles perdront leur ardeur. Je suis le Seigneur ton Dieu, te saint d'Israël, ton Sauveur (3). »
Quoi de pins capable de nous éloigner du consentement ap péché que Tamour aciuel du Dieu qui défend le péché? Saint Augustin dit : <c Plus Tamour de Dieu règne dans un cœur, moins le péché y a d'empire (4). »> Le fidèle qui fait un acte d amour se sent porté à dire avec foi ces paroles de l'Apôtre : « Je suis assuré que ni la mort ,
(1) Ep?i. VI.
(2) PsaL cxLix.
(8) IsAi. xLin.
(4) Cône. XXVII in Psal cxvm.
BN CHAfUB. 17
là h vie..., ni aucune créature ne pourra me séparer de Famour de Dieu en Jésus- Chrisl Noire - Seigneur (4). » D'ailleurs, si le péché nous éloigne de Dieu , noire fin dernière, la charité nous y ramène et nous y maiotienl; car , dit saint Jean , « Dieu est charité , et celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu , et Dieu en lui (2). »
PÉRORAISON
Accoutumez^ vous donc, mes frères bien-aimés, à faire le plus souvent qu'il vous se^a possible des actes de foi , d*espérance et de charité , pendant la sainte messe , dans toutes vos peines et vos afflictions, au milieu des tribulations et des tentalions qui vous accablent et vous pressent dans celte vallée de larmes. En faisant ainsi , vous accomplirez le divin précepte et , éprouvant les effets du divin secours, TOUS triompherez des tentations et de toutes les puissances de l'enfer. Ainsi soit-il.
TRAIT HISTORIQUE
Poarqaoi les martyrs sont-ils morts ? pour confesser la foi , pour confesser la certitude de Tespérance qui les animait , pour répondre & la charité qui les embrasait intérieurement. On compte vingt-sept papes qui onl répandu leur sang pour la foi; et Ton a calculé que là Tille de Rome , à eUe seule , avait donné à Dieu plus de trois cent mille martyrs , dont cent quatre-vingt mille ont été ensevelis dans le cimetière de Saint-OUxtÊ. Dans les trois siècles de persémtion qne l*Église eut à souffrir de la part des empereurs v ou porte le nombre des martyrs à neuf millions. Quel nombre aurions-nous si nous ajoutions à ces anciens martyrs tant de chrétiens morts pour la tbidansia suite de rbistoire de l'Église I Or, ces martyrs nous exhortent
(1) Kom. vni.
(2) I. Ep. VI.
IS LB OATÉCHISTB
à confesser par une profesrion ^assidoe les Tertns ponr lesqueDes ils rendaient témoignage. Si Dieu ne nous demande pas notre sang, il nous demande notre esprit , notre cœur, notre langue. Ayons la foi , aimons la foi, professons par la parole et par les œuvres la foi que nous avons reçue : c*est un hommage que nous devons à Dieu, à TÉgUse, à nous-même. G*est le seul honmiage qui soit digne de la récompense éternelle.
me la eluirllé esTerfl l« pr«eliaiB en 'général. (Snite
du i«' Commandement. )
EXPOSA SOMMiklRB.
Sous le nom de prochain , il faut comprendre , ^loi| riptention de Notre -Seigneur , tous les hommes sans exception. — II faut aimer le prochain comme nous-mêmes^ pour Tamoar de Dieu , en vue de Dieu , dans Tordre de ses vrais intérêts et sans égoïsme ni aucune recherche personnelle. — Beaux enseignements de saint Augustin à ce sujet. Comment et dans quel sens op peut quelquefois se réjouir du mal du prochain ou s'attrister de soa
bien?
TEXTES TIRÉS DE L'ÉCRfriIRB SAINTE.
Pro omnibus mortuus est Christus ( II. Cor. ▼. 41. ) — « Jésus-Christ est mort pour tous les hommes. »
Hoc est prœceptum meum, ut diligatis tnvicem sicut dilexi vos. ( Joann. xv. 42. ) — r a Mon précepte, c'est que vous vous aimiez comme je vous ai aimés. »
Diligite inimicos vestros. (Matth. ▼. 44.) — « Aimez vos ennemis. »
BH GBAfBB» 49
Aller allerius ooera poriate, et sic adimplebitis legem Christi. [QaL vi. 2.] — «Portez les fardeaux Tud dePautre, et ainsi tous accomplirez la loi de Jésus-Christ. »
TEXTES TUÉS DES PàRBS.
Ule veraciter amat amicutn qui Deum amat iu amico, aot quia est in ilto, aut ut sit in illo. ( S. Aug., in Caten.) — « Celui-là aime véritablement un ami qui aime Dieu dans cet ami , ou parce que Dieu habile déjà dans cet ami , ou pour qu'il y vienne habiter. »
Nos homines sumus et considerare debemus quod œgrîtodinem sive corporis, sive animi, quam in alio homine videmus, etiam nos habere poluimus et possumus; hoc ergo exhibeamus illi, cujus infirmilatem portare volumus, quod ab illo nobis exhiberi vellemus, si forte nos in ea essemus et ipse non esset. (S. Auc, m Caten, ) — « Nous sommes hommes , et nous devons considérer que les peines du corps ou de Tesprit que nous voyons dans un autre homme, nous aurions pu et nous pouvons les avoir. Nous devons donc témoigner à notre frère qui souffre , et dont nous voulons porter les infirmités, ce que nous voudrions qu'il nous témoignât si nous étions à sa place et lui à la nôlre. »
EXORDB.
NuDc aateoi manent fldes , spes, charitas^ tria baec : major aatem boram est cbaritas, (1. Cor. xiu. 48. )
« Maintenant ces trois Tertns : la foi, I'e&> pèrance.la cliaritë, demearent, et la plot grande des trois , c'est la charte. »
Notre^igoeur Jésus-Christ n'a jamais séparé , dans .ses enseignements, l'obligation d'aimer Dieu de Tobligatioa
90 LB càetÈmwiE
d'aimer le prodiaiD. C'est pourquoi , après avoir parte de l'amour de Dieu, nous allons maintenant parler de l'amour du prochain. D'ailleurs, il faut que nous suivions cet ordre.; car la même vertu qui nous fait aimer Dieu nous fait aimer Je prochain. La charité ne change pas de nature en changeant d'objet ; ou plutôt elle n'a qu*un objet suprême» savoir : Dieu en lui-même, Dieu dans le prochain, ce qui fait qu'on assigne communément à la charité deux objets , l'un premier et principal, qui est Dieu ^ l'autre secondaire , qui est le prochain. Parlons donc ici de l'amour du prochain*
mvisioN.
4« Que signifie le mot de prochain? Que faut-il entendre par le prochain ?
2o Quel amour devons- nous' avoir pour le prochain ?
PREMIÈRE PARTIK
Nous lisons dans l'Évangile qu'un des scribes qui écoutaient Notre-Seigneur lui demanda : «i Qui est mon prochain ? )) Et quis est meus proximus ? Nous faisons ici la même question, et nous disons : a Qui est notre prochain ?» Devons-nous appeler de ce nom nos parents , nos amis , ceux que nous connaissons , qui ont des rapports plus . fréquents avec nous : nos concitoyens, nos coreligionnaires, tous les chrétiens ?... Or, à cette question , nous répondrons, selon la doctrine du divin Maître, que sans aucun doute, et nos parents, et nos amis, et nos concitoyens, et tous les chrétiens sont notre prochain, mais qu'ils ne sont pas seuls notre prochain , et qu'il faut donner ce nom à tous les hommes sans oxeeptien : à touscaox qui viveol
sur la terre, £nix juifs etaax païens, aox étrangers» ^ nos eooeiDis , à tous les hommes eofin ; car Jésus-Christ est mort pour tous les homioes^ ^ il veut les sauver tous en les appelant tous à la vérité et i la justice. C'est saint Paul qui BOUS le dit : « Jésus-Christ est mort pour tous, b Mais s'il en est ainsi , oui , si le Fils de Dieu a voulu embrasser dans son immense charité tous les hommes de tous les pays et de loas les temps , il nous a donc voulu prescrire, conformément à cette charité qu'il avait dans son cœur, d'aimer tous les hommes et de les regarder tous comme noire prochain, sans distinction de nom , d'origine^ de qualité , de fortune. C'est d'ailleurs dans ce sens que Nolre-Seigoeur s'est expliqué dans la parabole du Samaritain qui vient en aide à un pauvre voyageur qu'il ne connaissait pas, et pour lequel cependant il se montra plein de charité, prenant soin de lui , pansant ses blessures et le logeant dans une hôtellerie. Par là Noire-Seigneur a voulu nous faire comprendre que les étrangers eux-mêmes sont notre prochain, elque la charité chrétienne doit s'étendre à toutes les créatures raisonnables que Dieu aime et qu'il appelle au salut.