DEUXIÈME PARTIE
Qnel amour devons-nous avoir pour notre prochain , d'après le précepte de Noire-Seigneur ? Et d'abord il est certain qu'un amour purement extérieur du prochain , un amour qui ne serait pas vrai , sincère , qui ne viendrait pas du cœur, serait insuffisant. La proposition cootraire a tté condamnée par le pape Innocent XI (i). Nous devons
(1) Prop. idetil. Non tenemur diUgere proximum actu interne et fcnaali..... Praecepto ^oximum diligendi satisfacere possumus per ■ctai extemos.
tS l,B CATÉCHISTE
donc aimer notre prochaîn d*uii amoar véritabTe , sincère, venaDt du cœur et se traduisant au dehors par des signes non équivoques, en rapport avec la condition des per* sonnes , les circonstances et les temps. / Or, le précepte de la charité contient deux obligations^ En d*dulres termes , il est tout à la fois négatif et positif. — Négatif, il défend de rien faire et de rien dire qui soit contraire au prochain ; positif, il ordonne de vouloir et de faire du bien au prochain. — En tant que négatif, ce précepte oblige toujours et pour toujours, c'est-à-dire que dans tous les moments et dans toutes leis circorlstancesde la vie, il ne faut jamais rien faire qui puisse nuire au prochain, soit car haine, soit par injures ou sévices, ou de toute autre manière. En tant que positif, il n'oblige pas toujours et pour toujours, c'est-à-dire qu'on n'est pas obligé à chaque instant, mais seulement dans certains cas et de temps à autre, de manifester et d'avoir au fond du'^cœur, d'une manière actuelle, de la charité pour le prochain. Mais nous aurons occasion de parler de ces différentes obligations quand nous traiterons des œuvres de miséricorde et quand nou$ parlerons du cinquième précepte. Voyons ici , maintenant, d'une manière plus générale, comment nous devons aimer notre prochain. La réponse à cette question est facile. Nous devons aimer notre prochain comme Jésus- Christ nous a aimés. Or, comment Notre-Seigneur nous a-t-il aimés? Il ne nous a pas aimés selon le monde, dans l'ordre des richesses, des dignités ou des voluptés da siècle; mais il nous a aimés pour nous rendre dignes de recevoir le don surnaturel de la grâce divine qui nous doit conduire à la gloire du ciel. 11 nous a aimés pour nous donner, par sa grâce, les vertus qi^i sanctifient, qui répriment les passions , domptent la chair, font triompher
l'esprit et rendent dignes de la récompense éternelle. C'est à ce noble but que se rapportent tous les travaux, toutes ks prédications, toutes les souffrances du Fils de Dieu. C'est pour une telle fin qu'il a vécu et qu'il est mort. Or, c'est ainsi que nous devons aimer notr^ prochain ; nous devons l'aimer comme appartenant déjà à Dieu , ou comme pouvant lui appartenir par la grâce, c Celui-là , dit saint Augustin , aime véritablement le prochain, qui aime Dieu dans le prochain ou parce que Dieu habite déjà par sa grâce dans le prochain , ou pour qu'il daigne y habiter : » lUe veraciter amat amicum qui Deum amat in àmico , aut quia est in illo, aut ut sit in illo. Ce qui fait dire à saint Thomas , le docteur angélique, et aux antres théologiens après lui, que pour aimer ainsi le prochain il faut trois conditions à la charité : que cette charité soit sainte, quelle soit juste, qu'elle soit vraie. 4* Elle doit être sainte, car elle doit se rapporter à Dieu , de manière que le prochain soit aimé pour Dieu, en vue de Dieu, fin suprême à laquelle nous sommes destinés et principe de la grâce qui nous donne la charité : propter Deum. C'est ainsi que nous devons nous aimer nous-mêmes ; donc , c'est ainsi que nous devons aimer notre prochain : sicut nosmetipsos. V Bile doit être juste, et cette condition constitue la règle de notre charité. Il s'ensuit qu'il ne faut jamais aimer le prochain au point de consentir ou de coopérer à ses fautes ou d'applaudir à ses défauts ; mais qu'il faut Taimer dans ce ^ui est bien et conforme à la loi de Dieu. 3® ^lle doit être vraie : cette condition se rapporte à la cause même de la charité , c'est-à-dire qu'elle doit être désintéressée et se rapporter à l'avantage du prochain. Sans cela elle né serait qu'un égoïsme déguisé, une sorte d'hypocrisie dans la charité. Voilà comment il faut aimer le prochain ; voilà
S4 LE CATÉGHISTB
le sens du précepte de Notre-Seigoeur : « VousaimereE votre prochain comme vous-même : )» Diliges proximum tnutn sicut teipsimi (4). Nous devons aimer le prochain pour Dieu, en vue de Dieu et du salut ; Taimer en lui voulant le véri<* table bien et jamais le mal, Taimer non pour notre avantage , mais pour sa propre utilité.
Biais , hélas ! combien peu de chrétiens sont fidèles à observer ce précepte fondamental de notre sainte religion! Les parents s occupent, il est vrai, de donner un avenir à leurs enfants ; ils les font élever dans les sciences et les arls , ils économisent pour leur laisser une fortune convenable ; mais sont-ils préoccupés dû salut de ces enfants? veillent-ils à leur instruction religieuse , à leur moralité , à leur innocenco? leur donnent-iLs un bon directeur qui les surveille et les dispose, de temps à autre, à la réception des sacrements? Infidèles à tous ces devoirs, les parents n aiment pas leurs enfants pour Dieu, selon Dieu, propter Dmm. Us ne les aiment pas dans le but de leur donner Dieu^ le souverain bien, td Deus sit in ilUs. Aiais que dirons-nous de ceux qui^ par une plus grande prévarica* tion, flattent les passions de leurs enfants et semblent mettre tous leurs soins à en favoriser le trop facile développement? qui les introduisent dans un monde corrompu, au milieu des fêles et des spectacles du monde, ces pompes de Satan auxquelles le chrétien a renoncé au Jour de son baptême ? Ces parents ne sont-ils pas des artisans d*iniquité que Dieu repoussera et maudira au jour de ses justices? El combien , dans le monde, est-il de chrétiens qui vous diront qu'ils aiment leursamis parce qu*ils les trouvent bons, aimables, courtois, utiles, nécessaires même,
(1) MlTTB. zix.
BN GHAllB. :t5
et qui n'affecleroDl que de rindifféreoce , du mépris ou de la haioe pour leurs frères eu Jésus-Cbrist , moins aimables en eux-mêmes, il est vrai, mais non moins dignes d'être aimés selon le motif de la chariié? Tous ces hommes n'observent pas ce précepte : « Vous aimerez votre pro* diain comme vous-même, » et, par conséquent, ne tendent pas au but de la loi , qui consiste dans la charité d'un cœur pur, finis prœcepii est charitas de œrde puro.
ParleronsHaous ici de ceux qui n aiment que dans Tordre des sens , pour le charme honteux des passions ? Hélas I ils n'aiment pas avec un cœur pur, de carde purol ils n'aiment pas selon Dieu , ils n'aiment pas gratuitement ; ils vivent dans le matérialisme le plus abject, et ne méritent pas d'être comptés parmi les chrétiens ! il nous faut donc aimer le prochain saintement , justement , véritablement , sancle , juste et vere , pour Dieu , notre fin , selon la grâce qui nous justifie, sans rien convoiter pour nousmêmes dans cette affection souverainement gratuite d'une diarité qui prend sa source dans la dileclion gratuite du cœur de Dieu.
Saint Augustin nous donne une autre règle de charité non moins excellente que la précédente, et qui eist tirée de l'apôtre saiut Paul : a Portez, nous dit TApôtre, (^rtez te brdeau l'un de l'autre , et ainsi vous accomplirez la loi de Jésus-Christ. » Alter alterius onera portate, et sicadimpU' bitis legem Christi(^). Sur quoi saint Augustin s'écrie : c L'office propre de la charité , c'est de porter le fardeau
du prochain Oet office se diversifie suivant les temps
et les circonstances. Par exemple, vous portez le fardeau de la colère de votre prochain quand vous ne vous irritez
(1) Go/. Ti.
SS LB «KVéCHIBTB
pa» eofitre lui. A sod tour, il porto œ nêtne ferdeau pour "^POQS quand il soutient patiemment vos emportements. Il supporte votre bqnacité , supportes son obstination, et par ce matliei support aimez-vous jtisqu*if«e que vonssoyes ^érisTun et l'autre (f). » Le même docteur nous donne «ncore ce bei enseignement toueiiafit ia charité ; ccNous sommes hommes , dît-ii ^ et nous dev(ms considérer que telle infirmité de Tâme ou dn eorps qai nous déplaît dans le prochain a pu lui déplaire ou peut un jcmr loi déplaire en nous. Soyons donc à son égard ne que noqs voudrions ^"11 f(U pour nous si nous étions à sa pl»)e et s1t étoit à I« nôtre, a Puis saint Augustin termine en disant : c Pensée amsi qu'il n'est auc^m homme qui ne puisse avoir le bien que vous avez , quoique cela ne vous soit pas connu, et 4|oe cette pensée vous insi^re une salutaire fiumilite : c^ pourriez-vous avoir de TorgueU en considérant que les Mgûs cachés de votre procbaia surpasseraient les vètres, ^i n'ont peut-être que le mérite d^ètre cx>nnns? »Go»- «Ittons donc , noes frères , avee saint Augustin , qne nés pensées sont très -propres à nous faire porterie fardeaa de nos frères, non-seulement patiemment , mais encore de grand coeur. Istœ cogUationeg...., faciunt omra frai&ma inwcem non solum œqiw ammo^ sti ^tiani iibeMtmime ;^stinere (2).
ùe tout ce que noos avons dit , il svît , mes frères , q«e noD-seulement celui-là se rend cmipable d'un pédié contre ia charité , qui nuit au prochain , mais encore eehii qui ae i^ouit du mal d|autrui , en tant «pie oe mal est vraimmrt ttuisible à celui qui en souffre ; car se réjouir, par
(1) s. AuG., lib. VIII. quœst.
l (2) Idem , lib. YIII. qusest.
ipfofdtola mahdie d'un homme pécheur, dans \n pensée fieeette tnaladte sera pour laî une occasion de salut , ce D est pas se r^ouîr â*uQ mai en tant que nuisible au prochain ; de même, s*aUrisler'd*ua succès du prochain , dans la pensée que le prochain, abusant de ce succès, en tirera les moyens de se perdre^ ce n'est pas manquer au précepte de la charilé; c'est plutôt aimer le prochain selon ses véritables intér£ie^
pi&OBAISOK.
Ainsi doDC^ mes frères, tous les hommes sont pour nous des frères. Jésus-Christ est mort pour tous et veut les sauver tous : W faut fes aimer fous , même ceux qui sont nos entiemis. Il faut les aimer comme nous-mêmes , à n^e fin que nous , en Dieu et selon Dieu, pour leur bien vérilaMe qo! est te salut, et non pour notre propre intérêt , eocore moins pour nos passions. Quiconque aimera de la sorte sera aimé de Dieu, et ne demeurera pas dans la morl ; quiconque , au contraire , n'observera pas ce précepte, mourra pour toujours : Qiù non diligU manet m morte. Choisissons la vie dans lamour , et que cette vie soit DoUù récompense !
TRAIT HISTORIQUE-
L'énngéliflle saint Jean , TapMre b'ron-aimé , après son retour de me de Paini» , «lemeora dans la ville d*Épbèse joAqu'^à la ▼leUlesse k fkm avancée* Comme il ne pouvait pli|s qu'à peine, être transperté à réglise sur les bras de ses disciples , à cause de son grand âge, n^ayant phis la force de faire de longs discours , il avait coutume de dire pour tonte Infraction , dans cbaque assemblée : Mes petits enfants ^ aimeZ" vo«9 Us Musses antres, A la i&n, les ètsciplesét les Yt^rés, ennuyés d'entendre tous.lefJMrt ies blêmes cbOBtsiJfolA'e» loi dkuiMs^
f s LB CATéCHlSTB
pourquoi ne cessez-'Vous de nous répéter cela? Et TapôCre leur fil i^nsc bien digne de saint Jean : C'est le précepte du Seignemr, répondit-il , et si on Vaccomplit, il suffit ( S. Jéromi. )
Des ODuvres de eli*rité»
1« OBUVRBS DE MISÉRICORDE SPIRITUELLE. (SultO dO !«' préOCpte. ) EXPOSÉ SO|IMAIRE.
Nécessité de témoigner par des actes extérieurs les seDtiments de charité que Tonporte dans l'âcne. — Deux sortes dœuvres de miséricorde. — Des œuvres de miséricorde spirituelle , leur nombre , leur qualité , leur mérite.
TEXTES TIEÂS DB l'ÉGRITURE SAINTS.
VosestîssallerrsB... ; Vos eslis lumen mimdi. (Matth. v. <3. U. ) — a Vous êtes le sel de la terre... ; vous êtes la lumière du monde, t
Si peccaverit in te fréter tuus, vade, et corripe eom. { Mattb. xviii. I . ) — « Si voire frère a péché contre vous, allez, et le reprenez. »
Oculus fui cœco, et pes claudo. (Job. xxix. 45.) — « J'ai été Tœil de Taveugle et le pied du boiteux- »
Dîmîltite et dimiltemini. (Luc. vi. 37. ) — « Pardoâoes, et Ion vous pardonnera. »
Noli Vinci a malo^ sed vince in bono malum. (fiom. xii. 21.] — c Ne vous laissez pas vaincre par le vmI, mû» 0adroez-vou9 de vaincre le mal par le bien. »
KM ÇHAIM. 19
TEXTES TIBÉS DES PÊtfES.
Qui doctrÎDse suœ gratiam non dividit imperilis haud mediocris reus esl culpœ. (S. Ambb., lib. Ylli in Luc. ) — « Celui qui ne communique pas aux ignorants le doa de sâeoce qu'il a reçu, est coupable d'une grande faute.
V EXORDE
l*afDour, quand il est vrai , se manifeste au dehors, il <gi(, il est efficace, et s'efforce de réaliser tout ce qo*il conçoit en faveur du prochain. Par conséquent, aimer ^tablement le prochain, c*esl lui témoigner cetamoor pr des services réels , c'est venir en aide- à toutes ses Bfcessités. Or, le prochain peut se trouver en général dans deux sortes de nécessités : Tune qui regarde le corps, Tiutrequi regarde l'âme. La première est soulagée par les onvresde miséricorde corporelle qui se rapportent immé* &tement aux besoins du corps et médiatement aux l^^soins de l'âme ; la seconde est soulagée par les œuvres de nriséricorde spirituelle qui se rapportent directement à rtme. Nous parlerons dans cette instruction des œuvres ^ wérioorde spirituelle.
DIVISION
Les œuvres de miséricorde spirituelle sont an nombfe de sept, savoir : enseigner les ignorants, corriger ceux qui ^i^ueat , donner conseil à ceux qui en ont besoin , con* ^r les affligés , souffrir paliemment les injures, partner les offenses^ prier pour les vivants et ponc les •Mis.
M LB «âtÉCHlMTE
Nous allons parcourir successivemeDt ces différeotes œuvres de miséricorde spirituelle , taire connaître comment on les exerce et quel mérite elles ont devant Dieu.
i« Instruire les ignorants. Ceiie œuvre a pour but dinstruire les ignorants sur les choses qui regardent leur âme dans l'ordre du salut. Bile est d'obligation, non-seulement en charité , mais en justice , pour les pasteurs des paroisses, «chefs d'une famille spirituelle qui leur est confiée , pour les directeurs et les supérieurs des maisons d'éducation, pour les parents à l'égard de leurs «nfanls, pour les mattres à l'égard dé leurs serviteurs. Elle est d'obligation pour les simples fidèles, mais en charité seule^ iQç'nt , à l'égard de ceux qui ne peuvent pas avoir recours à des supérieurs ou à des maîtres pour s'instruire dM choses de la religion. Cette obligation cependant ne regarde pas indistinctement tous les fidèles, mais ceux-^ià seuleinent qui sont eux-mêmes instruits et qui se trouveolpirr le lieu , le temps et ]e$ circonstances dans la possibilité d» fDommuniquer à leurs frères ce don gratuit de la scieaeu qu'ils ont reçu de Dieu. Les bons chrétiens sont fidèles à remplir ce devoir de charité. Ils se dévouepi à renseignement du catéchisme auprès des ignorants , qui trouvent , dans cette communication de la vérité divine, la lumière pour leur intelligence, la vertu pour lebr cœur, et dans cette^ vérité et cette vertu la dignité véritable de l'homme, sou repos ici-bas, sa félicité dans le ciel. Donc, mes frères^ que ceut d'entre vous qui ont reçu d'en haut une plus abondante lumfîère , la communiquent sans regret à ceiWt qui en ont reçu à peine une faible étinceMe , Hs ^affenmt par là le royaume de Weu , et accrottrout iMrs propres mérfles dé tout le bien qu'ils auront fait à leurs frères. De même, dit saint Ambroise, que le riche qui ne âomie
pas aux pauses une part de son ai^gent, esi coiipriiJa, aio&i celui q/aly poasédaDl ia science, ne la oommiH' niqoe pas aux ignorants , encourt devant Dieu la plus gprave responsabilité. Communiquons donc à nos frères la vérité que nous avons reçue , et soyons dans Tordre de ia acteoee les.d«s$>ensateurs fidèles des trésors du divin Haitre.
2"* Corriger ceux qui mmquent, ou reprendre les pécheurs. Cette œuvre s^appelle aussi eorr^ciim fraternelle^ Bemarquonsîci, avec saint Thomas (4), qu*il y adieux sortes de corrections : l'une^ qui a pour bu4 de défendre le bien commun , et ^ pour arriver à sa fin se sert de moyens Qoercilifs; nous n*en parlerons pas ici, car elle sa rap-> perte à la vertu de justice ; l'autre , dont nous devons nous occuper, qui appartient à la vertu de charité , et qai a pour but de.procurer la répression des défauts dit piodiata, son amendement , sa perfection. Sur ce points éoouioiiia ce que nous dit Notre «Seigneur Jésus- Christ : iUez, nous dit- il, et rej^efiez vUre frère [l). )1 y a doue on précepte divin d'exercer la correction (rater- Belle. J'ajoute que cette obligation est encore de droit aaturel ; cdr , si de droit naturel nous devons nous entr'aider pour les choses qui regai^dent le corps , 1^ société civile, le bien du temps, à plus fof te raison devonsnotts nous entr'aider pour les ohoses qui regardent VAti^, la société spirituelle , le bien de réternUé. Toutefois , de même que le précepte de l'aumône corporelle n'oblige pas toujours et pour toujours, semper et prosemper, ainsi le précepte de fa correction fraternelle n'oblige-tîl que
(2) Matth. XI.
32 LE CilTéCHISTB
selon les temps et les circonstances : Ubi débet , quando débet, et secundum quod débet, a où il faut, quand 11 faut, comme il faut, » dit sagement saint Thomas. Mats quand ces circonstances interviennent, c*«st à-dire quand on peut corriger son frère , et qu'il y a espérance d'obtenir par oe moyen un résultat utile, omettre la correction fraternelle^ c'est faire une faute grave de sa nature. Ce que pousdisons ici ne regarde que les simples fidèles ; nous ne parlons pas ici des supérieurs, des parents et des maîtres, qui sont obligés en justice à Taccomplissement de de devoir.
Uaispour faire la correction fraternelle, il faut 4* que la faute du prochain soit mortelle ; 2» qu'il soit morale* ment certain que celte faute a été commise ou qu'elle doitl'être ; 3*" qu'il y ait une espérance probable que cette correction ne sera pas sans utilité* Cependant il ne faudrait pas omettre la correction fraternelle parce qu'elle ne por<* ferait pas immédiatement son fruit. Il faudrait, au contraire, dans ce cas, la faire et la répéter de temps à autre ; car, dit saint Augustin , « il arrive a*ssez souvent que celui qui est repris montre d'abord du mécontentement , qu'il se fâôhe même ; mais bientôt, réfléchissant à ce qu'on lui a dit, il se corrige de ses défauts (!]. d Saint Thomas dit ausisi sur œ point que la correction doit être répétée plusieurs fois , tant qu'il y a espoir de corriger le pécheur (2). Le précepte de faire la correction fraternelle oblige encore quand il n'y a pas d'autre moyen de procurer l'amendement du
(i) Solet evenire .et fréquenter accidit ut ad horam contristetur, quum reprehenditur, et résistai et contendat; et tamen postea secum
consideret la silentio et deinceps noa faciat illud in quo juste
reprehensus est. (S. Au6., Epist. 210.)
(i) Qiuest. 8 de Verit, art. 2 ad 24.
liédiflur ou d'emptoher sa rechute dans le péché. D& sécDe, quand ii n'y a personne qui, à notre défaut, poisse 00 veuîlie la faire. Enfin on y est encore obligé dans le doute même sî elle sera profitable , pourvu qu'il ne soif {H» probable qu'au lieu de produire du bien eHé sera nuisible. Voilà donc, mes frères, une obligation bien grave
el pourtant bien souvent négligée Les supérieurs y
sont tenus. en justice et en charité. Ils doivent réprimer tes délits et nième les préVeuir. Souvent ce devoir leur lail une obligation de parler et de protester contre le mal , alors même que leur protestation doit rester sans effet; car le bien général se trouve dans cette courageuse défenae de la vérité et de la justice. Mais les simpfes fidèles doivent, en charité, reprendre leuri» frères et s'efTorcer de les sauver par un zèle plein de force et de prudence. Dieu a confié à chacun de. nous le soin du prochain. Cette obligation est grave; elle nous atteint solidairement : Mandaoit umcuiqne de proximo stw. Soyons fidèles , si nous voulons obéir à Dieu et nous garder purs de toute prévarication.
3*" La troisième œuvre de miséricorde spirituelle & regard du prochain, c'est de {donner conseil à Ceux qui en ont besoin. Cette œuvre a pour but d'éclairer le prochain dans ses doutes relativement à ce qui lui est plus utile pour ie salut. Souvent une bonne parole , un exemple thré de Texpéiience que Ton a faite soi-même , ou de Texpè* rience des autres , un avertissement sur telle ou telle diffi* culte , sur des avantages que Ton fait connattre, éclaire le prochain et l'empêche d'errer et de se perdre dans ses voios. L.a charité chrétienne nous prescrit de^ donner ainsi conseil à ceux qui en ont t>esoin. La sagesse que Dieu nous a donnée ne doit pas être égoïste , mais expansive et
Aslriboéeaveopradeoce pour TutilHé de(ous. GepoodsoC i*exercice dec6Ue<Buvre de miséricorde spiritaetle, qoopqu'elle puisse convenir à chacua dans oerlaines circoa- Stances, n'esl propre, généralemenl perlant, qu'à ceux dont l'esprit est plus éclairé , Texpéneoce plus grande et Tavlorilé plus respectable. C'est surtout an prêtre qu'elle appartient a Les lèvres du prêtre, dit le prophète llalaehîe, ^rderont la science, et c'est de sa bouche q«*on recevra rexpiicationdela loi (4). »
La même obligation convient , toute proportion gardée, à. tous les supérieurs. Elle convient encore, à un titre tout particulier, aux amis sincères que Dieu nous donne et qae nous devons choisir parmi les plus sages et les plus éclairés d'entre les hommes. D'où le Saint-Bsprit lui-nrième nous dit, an livre de TEcclésiaste : « Vivez en paix avec tout le monde ; mais, entre mille personnes de votre connaissance, choisissez- vous un conseiller (2). »
40 Consoler les affligés « telle est-, mes frères, la cpiatrième oeuvre de miséricorde spirituelle» Il y a des afflictions spirituelles et il en est de corporeUes. Notifi ne parlerons ici que des premières. Elles peuvent provenir des tentations qui portent au péché, et qui souvent, par leur gravité, semblent conduire au désespoir ; éçs scrupules qui tourmentent quelquefois cruellement les âmes les plus fidèles à Dieu ; du souvenir des péchés passés en présence des jugements de Dieu et des peines de l'enfer. Or , la chafrité chrétienne demande que nous
(1) Labia sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus. ( Malacb. 11. )
(t) Multi pacilki mort tibt ; consiliarîns acrtem ni tibi unus de mille. {Secli, VI. ) ' '
«oolagioDS œs peines du procbaÎQ , et que nous leur opposions avec prndeDce comme remède efficace la coosidé^ ration de la bonlé de Dieu , des miséricordes infinies de lésus-Chrîst notre Sauveur qui est morl pour'nous, qui ne veut pas nous perdre » mais nous sauver , et qui ne permet les épreuves de ses aervileurs que pour augmenter leurs mérites. U faut dire à ûes âmes affligées qu'une douoe gaielé sied bien à la vertu , et que Dieu aime surtout ceux qui le servent dans la joie de leur coeur : BUaremdat(^€m iSigitDeus.
5* Souffrir patiemment les injures , et , 6*» pardonner les offenses. Ces deux autres œuvres se trouvent tellement liées ensemble que nous ne tes séparerons pas ici. C'est un précepte de Notro'Seîgneur , un précepte dont il nous a donné l'exemple, de pardonner les injures et de les supporter patiemment. Happeloqs-nous, mes frères, avec quelle douceur notre divin Mattre supporta les douleurs de sa passion, avec quelle charité il traita ses bourreaux, avec quelle grandeur d'âme il pria pour eux sur la croix. Or , nous devons suivre les exemples de ce mattre adorable, souffrir patiemment avec lui^ pardonner comme lui à œux qui nous persécutent, si nous voulons régner un jour avec lui dans le ciel. Celte patience, cette douceur^ cette nagnanimité , sont le triomphe de la charité chrétienne. Comme elles exaltent la grâce de Dieu! comme elles rendent l'homme supérieur à lui-même! comme elles nous gagnent nos frères que la colère avait éloignés de nous! Aussi tous les saints, se conformante JésusCbrist, ontils possédé leur âme dans leur patience, in patientia veslra possidebitis animas vestras , et nous ont-ils fortement excités à les suivre dans celte noble voie de la patience qui supporte tout et de la charité qui pardonne tout, a Si votre
86 LE GilrriCHISTB
ennemi a faim , dit Salomon , donnez-lui à manger , s'il a soif, donnez- lui à boire,et vous allumerez du feu sur sa tète ; le Seigneur vous rendra le peu que vous aurez fait (i). » Oui, dit saint Augustin, <i votre prochain, touché de tant de charité, fera pénitence. Sa tète, siège de son intelligence, se remplira du feu de l'amour divin , et par Teffei de ce feu qui se sera communiqué de vous à lui, il deviendra votre ami et cessera d*étre votre ennemi (2). i» Cette œuvre de miséricorde spirituelle ne détruit en rien les droits de justice que nous pouvons avoir , et ne lèse pas nos vrais intérêts, comme nous le dirons en parlant du cinquième précepte. Mais elle unit les cœurs entre eux et les unit tous ensemble au cœur de Dieu : elle doit nous être chère à tous ces titres, et nous devons la regarder comme le caractère propre des vrais chrétiens.
7^ Enfin , prier pour les vivants et pour les morts , c'esiè-dire prier pour le bien spirituel de ceux qui vivent encore sur la terre et de ceux qui souffrent dans le purgatoire. Prier pour la conversion des ihfidèlea, afin qu'ils connaissent le vrai Dieu ; pour la conversion des héréti' ques , afin qu'ils se réunissent à la foi de rÉgHse ; pour la conversion des schismaliques, afin qu'ils se soumettent aux pasteurs légitimes ; pour la conversion des pécheurs, afin que, vivant de la vie de la grâce ^ ils vivent éternellement
(1) Si esurierit inimicus tuus, ciba iUum ; si sitierit, da illi aquam bibere; prunas enini congregabis super caputejus. Dominas reddet tibi. (Prov.Tijy.)
(i) Nam quum pœDiteatiam cœperit agere, seosus rationalis, boc est, caput ipsius incipit caritatis igné succendi; et qui prius quasi frigidus.... contra te consueverat iracundiam rctinere, spirituali calore de tua bonitate succensus incipit toto corde diligere. ( Serm, clxiii apud Cornelium^ sup, hoc ioco. )
m CHAtRB. 87
aa joor, dans le ciel, de la vie de Dlea même, au sein de cette gloire qu*il réserve à ses élus. Prier pour les morts qui souffreat dans le feu de la purificatioD, afiD que déli«> vrés de cette prison où ils sont retenus , ils montent au ciel sans retard et jouissent delà félicité des saints; on touC au moins pour que leurs peines soient allégées et que la main de la colère du Seigneur ne s'appesantisse pas sur eux. Nous avons dans le purgatoire des parents, des amis, des concitoyens. — La justice , la piété , la reconnaissance, notre propre intérêt, tout nous fait un devoir de prier pour ces âmes et de les secourir par nos bonnes oeuvres. Mais ce n'est pas ici le lieu de faire un discours étendu sur le purgatoire; contentons-nous de ces quelques paroles^ et, selon le précepte de l'Apôtre, prions les uns pour les autres, a6n que tous nous soyons sauvés : Orate pro invicem, tif ialveminù
PÉRORAISON
Voilà donc, mes frères , les sept œuvres de miséricorde spirituelle que doit exercer la charité chrétienne à Tégard du prochain. Ces œuvres sont dignes de Jésus- Christ, qui nous les a apprises; dignes de notre vocation, qui n*est autre que de ressembler à Dieu. « Soyez parfaits comme votre père céleste est parfait. » Or, cette perfection , ne ioublions pas , consiste surtout à imiter la miséricorde de Dieu : Estote miséricordes sicut pater vester misericors est. C'est à ce signe que Dieu reconnaîtra ses enfants : Ut sitis filii Patris vestri.
TRAIT HISTORIQUE
David pardonne Vir^ure qui lui est faite par Saûl.
Saûl , qui persécutait David , se trouva plusieurs fois sur le point de tomber facilement au pouvoir de ce nouvel élu du Soigneur. Due
88 LE «àTéeHMTB
kàs d*ftbord» Saul £l*it d«»t la catvnM d'Eng«âdt. U fOQvvt fiMil»M . ment être mis à mort par DaTid. Cependant celui-ci se. contenCa de lui couper en silence et sans être aperçu le bord de son manteau. Une autre fois, Saâl dormait sous sa tente. David pouvait facilement le tuer. H ne le ât pas. Il lui prit seulement sa lance et sa coupe. Donc y deux fois , Dcvid ayant use oc6(»iea fororable pour se ééttàrtit d*un ennemi dangereux , épargna cet ennemi , et lui fit comprendra même, par le moyen des choses qu'il lui avait prises, qu'il ne voulait pas se venger ; que la charité de son âme avait tout oublié et que le pardon était complet. En effet, dans ces deux circonstances, Saûi fut profondément touché de la conduite de David. La première fois il lui (tii : « Ta es pltis juste que moi : pour le mal qiie je t*id fait tu ipe rends le bien...; mais le Seigneur te récompensera de ta boniie action envers moi (i). » Voilà donc un bel effet de la miséricorde qui pardonne les injures : un ennemi apaisé et touché de regret. La seconde fois Saiil dit à David : « J'ai péché, reviens , David, mon cher fils, désormais je ne te ferai plus de mal; je vois bien que j'ai agi en insensé (2). » On Toit encore j»ar là combien la miséricorde est puis«* santé pour ramener les pécheurs les plus obstinés.
9* 0BUTBB8 DB MIséRlCORDB C0RP0AEL1.B : DE L* AUMONE.
(1» SeimoB.)
EXPOSÉ SOMMAIIB.
De raumâoe , en tant qu^elle renferme en abrégé toutes les œuvres de miséricorde corporelle. — Excellence de Taumône. — Conditiims pour la Ueir h\re,
(i) L Reg, xiiv»
(S) Ibid. xau
TEXTES TIBÉS DE t*jéGBlT01B SAINTE*
EleeroosyDa a morte libérât , et îpsa est quse purgat peccala, et facil invenîre misericordiam et vilam seter- Bam. (ToB. XII. 9. ) — « L'aumône délivre de la mort, purifie du péché ^ et fait trouver la miséricorde et la vie éternelle, d
Jgnem ardentem exstiDguit aqua , et eleemosyna resistit peccalîs. (Eccli. m. 33. ) — « Comme le feu est éleint par Veau, ainsi le péché est-il détruit par TaumÔDe. »
Date eleeroosynam , et ecce omuia munda suot vobis. fLuc. XI. 41. ) — ;- « Donnez Taumône, et tout âera pur pour vous. »
TEXTES TIRÉS DES PERES
Rogo vos Ut cogitetis quod ait ipse Dominus noster Jésus Ghristus in fine secuii, cum venerit ad judicium; ooogregaturum se omnes gentes la conspectu suo , et divi* surum bomines induas partes : alios ad dexleram , et ad ûnistrana alios positurum , dexterisque dicturum : VeniU ienedicii Patris niei , pet^eipiie regnum y etc. Sinistris ' autem : Ile in ignem œlemum , etc. Qusere causas vel tantsB œercedis , vel tànli suppticii : Percipite regnum, et : Ite in ignem œtemum ? Quare isti percepluri sunt regnum ? E$urivi enim et dedistis miM manducay^e. Quare isti iluri sont la ignem œlemum ? Esurtoi enim et non dedistis mihi manducare. O^id est hoc, rogo ?... non ait : Venite, percipile regnum : caste enim vixisUs, nulli frao* dem feeistis , neminem pauperem oppressistis , Umitem Bullîus invasistis, nemioem jurando iefellistis. Non dixH bœe , sed : Percipite regnum, quia eswrivi et dedistis mihi numducare. Quantum hoc excelUl , quia csetera tacuit , ci
hoc solam Domious DomiDavit [ Rursus ad illos : Ite m
ignemœtemum Quam multa possit in impios dicere ,
81 quaerereDlrquare îmus in ignem œlernum? Quarejquœris, aduller, hoQiicida , fraudalor , sacrilège , blasphemator , inOdelis ? oibil horum : sed quia esurivi^ et non
dedistis mihi manducare Solas eleemosynas imputabîl,
tanquam dlcens : difficile est ut , si examioem vos , et appendam vos , et scruter diligeolissime facta vestra , Douinveniam unde vos damoem : sed ite in regnum ,: esu-^ rivi enim , et dedistis mihi manducare. Non ergo itis îq regnum quia non peccastis: sed quia vestra peccata eleemosynis redemistis. (S. Auc, Serm. xxx(de Tetnp. delapsu mundi et avarilia. ) — « Réfléchissez, je vous prie , sur ce que dit Notre-Seigneur , savoir, qu'il doit venir à la fin du tnonde , réunir tous les peuples en sa présence , en faire deux parts, Tune des bons qu*il mettra à sa droite , l'autre des méchants qu*il mettra à sa gauche , disant aux premiers : Venez, les bénis de mon Père , possédez le royaume, etc. ; aux seconds : Allez au feu âeme// Cherchez quelle peut être la cause d*une récompense si grande ou ' d'un si grand châtiment ? Pourquoi les uns duront-ils le royaume ? J'ai eu faim , et vous m'avez donné à manger. Pourquoi les autres iront- ils dans le feu ? J'ai eu faim , et vous ne m'avez pas donné à numger. Qu'est-ce donc, je vous prie?... Il ne dit pas : Venez, possédez le royaume; car vous avez été chastes , vous n'avez pas fraudé , vous n'avez opprimé aucun pauvre, vous n'avez pas envahi le bien d autrui , vous n'avez trompé personne par de faux serments. Non, il ne dit pas tout cela. Il dit seulement : Possédez le royaume , parce que fai eu faim , et voug m'avez donné à manger. Ohl que cette œuvre est donc exceUeate, d'être ainsi nommée toute seule , tandis que les
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autres sont passées sous silence! Aux méchants, le Seigneur dira^ Allez dans le feu étemel I II pourrait leur dire, s'ils lai demandaient le , motif de leur damnation : Que demandez-vous, adultères, homicides , fraudeurs , sacrilèges, blasphémateurs , infidèles que vous êtes ? Mais non ; simplement : J*ai eu faim, et vous ne m*avez pas donné à manger. L'aumône seule comptera devant Dieu ; comme si Jésus-Christ devait dire : Il serait bien difficile , si je vous examinais , si je vous pesais, si je vous scrutais, de ne pas trouver en vous de quoi vous damner ; mais , allez dans mon royaume, car foi eu faim^ vous m*avez donné à manger. Vous n'allez donc pas au ciel parce que vous n'avez pas péché, mais parce que vous avez racheté vos péchés par l'aumône. » '
BXORDB.
Noos devons maintenant , mes frères , vous expliquer ks œuvres de miséricorde corporelle , c'est-à-dire celles qui ont pour objet le soulagement du prochain dans les misères temporelles. Or, ces œuvres sont au nombre de sept , savoir : nourrir ceux qui ont faim , donner à boira i ceux qui ont soif, donner l'hospitalité aux pauvres voyageurs , visiter les infirmes , vêtir ceux qui sont nus^ secourir les prisonniers et les captifs , ensevelir les morts. Or, toutes ces œuvres se résument dans celle de l'aumône corporelle ; dont elles ne sont que des actes exercés , soK i l'égard des vivants, soit à l'égard des morts. Nous allons donc parler de l'aumône , et dire :
#1 LE CtTiCHISn
DIVISION
i* Sa nécessité ; 2* ses avantagiDS ; d* la manière de la bien pratiquer.
f * Poar nous bien pénétrer tout d'abord de TimportaDce de t'anoidne comme obligation de la toî chrétienne , rappelons-nons , mes frères, les paroles que Nolre-Sergnear, d*après l'Évangile lui-même, doit dire au dernier jour, en porlanlla sentence suprême de bénédiction pour tes saints, de réprobation poor les méchants. Dans ce moment solennel, que dira le juste juge des vivants et des morts? H dira aux bons^ aux saints, aux élas : a Venez, les bénis de mon Père , possédez le royaume qui tous a été préparé dès l'origine du monde, i» Oui , venez, car a j'ai eu- faim , et vous m'avez donné à manger; j*ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'ai été étranger, et vous oa'awz recueilli; en prison , et vous m'avez visUé; i*ai été nu, âfc vous m'avez couvert. » G'est-à-dics , .mes irères;» qu^ Notre-Seigneur , regardant comme exercées enve^ lul<; même toutes ces œuvres de miséricorde corporelle queies» saints auront exercées envers les malheureux, 0t résu*' mant tout le mérite des élus dans ce mérite trésexcelleiU de l'aumône sous toutes ses formes « récompensera ce mérite par la gloire de l'éternelle béatitude. De mème^^ quand Noire -Seigneur condamnera les pécheurs, il leur, dira : « Allez au feu éternel t » Pourquoi ? a Parce que j'aî eu faim, et vous ne m'avez j>as donné à manger, etc.». s Résumant ainsi la cause de la condamnation des réprouvés dans l'omission de l'exercice de la miséricorde dont ils se seront rendus coupables envers leurs frères.
De quelle importance est donc Taumône , s'écrie saint
Ci^prien ? « ËUe mérite ^obtenir grftoe devant le juge suprêaie, Jésus-Christ « et de ooDslitoer Dieo ctébitear envers ceux qui Taxer eeot i » Profmretur Cbristmn judi-eanyDeum compêUai éebitarem (4). Ouï, conltnoe saisi AognstÎD , quand nous faisons Taumône , « nous prêtons à Bsore, non aux bonomes, maïs à Dien, Nous donnons è celui qui nous a donné pour que nous puissions donner» Or, pour des choses de peut de valeur, pour des biens iri- Toles , corruptibles, terrestres , il nous donne des blem ÎDoorraptibles , éternels^ qui dureront à jamais! Qw dirai- je encore? Il se promet en récompense à ceux qui font l'aumône..... Achetez^Ie lui-même de lui-même I b Bme illumiû} illo (i\.
C'est oe que saint Âisbroise, parlant dans le même sens, avait dit avant saint Augustin. Écoutons le grand évfique de llilan. « Salomon nous dit : Celui quia compassion du pauvre et qui le secourt, prête à usure au Seigneur» Certes vcHlà mie nsùre louable. Croyez-veus qne je vous parle d'un débiteur qui ne vous paiera pasi Non. Je vou« promets Dieu lui-même , je vons assure le Qirist^ il ne vous trompera pas. Prêter done à usure au Seigneur en déposant votre aomêne dans la main do pauvre. Dieu s'oblige a vous payer ; il écrit exactement tout ce que vous donnez au pauvre. Vous avez pour caution l'Évangile. Dieu promet de payer pour tous les indigents ; il vous garantit leur dette. Pourriez - vous hésiter à donner?... Ahl si quelque riche de ce siècle se faisait caution pour un pau-^ vre, vous compteriez sans hésiter ta somme qui vous serait demandée. Eh bien I le Seigneur du eïel est votre pauvre,
(1) S. Gt^r., éf Oper, etSfeemos.
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le créateur de ce monde vous demande, et vous <lélibérez ? Mais quelle meitleure caution voulez-vous?» Certes t mes frères , je ne sais ce que vous pourriez opposer à ce raî^ sonnemeot si plein de force et d'éloquence. Vous donnez votre argent sous bonne caution, à des hommes qui peu* vent, après tout, vous tromper ; soyez plus sages , donnez-le à Dieu, qui ne trompe jamais.
8* Mais ici vous me direz peut - être que ce raison* nemenl est excellent, en effet, pour ceux qui font Taumône en état de grâce; que ceux-là méritent devant Dieu , d*un^ mérite proprement dit , tous ces biens magnifiques promis par l'Évangile; mais que ce raisonnement , hélas I ne vaut rien pour ceux qui font l'aumône en état de péché mortel. Que pour ceux-là l'aumône n'est pas méritoire du ciel , et que le ciel ne leur sera jamais dû pour leurs aumônes, quelque abondantes qu'elles aient été.
J'en conviens , mes frères , l'aumône faite en état de péché mortel, ne mérite pas et ne peut jamais mériter l'éternelle béatitude; car, pour que nos œuvres soient méritoires y elles doivent être faites dans la grftce sanctifiante qui unit l'homme à Dieu par le lien du plus intime amour. Mais cependant l'aumône du pécheur n'est pas Inutile ; et le pécheur ne doit pas omettre de faire l'eu* mône. Par son aumône , en effet , il obtiendra , non pas te ciel , mais la grâce de la conversion qui conduit au ciel. Oui , assurément , l'aumône du pécheur apaisera Dieu , el Dieu, dans sa miséricordieuse bonté, donnera des grâces au pécheur pour qu'il se convertisse el qu'il vive. C'est ce que disait à Tobie l'archange Raphaël : c L'aumône, lui disait-il^ délivre de la mort , elle purifie du péché , elle fait trouver la miséricorde et la vie éternelle ; » c'est-à-dire , l'aumône
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obtient au pécheur des grâces de repentir et de conyersioD.
C'est par là qu'elle ëispose Tâmeà cette divine charité
qui la fait revivre, l'établit dans la vie de la grâce et
la prépare à la vie de la gloire. C'est ce qae le vieox
Tobie répétait à son fils dans les mêmes termes : a L'au*
môse, lui disait-il, délivre de tout péché et de la mort (4) . »
lÈconlons encore le Saint-Esprit dans le livre de TEcclé*»
Mastique \ « L'eau éteint le feu, nous dit le Sage, et
rdumône résiste aux péchés : Dieu jette des regards favo*
râbles sur celui qui fait Taumône. Il s'en souvient plus tard :
il trouvera un appui au jour de sa chute (2). » C'est-à-dire :
celui ^ui fait laumône , trouvera des grâces nombreuses à
l'heure de la mort. « Renfermez vos aumônes dans le sein
des pauvres, nous dit ailleurs le même livre, et vos
aumônes prieront pour vous contre tout mal (3). » Oui,
les aumônes que vous aurez faites prieront le Seigneur de
vous délivrer de tout mal : d'abord du mal du péché, et,
par là , du mal de l'enfer. Hais nous ne pourrions finir ce
lUscours si nous voulions citer tous les passages de la
lainte Écriture qui reviennent à notre sujet. Concluons
ilooc par un mot de Notre-Seigneur qui ne laisse aucun
doute sur ce que nous prêchons ici : a Donnez l'aumône ,
dit Jésus-Christ dans son Évangile, et voilà que tout sera
pur pour vous. » Date eleemosynam , et ecce omnia mtmda
suiU vobi^ (i). Ce qui veut dire clairement que Taumône
iNen faite est un sûr moyen de se purifier du péché véniel,
€t que, si nous sommes en état de péché mortel, elle nous