SO LE GATJ&CHISTE
doute à le haïr et à le blasphémer pendant toute Tétôrnîté , et cette pensée ne le quittait pas. L'agitation de son esprit et le trouble de son cœur le jetèrent dans une mélancolie profonde, dont rien n*était capable de le distraire. Il passait les jours et les nuits à pleurer et à gémir : son €orp« , quoique robuste , succomba à la fin sous une si rude épreuve ; il devint d'une maigreur extrême ; tout annonçait un mal intérieur qui le minait sourdement , et bientôt les douleur^ cuisantes qu'il sentait dans tous les membres, firent presque désespérer de sa vie. Son précepteur, qui Taimait comme un fils , ne savait que penser de rétat pitoyable où il le voyait réduit ; il en cherchait en vain la cause, il la lui demandait inutilement. La honte que le malade en avait luimême l'empêchait de s'en ouvrir ; rien ne lui parsùssait plus terrible ^e d*avouer qu'il se croyait réprouvé. Mais Dieu , qui n'avait permis cette tentation que pour mettre son serviteur à répreuve , pour loi inspirer la défiance de ses propres forces et raffermir dans Thumilitè, le délivra lui-même sans le secours des hommes. Il lui inspira le désir de retourner dans Téglise de Saint-Étienne-des-Grès, où il avait fait son vœu de chasteté. Le premier objet qui le frappa fut Timage de la sainte Vierge. Cette vue réveilla la confiance qu'il avait toujours eue ^n sa puissante intercession : il ^e prosterna contre terre , et se recofljDaissanl indigne de s'adresser directement au Père des miséricordes, au Dieu de toute consolation , il pria Marie de lui procurer la délivrance du mal dont il était accablé, et de lui obtenir de la bonté du Seigneur, que, puisqu'il était assez malheureux pour être destiné à le ha!r éter<uellement après sa mort, il pût au moins l'aimer de tout son cœur pendant sa vie. Une prière si éloignée des sentiments d'un réprouvé taX exaucée : dans le moment même il lui sembla qu'on lui ôtait un poids qui accablait son âme. 11 recouvra en un instant la tranquillité de Vesprit et la paix du cœur ; le corps même se ressentit de ce changement, et revint en si bon état, que le précepteur et les amis de François lurent plus en peine que jamais de savoir ce qui avait causé son mAl,et ce qui avait pu le guérir si promptement François ne fit plus de difficulté de leur avouer le mal et le remède, et ses amis lui avouèrent à leur tour qu'ils n'avaient point douté qu'une passion violente ne Veut réduit au pitoyable état où ils l'avaient vu. Son précepteur sgouta qu'il s'était tourmenté en vain pour découvrir ce qui aurait pu la causer : il le blâma de la mauvaise honte qui l'avait porté à lui faire un secret de ce qui se passait dans sou cœur, et lui fit promettre qu'il n'en userait
m GBMmB. 84
fbt ainsi à ravenîr. Mail François n'eat plus de pareille confidence à lUre ; sa joie, gai Tenait de lui être rendue , ne fut plus troublée , et il jouit toujours depuis de Theureuse tranquillité que la sainte Vierge lui avait obtenue en. exauçant son héroïque prière.
Terta de Religion s 9e 1» Prière. (Suite du l«rCk)mmand'.)
DE L'OIAISON DOHmiGALB. (I*' Sèrmou.)
BXORDE.
Onm oratis , dicite : Pater noster , etc. (Lucu.a.)
A Lorsgae TOUS priez, dites : Notre pêre^tc.»
UOraîson dominicale , aies frères , ou le Pater noster , est une prière coDienne dans rÉvangîle ; ane prière que Ifotre- Seigneur lui -même a composée et qu'il uous a apprise ; une prière, par conséquent , Irès-excellenle, car son auteur est saint, il est parfait, il est Dieu ; il connaît Dos devoirs et nos besoins , il nous aime ; une prière trèscommune parmi les chrétiens , Irès-utîle, très -fructueuse et que nous aRons vous exposer en détail, afin que vous la compreniez mieux et que vous la récitiez chaque jour ^ec plus de goût et plus de profit.
DlTISIOIf.
Nous diviserons cette explication en deux parties. La première , qui remplira cette instruction , aura pour objet le préao^ule et les trois premières demandes de TOraison
yLiO^gle
dominicale ; la seconde traitera des quatre dernières demandes de cette prière : elle nous occupera dans l'instruction suivante.
PRÉÂMBCLB ou PBÉFAGB DE x'ORAISON DOMINICALE.
4 . Un jour que Notre-Seigneur était en prière , les apôtres , lorsqu'il eut fini de s'entretenir avec Dieu , s'approchèrent et lui dirent : a Seigneur, apprenez-nous à prier, comme Jean l'a appris ^ ses disciples (4). » Alors Notre- Seigneur leur donna pour formule de prière cette oraison que nous appelons Y Oraison dominicale ou le Pater noster et que vous savez tous. Elle est appelée Oraison dominicale ou du Seigneur, parce que c'est le Seigneur Jésus qui nous l'a apprise, et le Pater noster ou \e Notre père, parce qu'elle commence par ces paroles , en latin et en français.
Or , mes frères , cette prière est très-excellente, elle est la plus parfaite de toutes les prières. Car, selon saint Cyprien, Notre-Seigneur ayant dit : « L'heure vient, et c'est maintenant que les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité (2] , » et nous ayant donné lui-mêaie rOraison dominicale, selon qu'il est manifeste par ces paroles : a Vous prierez ainsi : Notre père, etc. (3], il s'ensuit que c'est par cette prière que nous adorons le Père en esprit et en vérité , c'est-à-dire que nous rendons à Dieu le culte qui lui est dû et que notre religion est parfaite. L'Oraison dominicale est donc très-excellente. Mais écoutons encore saint Cyprien , laissons parler ce grand évèque de la primitive Église sur cet important sujet, a Jésus-Christ ,
(1) Luc. XI.
(2) JoANif. nr.
(3) Luc. XI.
Biv chaire; n
£t-il , avait prédit déjà que l'heure était venue où les vrais adoraleurs adoreraîeut le Père eu esprit et en vérité. Main^
teoantil va accomplir ce qu'il a anDoncé En effet, quelle
prière peut-il y avoir qui soit plus spirituelle que celle qu'il nous a donnée, lui par qui le Saint-Esprit est descendu sur nous? Quelle prière peut être plus efficace auprès du Père que celle dont son Fils est l'auteur, ce Fils , vérité éternelle? Prions donc, mes frères, comme le divin Maître nous a appris à le faire. Certes, c'est une prière aimée de Dieu, une prière qui lui est agréable que celle dont les paroles et le sens lui appartiennent en propre I La prière du Christ monte droit à l'oreille de Dieu. Que le Père, eo nous entendant prier, reconnaisse les paroles de son Fils ; et puisque ce Fils est notre avocat auprès du Père pour les péchés que nous avons commis , ayons soin , quand nous prions pour nos fautes , de nous servir des expressions mêmes de notre avocat. Car s'il nous a donné cette assuraoce que nous recevrions tout ce que nous demanderions en son nom , combien cette assurance n'est-ëlle pas plus ferme si nous demandons avec sa propre prière I (1) » Vous voyez, mes frères, par ces belles paroles de saint Cyprien, quelle' est l'excellence de l'Oraison dominicale sous le rapport de celui qui l'a composée ainsi que sous le rapport de son efficacité. Mais celte prière est encore trèsexcellente si nous considérons ce qu'elle contient, ce qu'elle nous fait demander et l'ordre ainsi que la manière dont elle nous fait demander ce qu'elle contient. Car, ainsi que nous le dit saint Augustin, cette prière renferme en sub* stance tout ce que nous pouvons désirer, tout ce que noua pouvons demander dans nos autres prières. « Les paroles »
(1) Tract, de Orai. Dom. I j
84 LE GATÉGHISTB
dit-il, que Nptre- Seigneur Jésus-Christ nous a apprises . sont la forme de nos désirs. Il ne vous e^t pas permis de demander autre chose que ce qui est contenu dans ces paroles (4). » Le même docteur dit encore dans un autre endroit : « Quiconque demande quelque chose qui ne peut pas s^accorder avec cette prière démande charnellement. > Carnditer orat (2). L*Oraison dominicale se recommande donc encore par les demandes qu*elle contient , et c'est , en effet, ce que nous allons voir maintenant en parcourant successivement ces demandes.
2. L'Oraison dominicale commence par ces paroles : a Notre père , qui êtes aux cieux. » Pater noster, qui es m ccdis. Qu'elles sont belles, mes frères, ces paroles, qu'elles sont touchantes I Et cependant que de grandeur elles renferment et combien elles doivent nous étonner! Car voyez, tandis que Notre-Seigneur pouvait , pour nous f^ire nommer Dieu au commencement de notre prière , se servir i]'un autre expression que celle de père ; appeler Dieu , par exemple , du nom de créateur , de tout-puissant , de Dieu juste, âe souverain dominateur, il a voulu l'appeler du nom de père : notre père I Qui donc , parmi les hommes, s'il avait été chargé de composer une prière courte et complète, aurait osé commencer par une si confiante parole? 11 n'appartenait qu'à un Dieu de nous apprendre à traiter Dieu lui-même avec cette amoureuse familiarité, a Quelle indulgence de la part du Seigneur , quelle condescendance à notre égard , quelle infinie bonté I s'écrie saint Cyprien : il veut que dans notre prière en présence de Dieu nous ^pelions Dieu notre père et que nous soyons ses fils
(1) Serm, lvi.
(i) Lib, de Perf.justitÙB,, c. viii.
m €HAIftB, M
adoptlCB, oorome Jésus- Chrtet est son fils par oaiaro. Certes, ce nom de père, personne de nous n*aurâilesé le doooer i Dieu , si le Christ lui-même ne nous avait a^is à prier de ia sorte I (4]j»
Mais remarquons, mes frères, que ce nom de père exige
de nous , quand nous le prononçons , que dous ayons dans
le cœur le sentiment des idées qu'il exprime: U exige de
notre part une grande oonfiauoe. Dieu est notre père :
les hommes doivent avoir confiance en Dieu dont ils sont
les enfants. Cette confiance ne peut être réelle qu autant
qu'elle renferme les trois devoirs des enfants envers leurs
parents : i'amour« le respect, Tobéissance. En disant
chaque jour h Dieu : « Notre père, » avons-nous, mes
frères, de 1 amour pour Dieu? le respectons-nous^ lui
obéissons-ikous ? Héli^ I comment Taimerioas-nous si nous
étions en état de péciié mortel.? comment le respecterions-
ooQS si oous blasphémicœs son saint nom? comnoent lui
obéirions-nous , si nous transgressions ses commande-
meotset ceux de son Église? Oh 1 que cette parole : a Notre
père, » est donc mal proooQcée par le plus grand nombre
des cbréliensl comme elle iious révèle de grands devoirs ,
et comme elle nous invite par sa grandeur et sa suavité à
oe la pron<M2cer qu'avec des lèvres pures , nu coeur
aimant , un esprit soumis et respectueux et une volouté
laissante I « Natre pérel s Oui, JSeigneur, vous êtes
notre père , et nous voulons vous corinattre , vous aimer ,
vous servir comme diçs éftfaàts dignes de vous , qui avez
daigné nous adopter, et dignes de Jésus-Ghri^, qui nous a
faits ses frères L..
N(dre pèrft. Cette peroie est suivis de cee autres
(1) s. Cypr. Lib» de Perf, justitiœy c. yiii.
86 LE gatAghistb
expressions qui complètent le préambule de l'Oraison dominicale : Qui êtes aux deux. <c Ce n*est point y nous dit saint Augustin , pour signifier que Dieu ne soit pas présent parlout que nous parlons ainsi ; mais c'est pour signifier qu*jl est présent d'une manière toule particulière dans ceux qui vivent saintement , c'est-à-dire d'abord dans les saints du ciel , auxquels il se manifeste par sa gloire ; ensuite dans les saints de la terre, en qui il vit par sa grâce. » Dieu est partout , sans doute , mais il est surtout où il se montre avec plus d'éclat : or, il se montre dans le ciel , face à face aux anges et aux saints; et , par sa grâce, il se montre ici-bas ^ d'une manière ineffable , quoique voilée encore, aux justes qui Tadorent dans la lumière d'une foi parfaite.
c Notre père qui êtes aux cieux » Cette parole nous
révèle donc Dieu comme Père de tous les hommes , selon la nature et surtout selon la grâce ; elle nous révèle notre adoption en qualité d'enfants de Dieu , en Jésus-Christ sauveur; elle nous manifeste la bonté de Dieu, son infinie miséricorde , et nous fait adorer tout son être dans la splendeur des cieux, où it se donne aux saints, et dans ces prémices fécondes de la grâce par lesquelles il promet aux justes qui le goûtent ici-bas, l'abondante moisson d'une gloire où ils le verront face à face et le posséderont cœur à cœur , de telle sorte qu'ils seront semblables à lui , comme le dit l'A poire : Similes eierimus quoniam videbimus etim sicutiest (^).
3. Après cette courte, mais admirable préface, viennent les demandes de l'Oraison dominicale. Elles sont au nombre de sept. Notre-Seigneur les a si bien disposées que les trois premières regardent Dieu , et les autres nos
(1) I. JOAHK. m.
EN GHAtRB; a7
propres besoins ; ear il est juste que nous rendions à Dieu ce qui lui appartient , avant de lui demander qu'il nous donne ce dont nous avons besoin.
Expliquons les trois premières demandes : |o « Que votre nom soit sanctifié. » Sanctificetur nomen tuum. ce Par cette demande , dit saint Augustin , nous ne supposons pas que le nom du Seigneur ne soit pas saint essentiellement , mais nous souhaitons que ce nom soit au contraire connu comme le plus saint des noms par tous les hommes ; que les hommes le vénèrent , l'adorent , le servent et Taiment de tout leur cœur y et ne craignent rien tant que de loffenser (4). »En disant : a Que votre nom soit sanctifié, » nous demandons, par conséquent, d*abord pour nous, la grâce de bien connaître le saint nom de Dieu et de le servir avec amour; ensuite, pour les infidèles, que ce nom qu'ils ne connaissent pas leur soit manifesté dans la lumière dé la foi, pour leur salut. Nous demandons que les hérétiques cessent de le blasphémer par leurs erreurs opiniâtres, et que les pécheurs ,* abjurant leurs crimes, reviennent dans la voie du bien pour honorer ce nom et en faire resplendir la sainteté dans leurs bonnes œuvres et 'leurs édifiants discours. Souvenez-vous, mes frères , que nous ne sommes sûr la terre que pour glorifier Dieu ; que Jésus-Christ nous a dit «de faire briller nos bonnes œuvres devant les hommes afin qu'ils glorifient Dieu notre Père (2), » et que saint Pierre nous recommande de « vivre saintement au milieu des nations , afin que les peuples» voyant notre vie, rendent gloire à Dieu. » Ne soyons pas du nombre de ceux qui , par leurs scandales , font
(1) lib. II de Serm, Dom in monte.
(î) Matih. y.
s 8 LB CATiCHIftTfi
blasphémer , comme la dU saiol Paul , le nom du Seigneur parmi les nations. iViam^n Dùi propter vos blaS" phematur in gentibus I Car Dieu est jaloux de sa gloire, et il se vengera de ceux qui osent la lui ravir.
^'^ « Que votre règne arrive : » Adveniat regnum tuum. Par celle demanda, nous prions Dieu de régner en nous ici-bas par sa grâce et de nous faire un jour régner avec lui dans le ciel, au milieu de la gloire qu'il réserve à ses élus. Nous souhaitons qu*il soumette tous les cœurs à l'empire suave de son amour ; qu'il ne trouve plus de rébellion dans les volontés; qu'il établisse les âmes dans l'observa^ tion de ses préceptes ; que son Évangile s'établisse partout et que Dieu » roi immortel des siècles, soit le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs,* le dominateur de tous les hommes , et que par cet empire il prépare pour ses enfants celte royauté impérissable, cet indéfectible sacerdoce, celte inamissibie sainteté et ce perpétuel bonheur qu'il leur réserve dans le ciel comme la récompense de leur fidèle soumission. Ce sont les pensées de saint Augustin sur cette demande, c Nous demandons , dil-il , que Dieu règne en nous et que nous régnions en lui (4). »
Mais s'il est vrai, mes frères, que nous n'aurons jamais le royaume de la gloire, si nous n'avons pas d'abord celui de Ja grâce, il nous est bien important de vivre avec sainteté. Car, écoutez saint Paul : <c Ne savez-vous pas, s'écriet-il , que les iniques ne posséderont pas le royaume de Dieu ? Ne vous y trompez pas, ni les fornicaleurs y ni les idolâtres, ni les adultères..., ne posséderont le royaume de Dieu (2). d Ailleurs, le même apôtre nous dit encore que
(1) Epist, cxxx.
(2) I. Cor, VI.
Bf GHàlAB. 69
c ni la (^air ni le sang ne posséderont le royaame do Dieu; » c'esi-à-dire que tous ceux qui vivent seloo lee iospiratîoDsde leur nature corrompue et noo selon les inspi* ratioDS de la ^âce , ne posséderont jamais le ciel. S'il en 68t ainsi, mes frères., commeot un sî grand nombre de pécheurs peuvent-ils dire avec confiance : « Que votre régne arrive? » Non, ce règne ne viendra pour eux qu'autant qu'ils rejetteront de leurs cœurs toute pensée mauvaise , et de leurs actions toute iniquité.
3** «( Que votre volonté soit faite en la terre comme ao
del. D Fiat volunlas tua skut in ccbIo et in terra. Par cce
paroles , dit saint Cyprien , et après lui saint Augustin,
nous ne demandons pas à Dieu qu'il fasse ce qui lui platt ,
car la volonté de Dieu est souveraine et n'a pas besoin de
notre approbation ; mais nous lui demandons de > soumettre
par sa grâce notre volonté . rebelle et d'accomplir en noue
les desseins de son amour. « Nous prions, dit le grand
ivèquedeCarthagei non pour que Dieu fasse ce qu*il veui,
mais pour que nous-mêmes nous £as8k»)s ce qu'il veut.
Car qui peut résister à Dieu et l'empêcher d'agir comme
illui platt? Mais parce que souvent le diable s'oppose i
0008 pour nous empêcher de lalre la volonté de Dieu, noue
demandons que cette volonté s'accomplisse en nous sans
obstacle (4). » Or, afin que vous compreniez mieux
eDoore, mes frères , le sens de cette demande, je vais vous
exposer ici la peosée de saint Thomas sur l'accomplisse^
ment de la voloDté de Dieu (2). « Quoiqu'il n'y ait en Dieu,
oous dit le Docteur angélique, qu'une très-unique et très-
âmple volonté , œpendant on peut la considérer sous un
(1) De Oral. Dont.
double rapport , savoir, en tant qu'elle signifie seulement qu'une chose doit se faire , doit être accomplie , et en Jianl qu*il lui plaît qu'une chose ait lieu. La première s'appelle volonté de signe, voluntas signi ; la seconde , volonté de bon plaisir, voluntas beneplaciiû La volonté significative se manifeste dans les préceptes que Dieu nous donne et par lesquels il nous commande de faire telle chose et d'omettre telle autre chose. Cette volonté a lieu encore dans les conseils par lesquels nous sommes exhortés à telle ou telle pratique. La volonté de bon plaisir se manifeste dans les événements qui se produisent et qui dépendent , en effet , de Dieu qui le^ produit ou les permet, c'est-à-dire qui les veut toujours d'une certaine manière. Dieu produit le bien , il produit aussi le mal de la peine , c'est-à-dire les maux physiques; il permet seulement le mal moral , c'està-dire le péché. Gela posé, nous devons accomplir la volonté de Dieu, 4^ en observant ses préceptes, et même ses cooh seils si nous y sommes appelés ; 2« en adorant la sainte volonté de Dieu dans tout ce qui arrive , dans les maux qui nous frappent, et enfin, en craignant que par un juste jugement , il ne nous abandonne aux mauvais penchants de notre cœur si nous méprisoqs ses grâces. C'est dans ce sens que nous disons à Dieu , dans l'Oraison dominicale : « Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, s Oui , que vous soyez obéi , Seigneur , sur la terre par les hommes , comme vous l'êtes au ciel par les anges ?
Ces trois premières^ demandes se rapportent donc à Dieu. Elles sont au nombre de trois pour honorer les trois personnes de la sainte Trinité : la première honore le nom de Dieu le Père; la seconde, Dieu le Fils, qui, par son Évangile , a voulu établir le règne de Dieu dans le monde; la troisième. Dieu le Saint-Esprit qui, par sa grâoe^
EN CHAIRE. 9i
dispose nos cœurs à accomplir parfailemcDl la volonté de Diea.
PÉBORAISON.
Ne prononçons donc jamais, mes frères, ces premières demandes de l'Oraison dominicale, sans nous conformer aux sentiments qu'elles expriment, et sansv rapporter à Dieu, pour qui nous sommes faits, nos pensées, nos paroles , nos actions , tout notre être et toute notre vie !
TRAIT HISTORIQUE
Comment il faut réciter le Pater.
Qaand je dis Notre père^ ramour exige de moi que je sache quel est ce père, et quel est aussi le maitre}qui m'enseigne à faire cette oraison. Direz-Yous que tous savez très-bien ce qu'il est, et qu'ainsi il est inutile de tous le rappeler ? Un tel langage ne serait point fondé en nison , et il indiquerait que vous ne comprenez point assez la distance infinie qui existe entre un maître mortel et un Dieu. Or, s'il y a une extrême ingratitude à effacer de son souvenir ceux qui dans le inonde nous ont donné des instructions solides , surtout quand ce sont des guides saints et dévoués qui ont fait4u bien à notre &me , à Dieu œ plaise que nous portions l'ingratitude jusqu'à oublier, en récitant cette prière, le Maître divin qui nous Ta enseignée avec tant d'amour et avec un si ardent désir qu'elle nous fût profitable ! Et si quelquefois, par faiblesse, il nous arrive d'oublier cet adorable Maître, que le plus souvent du moins notre pensée se porte sur lui Persuadez- vous que
c^est pour chacun de vous en particulier que Notre-Seigneur a fait cette divine prière , et qu'il vous enseigne lui-même à la bien dire; qne, par conséquent, il est à côté de vous , comme un maître indulgent qui se tient près de ^son disciple , afin de s'en faire mieux entendre. Bestez ainsi par la pensée et par le cœur auprès du divin Maître quand ▼0U8 récitez \q Pater ^ et croyez que c'est un des meilleurs moyens de bien dire cette^inte prière qu'il a daigné nous apprendre. ( S^e TÉEésB«
Chemin de la perfection, c. xrv. )
91 LE catAchistb
¥ertu de Religion s De la Prière. (Suite du 1^' Gommandt.)
I>R L^oKAisoN Domncàts. (9« Sermon.)
BXOKBB.
Quaerite ergo primum regnam Dei etjnsUtiam ejas : et toc omnia adjiclentar vobis.