DEUXIÈME PARTIE
Mais toute cootrition Q*esl pas bonne , toute contrition ii*est pas efficace. Quelles sont donc les qualités que doit avoir la contrition pour conduire le pécheur à la vraie pénitence ?
Ces qualités sont au nombre de quatre. La contrition, soit parfaite, soit imparfaite, doit être intérieure, surnaturelle , universelle et souveraine. Reprenons une à une ces qualités , expliquons-en le sens.
<• Elle doit être intérieure^ c'est-à-dire, mes frères, qu^elle doit partir du cœur et de la volonté, qu'elle doit affliger Tâme , et que les signes extérieurs dans lesquels elle se trahit ne doivent être qu'une faible image de la désolation profonde d'une âme brisée par le repentir. C'est le cœur qui a péché , c'est le cœur par conséquent qui doit souffrir ; c'est la volonté qui s'est détournée de Dieu ^ donc c'est la volonté qui doit revenir à Dieu par les efforts laborieux de la pénitence. Une contrition qui ne serait pas intérieure resterait inutile , Dieu n'y verrait qu'une hypocrisie sacrilège 9 bien plus capable d'aggraver que d'affaiblir et d'améliorer le triste état du pécheur. Écoutez la sainte Écriture : a Voici ce que dit maintenant le Seigneur, s'écrie le prophète Joël : Convertissez -vous à moi de tout votre cœur, dans le je&ne, dans les larmes et dans les gémissements ; déchirez vos cœurs et non vos vêtements, et convertissez- vous au Seigneur votre Dieu (4). • La contrition doit donc être intérieure. Mais en tant qu'elle fait partie du sacrement de pénitence, elle doit être manifestée extérieurement, car le sstcrementde pénitence est un
(1) Joël. II. 12 et 13.
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•^rite extérieur et seosible. Il faut donc, pour recevoir ce sa* cremeDt, faire un acte extérieur de cette contrition inté- ^rîeure dont le cœur est pénétré.
Mais s*il est impossible à Thomme de concevoir la con* "trîtion intérieure d*une manière utile au salut sans le •secours du Saint-Esprit et sans le bienfait de la foi, il faut que cette contrition soit surnaturelle y c est -a- dire qu'elle soit formée en nous , dans son principe , par le Saint-Esprit, et, dans son motif, par l'un des motifs que Id foi nous fournit. En effet, la contrition a pour but de nou$ réconcilier avec Dieu ; mais la réconciliation avec Dieti est un bienfait de l'ordre surnaturel ; il faut donc que la -contrition, qui est le moyen d'acquérir ce[bienfait, appartienne à l'ordre surnaturel, sans quoi il n'y aurait point de proportion ici entre le moyen et la fin. La contrition doit donc être formée en nous parle Saint-* Esprit qui nous l'inspire , et par la foi qui la motive. Une contrition qui serait toute naturelle, c'est-à-dire une douleur d'avoir offensé Dieu qui n'aurait d'autre principe qu'une nature sensible, qu'un tempérament naturellement droit et bon ; une douleur qut ne serait causée que par le désordre naturel que contient le péché, ou par les suites plus ou moins désastreuses du péché dans l'ordre purement naturel , sans aucun rapport avec Dieu comme auteur de la grâce, ni avec notre âme en tant que destinée à la gloire du ciel par les mérites acquis dans la grâce, mérites que nous fait perdre le péché , une telle douleur serait inefficace et complètement inutile devant Dieu. Il faut donc, disons-nous, qu'elle vienne du Saint-Esprit. Par conséquent, il faut la demander à Dieu instamment dans la prière. Il faut qu'elle soit fondée sur un motif tiré de la foi ; par conséquent, il faut considérer à la lumière de la foi les vérités propres à
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exciter en nous le regrel d'avoir péché. Nous examinerons, dans une autre instruction, les motifs divers capables d exciter en nous la grâce du repentir surnaturel. Rappelons-nous bien seulement que la contrition qui serait fondée sur la honte des châtiments que nous avons à craiodre aux yeux des hommes , ou sur les maux temporels qui sont la suite du désordre; rappelons-nous, dis-je, que celle contrition ne nous mériterait point le pardon de nos péchés, et qu'elle serait rejetée de Dieu comme la pénitence de l'impie Antiochus.
En troisième lieu, la contrition doit èive universelle, c'està-dire qu'elle doit s'étendre à tous les péchés mortels' que 1 on a commis, sans en excepter, un seul. Celui qui conserve de Taffection pour un péché mortel , pour une affection criminelle, pour une occasion prochaine de péché grave, n*est point pénitent. Il est impossible de détester le péché mortel en tant qu'il offense Dieu gravement, sans délester du même coup tout ce qui est péché mortel. Toute àiatinction sur ce point serait une pure illusion ; mais pour que la contrition ait ce caractère d'universalité, il n'est point nécessaire de détester chaque péché mortel en particulier. Il suffit de détester tous les péchés mortels, en général, en tant qu'ils offensent Dieu gravement. Cependant il est à propos que le pénitent déteste tous ses pé* chés en détail, et qu'il sexcite à la contrition par les divers motifs propres à chaque péché. Exceptons cependant les péchés dont le souvenir trop distinct et trop réfléchi pour* rait être dangereux. Pour ces péchés , une douleur fondée sur une vue générale de leur malice et de leur opposition à Dieu , ainsi que des châtiments éternels qu'ils méritent, doit toujours suffire.
Enfin la contrition doit être souveraim^ c'est-à-dire que
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la douleur cl*avoir péché doit remporter sur tout autre sentiment ; ea d'autres termes , qu'il, faut avoir plus de douleur d'avoir offeosé Dieu, qu'on n'en aurait de tous les maux qui pourraient nous arriver; car le péché est le plus grand de tous les maux qu'il y ait au monde. Nous devons donc être disposés à tout sacrifier, même notre vie^ plutôt que d'offenser Dieu. Cette disposition est rare ; c'est oe qui fait tant de repentirs illusoires* Et pourtant, si l'on réfléchissait bien au malheur qu'il y a d'offenser Dieu et aux suites du péché, l'on D*hési(erait point à regarder tout le reste comme étant de peu de conséquence , et l'on ne ferait état que du bien de la grâce, c'est-à-dire de l'attachôment le plus inviolable à l'amour et au service de Dieu.
Mais pour que la contrition soit ainsi souveraine , il n'est pas nécessaire qu'en soi elle arrive au plus haut degré de douleur dont notre âme est capable ; il suffit qu'elle soit comparativement supérieure à nos autres sentiments, et qu'elle l'emporte sur tout le reste. Il n'est pas oon plus nécessaire qu^ella se manifeste dans des signes sensibles aussi vifs que les autres douleurs. On aimerait certainement mieux tout perdre que d'offenser Dieu, et cependant, à la mort d'un père, on versera plus de larmes que ne pourra en faire répandre la douleur la plus amère du péché commis. Dieu voit surtout le cœur. Ce qu'il veut, c'est que le cœur n'hésite pas à préférer le souverain bien aux biens imparfaits de ce monde, et que la douleur d'avoir perdu le souverain bien l'emporte sur la douleur qui accpmpagne la perte des autres biens.
Voilà donc, mes frères, les qualités que la contritioa doit avoir : elle doit être intérieure^ surnaturelle» universelle et souveraine. Ces qualités doivent être propres au
ferme propos comme à la douleur du péché commis. Le ferme propos doit être inlérieur, surnaturel, souveraîaet universel. C'est ce qu'il est facile de comprendre après ce que nous avons dit.
Il y a deux sortes de contrition : la contrilioD par* faite et la contrition imparfaite, qu'on appelle aussi attrition. La contrition parfaite , ou, selon l'expression du concile de Trente, la contrition perfectionnée parla charité, contrilio charitate perfecta^ est celle qui est conçue en nous parle motif delà charité parfaite , c'est-à-dire de cet amour qui nous fait aimer Dieu à cause de lui* même, à cause de ses infînies perfections : motif sublime, motif parfait au - dessus duquel il est impossible de concevoir quoi que ce soit , et dont l'effet est de nous unir à Dieu; (( car, dit saint Jean, Dieu est charité» et celai qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui. » La contrition imparfaite, au contraire, est celle qui est conçue en nous par un motif inférieur à celui de la charité. Le motif de la contrition imparfaite doit toujours être surnaturel ; il doit être bon en soi , mais relativement il est imparfait , c'est-à-dire moins parfait que celui de la contrition parfaite. Aussi l'attritionest- elle moins excellente dans ses effets que la contrition parfaite ; d'où ces deux sortes de contritions se distinguent et par leur motif «l par leur5*effets.
Par leur motif. Nous venons de le dire, dans la contrition parfaite , le pécheur se repent de «es fautes parce que Dieu est infiniment bon , infiniment parfait, infiniment aimable en lui-même. Dans la contrition imparfaite , le pé« cheur se repent d'avoir offensé Dieu à cause , par exemple, des peines de lenfer, ou de la laideur du péché, ou même de la bonté de Dieu, non en lui-même, mais par
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rapport à nous : motifs excellents , mais inférieurs à cehiî de la charité.
Cependant il faut dans Tattrition un commencement d'amour de Dieu comme source de toute justice. Le concile ée Trente le dit expressément : Deum diligere incipiunt îanquam omnis justiUœ fontem (4). Mais quel est cet amour commence? est-ce un amour de charité, est-ce un amour inférieur à celui de la charité ? Nous croyons pouvoir dire, ines frères , qu'il ne s'agit ici que d'un amour inférieur à celui de la charité, d'un amour d'espérance; car Tespérance, dit saint Thomas, est un commencement d'amour. Ex hoc quod per aliquem speramus nobis posse provenire bona » movemur in ipsum, sicut in bonum nostrum , et sic incipimus ipsum amare (2). L'Écriture sainte elle-même , au livre de l'Ecctésiaslique, dit formellement que « la crainte du Seigneur est un commmencement de Tamour divin. » Timor Deiinitiumdilectionisejus(^), Quelque inférieur à la charité que soit le motif de la contrition, il doit donc être surnaturel et saint, et contenir un commencement d'amour de Dieu; car, dit encore la sainte Écriture^ a celui qui n'aime pas demeure dans la mort, m Qui non diligit manet in fnorte{i). En vous excitant à la contrition, cherchez donc surtout, mes frères, à faire naître en vous l'amour de Dieu, et par l'amour de Dieu à mériter de vous unir à lui. Mais la con- Irition parfaite et l'attrilion diffèrent encore danseurs effets.
Dans leurs effets. La contrition parfaite justifie le pécheur avant la réception actuelle du sacrement de
(1) Sess. VI, c. VI.
(2) P. 1. 2. quaBst. 40. art. vu.
(3) Eccli, XXV. 16.
(4) JOAMN. III. 14.
àVt LE CATiCHISTB
péDÎteDce; rallrilîoQ a besoin du sacrement de péaitenoe pour justifier, c est -à -dire que, toute seule et par elle* même, elle d est qu'une disposition à la justification.
Cependant la contrition parfaite doit contenir le désir de recevoir le sacrement de péoiience. Sans oe désir, elle serait fausse : elle n*est donc pas to^t à fait indépendante du sacrement de pénitence. Biais Timportani es4 de bien 8*exciler à la contrition. C'est pourquoi^ dans notre pro* chaîne instruction, nous vous proposerons, mes frères» las divers motifs qui peuvent former en nous le vrai regret du péché , la pénitence sincère que Oieu ne rejette jamais et qui sauve le pécheur.
TRAIT HISTORIQUE
Afin que du souvenir de vos péchés naisse en tous la douleur, pensa combien un seul péché déplatt à Dieu. Rappelei*vou8 premièrement que Torgueil chassa du ciel l>ange de lumière ; la désobéissance chasat Adam du jardin des délices; la lumière détruisit Sodome et Gonorrhe et engloutit dans les eaux du déluge le monde presque tout entier. Jésus-Christ souffrit la mort la plus crueUe, afin que le péché fût expié et que la justice divine fût satisfaite.
V Penseï secondement que Dieu ne pourra Juger que aeHon toi ONnre» ; car Dieu est la justice infaiUible, éternelle, inéTitable; il est la peine des méchants, comme il est la récompense des bons ; c*est pourquoi il vous rendra selon vos œuvres. Gardez -vous, par conséquent y de compter sur \ine indulgence impossible.
Songez aux péchés dont vous vous êtes rendu coupable... demandeivous ensuite si vous avez satisfait, et ayez pour certain que la dette que vous n*aurez pas acquittée dans le présent , sera exigée dans TaTt» nir jusqu'au moindre denier. Tout mal sera puni , comme tout bien sera recomiiensé; ainsi le veut la justice. (S. BoNAVENTUEBy Bou» guet spirituel f c, i.)
w ciuniR, 493
U ■lotifii de coBfrttloB.
Tibl son peeeati t ( Pi, u ) «C'est contra V0B8 seul, 0 mon Dieo, que raip^bè!»
BXORPE.
Mes FaiiiBs ,
Le péché est le plusf ranci mal qu'il y ait au monde. Celui qui a commis le péché doit faire pénitence , et dire comme dit le prophète : « Qui donnera à mes yeux une source de larmes, et je pleurerai nuit et jour. » Ea effet, le péché attaque Dieu : « C'est contre vous seul , ô mon Dieu^ que j'ai péché , » s'écriait David pénitent : Tibi soli peccavil Mais en attaquant Dieu, le pécheur blesse toutes les créatures et surtout il se blesse lui-même. Que le pécheur dçnc considère les maux causés par le péché ; que la considération de ces maux s'élevant à l'idée de l'offense de Dieu, il répèle : « C'est contre vous seul que j'ai péché , » et que dans celte pensée il conçoive une contrition sincère qui détruise le péché. Pour nous aider, mes frères, à nous exciter àl^ contrition , repassons ici les principaux motifs de douleur et de regret d^avoir offensé Dieu, que la foi nous fournit. Ces motifs, je les réduis à trois : les droits de ifleu violés, les mérites de Jésus-Christ dissipés, la perte de l'homme produite et causée pour l'éternité.
^? Les droits de Dieui violés. Qu'est-ce que Dieu dans son être? Qu'est^il dans le fond de son easence et de sa vie?
Dieu est la perfection absolue , sans limites , sans ombre/ Dieu est la vérité , la justice , la puissance , la sagesse , la sainteté, Tâmour même. 11 est la règle parfaite de tout ce qui est bien, la source de tout ce qui est bon , lexemplaire image de tout ce qui est beau. Entouré de sa propre gloire comme du manteau sacré de sa dignité, il régne et se complatt en lui-même sans avoir besoin de se produire au dehors. D'ailleurs, s'il est un seul Dteu, il n'est pas solitaire dans sa vie. Son essence toujours une est éternellement commune à trois personnes distinctes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, et ces trois personnes, dans leur société, sont nécessairement heureuses d'un bonheur infini... Cependant c'est ce Dieu que le pécheur attaque et qu'il offense. C'est à sa loi qu'il porte atleifite, c'est à ses perfections qu'il déclare la guerre ! Par le péché, le nom. du Seigneur est blasphémé ou méconnu , sa justice est bravée, sa puissance est méprisée, sa miséricorde est lassée, son amour est foulé aux pieds. Le péché, s'il le pouvait, détrônerait Dieu et le détruirait : car le péché est essentiellement opposé à Dieu , et par son opposition ne tend à rien moins qu'à le détruire. 0 pécheur l voiià votre audace et votre folie... Mais, en commettant le péché, vous n'avez pas voulu détruire Dieu... Qu'importe que vous ne l'ayez pas voulu d'une volonté expresse : vous l'avez voulu d'une volonté implicite ; vous saviez en péchant que vous offensiez Dieu , vous saviez que vous deveniez son ennemi ; que faul-il de plus pour faire de votre péché un crimecontre l'ôtredeDieu ? Pleurons ici, mes frères, sur nos péchés passés. Et quoi I nous avons offensé Dieu 1 ... lui si bon , si parfait , si saint I 0 Dieu, nous avons un grand regret de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable , et que le péché vous déplaît et
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VOUS déshonore. Bfais, ô mon Dieul ce n'est pas assez: pour mon cœur de me repentir du passé ; votre infinie bonté m'oblige à ne plus vous offenser jamais. Je forme doue en votre présence le ferme propos, moyennant ^votre sainto grâce, sans laquelle je ne puis rien, de ne plus pécher à l'avenir ; désormais je respecterai votre nom, je servirai votre gloire, je manifesterai votre justice et surtout je chanterai votre miséricorde qui daigne maintenant m'accorder la grâce d'un repentir sincère. Misericordias DomminœUmumcantabo...
Qu'est-ce que Dieu par rapport à nous? 11 est noire maître et noire père, il nous a créés, il nous gouverne, il prend soin de nous. Pensez à tous ces titres, cogita Deum, cogitapatrem, dit saint Bernard. Il est noire maître, a Seigueur, s écriait le prophète David, vos mains m*ont formé, elles m'ont façonné. » Manus tuœ fecerunt me, et plasmaverunt me. Je suis votre ouvrage , vous m'avez tiré du néant; sans vous je ne serais pas. C'est vous qui m'avez fait ce que je suis. Après m'avoir créé, vous m'avez conservé et vous m'avez donné tous les biens de la nature et de la grâce. Vous avez fait la terre pour moi, et vous m'avez préparé le ciel où vous régnez , comme la récompense d*un mérite que je devrai toujours, si je Tacquiers, à votre sainte grâce qui me prévient, m'accompagne et me suit. Or, en me créant vous avez voulu me donner une loi... Rien de plus juste, rien de plus nécessaire... Mais^ hélas I au lieu de me soumettre à votre loi, je l'ai rejetée comme un joug importun, et n'ai voulu me soumettre qu'à la triste loi de mes désirs insensés. Voilà comment je suis coupable. « Oui, dit le Seigneur, vous avez réjeté ma loi en vous écriant dans le délire de l'orgueil : «Je ne servirai pas.» Diœisti : Non serviam. De quel droit, malheureux
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pécheur, prétendez-vous ne pas me servir ? Vous n'êtes qae poussière, vous devez tout à ma bonté». • Tout me sert dans le monde : au ciel » les anges o^'adorent ; dans le firmament, les astres obéissent à mes ordres; sur la terre, toute la nature entend m^ voix ; dans Tenfer même» ma justice ne souffre aucune résistance^ Pour vous, ê pécheur ! vous avez rejeté loin de vos épaules mon joug si juste et si salutaire , et vous avez voulu vous soustaire à mon empire i il sœculo confugisU jugum, ddccUti :Non serviam* Mais ne suis-je pas aussi votre père? dllle Seigneur ; el pour* tant, où est Thonneur que me rendent mes enfants? J'avais nourri et exalté au plus haut degré de l'honneur et de la gloire les enfants de ma prédilection^ n^ais ils m'ont outragé, au lieu de recoonatUre mes bienfaits : Filios enutrwi et exaltavi^ ipsiaiUemspreveruni...
Quels reproches» mes frères, et comme cette voix de Dieu qui nous parle en nos saints livres, et que le cri de la conscience répète au fond de nos cœurs, est bien propre à nous loucher et à nous faire concevoir des sentiments de repentir! Oui, Seigneur, nous sommes injustes et nous sommes ingrats! 0 notre mattre et notre père , pardonnes à vos serviteurs» pardonnez à vos enfants I 0 mon Sieul nous avons un grand regret de vous avoir offensé à cause de vos droits de justice et d'amour que nous avons méconnus ! Nous revenons maintenant, contrits el humiliés pour le passé, et fermement résolus, pour l'avenir, à suivre vos préceptes et à faire tous nos efforts pour rendre à voire nom Thonneur, la gloire et la tendresse que des fils chéris doivent au nom du meilleur des pères L..
S"" Considérons les mérites de Jé$us - Christ dissipés par k péché.
« Dieu a tant aimé le monde t uous dit saint Jean^ qu'il a
donné pour lui son Fils unique. » Le péché nous avait tous perdus. Dieu, pour nous sauver, tout en mainfenant les droits de sa justice , et tout en accomplissant le désir de sa miséricorde, nous donna son Fils comme une victime de propiliation pour nos péchés. Le Fils de Dieu se fît homme; puis il sourfril et mourut pour nous. Or, les souffrances el celle mort de Jésus Christ, qui doue en a été la cause, sinon le péché? O pécheurs 1 c'est vous qui avez fait souffrir et qui avez attaché à la croix cet agneau de Dieu dont le sang efface les crimes du monde ! Regardez le Calvaire, contemplez la croix, considérez la victime. Sur cette montagne de douleur , sur ce bois de l'infamie , dans le Dieu-Homme qui souffre et qui meurt , reconnaissez la malice du péché, et frappant votre poitrine à cette vue, répandez des larmes d'un repentir sincôre : c'est vous qui avez crucifié Jésus-Christ I»..
Hais encore si vous aviez mis son sang à profit ! Si vous aviez gardé la vie que sa mort vous avait donnée , vous devriez répéter la parole de PÉglise , et dire avec transport :0 heureuse faute 1 0 fdix culpa /... Hais non... ingrats pécheurs, vous avez, par vos fautes sans cesse renouvelées, rendu le sang du Rédempteur inutile. Que dis-je? vous avez fait crier ce sang contre vous. Il demande vengeance... Bien plus, non contents dé rendre ce sang inutile, vous en avez renouvelé l'effusion. Toutes les fois que vous avez commis un péché mortel , vous avez renouvelé en vouSf d'une certaine manière, la mort du Fils de Dieu. Tous avez renouvelé son crucifiement , dit saint Paul : Bursum crucifigentes sibimetipsis Filium Dei. 0 mystérieux et trop véritable déicide I étonnante prévarication I qui ne répandrait à cette pensée des larmes amères , qui ne se repentirait d'avoir péché I Disons àonc au Seigneur notre
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Dieu , en présence de la croix de Jésus : c Mon Dieu, j'aî un grand regret, une vive douleur d^avoir péché, de vous avoir offensé , parce que, en vous offensant, j'ai causé la mort de votre Fils, j*ai renouvelé mille et mille fois cette mort ; et maintenant; à cause de cette mort toujours efficace pour sauver le pécheur repentant, pardonnez -moi mes fautes. Je ne veux plus vous offenser; je veux vous servir et vous aimer tous les jours de ma vie ; je veux réparer mes fautes par la pénitence la pluà sincère. »
3^ Considérons enfin que le péché cause et produit la perle de rhomme lui-même qui h commet, a Celui qui commet le péché est Tesclave du péché I » dit la sainte Écriture. « La solde du péché, dit-elle encore, c'est la mort. » — «Allez, maudits, allez au feu éternel! » s*écriera notre juge en condamnant les pécheurs au jour du jugement dernier. Tels sont les maux que le pécheur se fait à lui même.
4" Il devient Tesclave du mal : Qui faciet peccatum , serves est peccati. Le ii^al, c'est-à-dire le désordre , la honte, le mensonge, la haine, les ténèbres et, par suite, le re* mords , s'emparent du pécheur et le tourmentent. H a voulu se soustraire au joug du Seigneur dont il est dit : <c Mon joug est doux et mon fardeau léger; » le voilà sous le joug du démon. Il voudrait quitter ce maître cruel, mais non : les passions que le pécheur a flattées et qu'il aime sont de connivence avec le démon ; elles séduisent pour l'asservir le malheureux qui les repatt sans cesse sans jamais les rassasier. H marche , il marche encore^ il marche loajours accablé par son'fardeau ; mais il est esclave, il n'a pas le droit de se plaindre. Le fouet de la concupiscence le stimule en le frappant; il marche, il tombe, il se relève, il marche encore, il tombe enfin, et il meurt esclave du péché. Qui facitpeccaium^ sermsestpeccati.
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2» « La mort est la solde du péché, s» Stipendia peccati , mors. D'abord , la mort de râmo , puis la mort corporelle, enfin la mort éternelle. Par le péché la grâce sanclifiaote, vie surnaturelle de l'âme, est complètement détruite. Dieu se retire d'une âme où le péché fait sa demeure. Or, quand Dieu se retire, la vie disparaît. Cette âme en état de péché mortel est, dans l'ordre des |esprits, ce qu'un cadavre est dans Tordre des corps, c'est-à-dire une corruption hor-^ riblel... Cette disparition de la grâce produit une tache, une souiUure et une sorte de puanteur dans l'âme coupable. Elle est couverte comme d'une lèpre qui fait peur avoir et dont le seul aspect repousse. El cette âme, en effet , éloigne de soi Dieu et ses anges... Dans cet état, elle n'a plus le pouvoir d'être agréable à Dieu. Elle est incapable de l'aimer, de le servir comme il faut, et quelque bonne œuvre qu'elle accomplisse encore, ses bonnes œuvres sont stériles pour le ciel : elle ne peut mériter le ciel d'un mérite proprement dit.
3* Par le péché , le corps lui-même est soumis à la mort. Dieu avait fait l'homme immorleL Le péché de notre premier père a introduit la mort dans le monde. Les péchés actuels ne font que donner un plus grand poids à cette sentence qui s'exécute dans le mande contre l'homme en le frappant de mort. Mais la mort du corps ne serait rien, pour ainsi dire , si la mort éternelle n'était réservée aux pécheurs. Dans Tenfer, ils seront toujours morts, toujours privés dé la grâce, toujours séparés de Dieu, toujours corrompus, toujours souillés, toujours coupables, toujours punis...
En effet , telle est la sentence : « Allez, maudits , au feu éternel! n Ite, maledicti, in ignem œferwum/ Dans l'enfer, ce feu ne s'éteindra jamais. Il brûlera, sans les détruire,
les malheureux que le péché y aura précipités. Leurs larmes n'éteindront poiol ce feu , et le cri du remords n*ea obtiendra point ranéanlissement. Vermiseorum non morilur, et ignk non exiinguitur /. . .
0 pécheur I descends en esprit dans cet enfer que Dieo prépare à ta vie criminelle. Qu a la vue d*un si grand supplice le repentir s*empare de toi, et que la contrition fasse ici -bas couler de tes yeux ces larmes salutaires qui plus tard resteraient sans effet, a 0 enfer, je te crains 1 ô justice de Dieu, je te redoute I Je me repens, Seigneur, d^avoir péché ; je veux vivre en chrétien ; pardonnez , laissez-vous fléchir , j*ai péché contre vous. » Tibi soli peccavi et malum coram te fecL.. Hais vous ne dédaignerez pas, ô mon Dieu ! un cœur contrit et humilié. Cof contritum et humiliatum^ DeuSy non despicies. Ressuscitez mon âme parla grâce de la pénitence... Bénigne foc, Domine^ in bona v(h luntate tua Sion^ ut cedificentur mûri Jérusalem. Daosmon âme sanctifiée, je vous offrirai un sacrifice de louange, de reconnaissance et d'amour. TuncaccepiabiisacrifkiumjuS" titiœ» Vous serez glorifié et 'je serai [sauvé : ce sera le triomphe de votre miséricorde et de votre justice 1
TRAIT HISTORIQUE
Saint Bonaventure s^exprime ainsi sur les divers degrés de contrition ;
i" Degré. Se repentir à cause du tort que Pon s^est causé à soimême par le péché.
S« Degré. Se repentir à cause du tort que Ton a causé aux autres.
3* Degré. Se repentir à cause de Toutrage fait à Dieu. Et encore :
l«r Degré. Révéler la douleur de son âme simplement par l*atea de ses lèvres.
2* Degré. Par les larmes de ses yeux*
BN CÛAIRE. SOI
3« Degré, Par la mortification de sa chair. (S. Bonaventure, Échelle d'or des vertus, c. xxii. )
, LU De la Confeiiiiloii.
i» DB lA NÉCESSITÉ DB LA CONFESSIOIT.
EXPOSÉ SOMMAIRE
Nécessité de droit divin ; paroles de la sainte Écriture , paroles du saint concile de Trente; quels sont ceux que le précepte divin de la confession oblige ; uécessUé de droit ecclésiastique ; décret du concile de Latran ; explication de ce décret.