‹ Le catéchiste en chaire, plans de sermons, conférences et instructions familières sur les principaux points de la doctrine chrétienneChapitre 7 sur 55 · MATTH. VI · texte numérisé non relu

MATTH. VI

r< Cherchez donc premièrement le royaume fle Diea et sa justice, et tout le reste Yoas sera donné par surcroît. »

L'OrâisoD dominicale se rapporta donc , mes frères, ainsi que nous vous Tavons expliqué, à la gloire de Dieu^ à la louange des trois personnes de l'augoste Trinité , dans les trois premières demandes qu'elle renferme. Par là, elle nous ordonne a Dieu» elle nous rattache à notre fini dernière. Mais Dieu, dans sa bonté, a voulu nous apprendre ensuite à prier pour nous-mêmes, et à nous occuper de nos besoins personnels d'une manière convenable à notre qualité d'enfants de Dieu. C'est pourquoi le divin Mattre, aux trois premières demandes que nous vous avons déjà expliquées , en ajoute quatre autres qui vont être l'objet de cette instruction.

DIVISION

Parcourons ces quatre demandes l'une après l'autre , et voyons ce qu'elles contiennent , ;d'après les explications des saints Pères et des docteurs.

4^ <( Donnez- nous aujourd'hui notre pain de chaque

BIf CHAIRE. fl

jjfmr.wPenemfWSirumquoHdianum danobis hodie, C^esl iaquatriôaie demande de l'Oraisoo dominicale. Le peio dont il est ici question signifie tout à la fois le pain mal^ rid qui nourrit notre corps, et le pain sacré de la vie éter- Bdlequi boorrit notre âme, Jésus dans l'eucharistie, qui s'appelle lui-même le pain de vie. Ego sumpanis vitœ (4). Bxposons ces deux sens delà quatrième demande. D'abord il s'agit ici du ^ain matériel, nécessaire à notre corps. Or, oe pain, nous l'aillons notre pain^ parce qu'il esta nous , en effet, IHea nous l'ayant donné dans sa bonté providentMle. Ce pain qui est à nous, c'est la nourriture d'un corps qui a besoin de réparer ses forces épuisées par le travail. Ce n'est pas Taliment de la volupté ou des passions, la pâture ig&oble de&désirs mauvais : c'est un ^liment simple, chaste, coDunun, nécessaire, mais suffisant au pauvre et au riche ; €^t le palnde chaque jour, car chaque jour, par le besoin qoeDous en avons, il nous avertit de notre dépendance à l'égard de Dieu et de notre impuissance personnelle dans les biens les plus indispensables; c'est le pain que nous demandons aujourd'hui , hodie , et non pour demain, car nous ne savons pas si demain nous vivrons. Noos comptons sur la Providence, et mettant notre conbooe dans celui qui nous a créés et qui nous conserve , nous nous souvenons qu'à chaque jour suffit sa peine, f^fficit dieimalitiasua (2), et que nous oe devons pas nous mettre en peine du lendemain. Par de tels sentiments, nous Doos séparons des païens et des incrédules, et tandis que ceux-ci méritent, par leur méfiance à l'égard de Dieu, le reproche du prophète Isaïe : « Malheur à vous qui

(1) JoAira. VI.

(2) Uàtsr, VI.

a4 LE CATliCUISTE

bâtissez maison oootre maison et qui ajoutez toujours oo chaœp à vos champs, comme si vous vouliez vous étendre jusqu au bout du monde I Est-ce que sisuls vous habiterez au milieu de la terre? (4 ] » nous méritons , nous , la bénédiclion de ce Père céleste qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants , et qui regarde avec un œil plein de sollicitude ceux qui l'aiment d'un amour confiant et docile.

Mais ce pain quotidien signifie encore le pain eucharistique, d*où, en saint Matthieu, il est appelé a supersubstantiel. »Panem supersubstantialem. Cesi ce que nous disent les saints Pères, et surtout saint Cyprien. Ce grand docteur nous dit , en effet , que nous appelons ce pain « notre pain , parce que le Christ est notre pain. » Sic

pariem nostrum vocafnus , quia Christus noster panis

est (2). Et saint Jérôme: « Nous pouvons, dit-il, entendre ce pain supersubstantiel d'un pain au-dessus de tonte substance et de toute créature, » c'est-à-dire de Jésus-Christ. Possumus supersubstantial&m panem et aliter intelligere qui super omnes substantias sit, et universas superet créaturas (3). Il s agit donc ici, non-seulement du pain qui soutient notre corps, mais du pain qui vivifie notre âme, c*est-àdire de Teucharistie. Par conséquent, selon saint Cyprien et saint Augustlo (4], en demandant que Dieu nous donne notre pain de chaque jour , nous demandons de recevoir l'eucharistie chaque jour ; mais en même temps nous deman' dous la grâce de vivre si saintement que nous méritions

(i) ISÀI. LI.

(1) De Orat Dom.

(8) HiBB. in c. VI Matth,

(4) Cypb. Loc. cit, AuG. Serm» lviii.

EN GBÂIBB. ' ^

60 effet de communier chaque jour. Sic vivamus , t^i a6 altari tuo non separemur.

2<» La cinquième decnande de TOraison dominicale est celle-ci : a Et pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.'» Et dimitte nobis dMa nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris. Ces offenses, ces dettes dont il est ici question , ce sont les péchés par lesquels nous offensons Dieu, comme le texte de saint Luc* le dit expressément : a Et remettez-nous nos péchés , comme nous pardonnons à ceux qui nous doivent. » Et dimitte nobis peccata nostra, siquidem et ipsi dimiltimus omni debenti nobis (4). Or, ces péchés que nous commettons^ et dont nous souhaitons le pardon, ces péchés sont véniels ou mortels. Véniels, TOraison domioicale bien dite , accompagnée d*un sentiment intérieur de repeDlir»lesremet;carellecontientla vertude les remettre, Doo comme un sacrement, mais comme une prière sacrée qui plaît à Dieu et qui sanctifie les âmes. Mortels, les péchés ne sont pas remis par cette prière ; mais quiconque la récite bien, reçoit sans aucun doute de la bonté de Dieu une plus abondante disposition à se convertir età serécoudljer avec Jésus-Christ dans le sacrement de pénitence. Dans tous les cas, TOraison dominicale est donc bien utile et opère admirablement dans les âmes ce qu'elle exprime dans cette demande : o Pardonnez-nous nos offenses» » Hais, remarquez, mes frères, à quelle condition : nous demandons que Dieu nous remette nos fautes comme nous pardonnons sincèrement à ceux qui nous ont offensés. Nous posons nous- mêmes la condition du pardon que nous sollicitons, et la mesure de ce pardon. Sans cela comment

(4) Luc. XI.

iS LB CATÉCHISTE

SHTÎODSHMM» Ics cofants de Dieu ? Oai , comment aurionsnous Dieu pour père si nous D*avioDS pour frères tous les hommes que Dieu regarde comme ses enfants? En nous séparant d'u|i seul de nos frères par la haine ^ nous nous excomoranîoQS de la famîtle de Dieu : nous n*avons plus le droit de dire : « Notre père qui êtes aux cîeux. » Dîea reçusse ce litre que nous lui donnons sans aucun fonde* ment. Hais si nous pardonnons à nos frères , alors nous regardons Dieu comme notre père , nous pouvons lui donner ce doux nom , el Dieu, noire père, ne peut refuser de pardonner h ses enfants qui s'bumtlient devant lai et se repentei)! de leurs fautes.

3° La sixième demande de TOraison dominicale est celle-ci : «Et ne nous îhduisez pas en tentation, » que Toa traduit d'ordinaire ainsi: « Et ne nous laissez pas succomber à la tentation. » Et ne nos induças in tentationem. En effet, il no faut pas croire, mes frères^ que Dieu nous pousse dans la tentation ; car, ainsi que renseigne le Saint- Esprit par la bouche d*un apôtre , « Dieu ne tente personne. » Ipse auiem neminem tentât (i). Mais dans cette demande nous prions Dieu de nous épargner les tentations où nous pourrions tomber, et de nous soutenir au milieu de celles qu'il permet pour notre épreuve. Après avoir demandé d*ètre délivré des maux passés , par le pardon des péchés commis , le fidèle demande donc ici d*êlre délivré des maux présents [et des maux futurs , c'est-àdire des péchés qui résultent ou qui peuvent résulter des tentations auxquelles nous sommes tous exposés pendant la vie. Mais cette demande ne peut être utile qu'à ceux qui se préservent des dangers du monde et qui , par une

(1) Jac. II.

, BN GBAIBB. 97

prière assidue déjouent les ruses de Satan. Quant aux ehréiiens imprudents qui cherchent les tentations plutôt qu'ils ne les fuient ^ cette prière ne les protégera pas , et ils encourront, avec la responsabilité de leur téméraire conduite , cette réprobation que prononce contre eux la sainte Écriture: « Celui qui aime le danger y périra. Ayant mis le pied dans le filet, il y sera pris. » Qui amat pericuïum m illo peribit. Immisit in rete pedessuos^ tenebiiur planta iUiuslaqueo[h).

i"" Enfin , en disant : « Délivrez-nous du mal , y> Sed libéra nos amalo^ ce qui est la septième demande de l'Oraison dominicale , nous confirmons tout ce que nous avons dit précédemment , et nous prions Dieu de nous délivrer de tous les maux qui pourraient ici-bas nous ravir la grâce, des maux temporels eux-mêmes qui sont une suite du péché , et surtout de la damnation éternelle qui est le graud mal sans remède et la seconde mort. « Oui, s*écne saint Gyprien (3) , quand nous disons : Délivrez-nous du mal, nous demandons de rester fermes et assurés contre tous les maux que le diable et le monde opèrent sans cesse. » Puis^ nous ajoutons : a Ainsi soit-il, » Amen, pour marquer notre désir, exprimer notre confiance et notre persévérance. G*est ainsi , mes frères, que TOraison dominicale nous fait en peu de paroles demander tous les vrais biens , repousser tous les maux , après nous avoir appris à honorer Dieu, à le servir et à Taimer. C'est ainsi qu'elle nous ordonne à Dieu , notre principe et notre fin , qu'elle nous ordonne à nous-mêmes et au prochain dans de justes rapports de charité, et qu'elle nous fait accomplir toute justice.

(1) EcclL m. Job. xviii. (î) Tract de Orat. Dom.

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