XI
Be 1» Prière* — ( Suite du i«r Commandement ) EXFLiGATiOM DB l'Avc Maria.
EXOEDE,
Apràs rOraison dominicale , la prière la plus commuDd parmi les chrélieos, c'est VAve Maria ^ « Je voos salue Marie, » ou la Salutation angélique. Cette prière, telle que nous la récitons œatnlenant , est très-ancienne déjà dans l'Église , et , d'ordinaire , nous la joignons au Pater , soit dios nos prières usuelles , soit au commencement de lof* Sce diTin. Bile fait le fond du chapelet, cette prière si populaire etsi admirable, que nous aurons occasion de 9oas expliquer plus tard et que déjà tous pratiquez. Nous dIoDs aujourd'hui tous exposer la Salutation angélique.
division.
4o Nous vous dirons rexcellence de cette prière et 8on origine ; î® nous vous expliquerons les paroles qui la composent ; 3^ nous vous dirons dans quel esprit il faut la rtciter.
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4<* L'excellence de la Salutation angélique se tire prenrièrement de la personne à laquelle nous redressons^ Cette personne, c'est Marie, c'est la très-sainte Vierge, lar mère de Dieu et des hommes , la reine des anges et des saints , la plus parfaite de toutes les créatures. De même que rOraison dominicale est très-excellente parce qu'elle nous ordonne, ainsi que nous Tavons vu, aux trois personnes de Tauguste Trinité, au Père , au Fils et au Saint- Esprit , ainsi XAm Maria est-il très-excellent aussi parce qu'il nous fait payer à Marie , fille du Père , mère du Fils , épouse du Saint-Esprit, le tribut de vénération, de reconnaissance et d'amour que nous lui devons. Réciter VAve Maria , c'est rappeler tous les titres qui font la gloire de Marie , et qui fondent la confiance que nous mettons en elle ; c'est rappeler en même temps les plus grands mystères de notre sainte religion ; c'est provoquer notre âme à la pratique des plus belles vertus dont nous trouvons en Marie le parfait modèle. Reprenons ces considérations. En premier lieu , la Salutation angélique rappelle tous les titres qui font la gloire de Marie , savoir : sa maternité divine , ses grâces sans nombre , son étroite union avec Dieu, son titre de coopératrice à l'œuvre de notre rachat, et son nom lui-même , plein de mystères , de douceur et de sainteté. En effet, c'est au moment où^ saluée par range , elle consent aux desseins de Dieu , qu'elle devient la mère du Verbe incarné, et, partant, notre mère en Jésus-Christ dont nous sommes les frères. Si l'ange l'appelle pleine de grâce , c'est pour marquer que la grâce lui a été distribuée sans mesure, dès son immaculée concep* tion. En lui disant : « Le Seigneur est avec vous , » nous reconnaissons que Dieu a toujours aimé Marie, et qu'après l'avoir élevée aux plus hauts mérites ici*
EN CHAIRS. -- : , ".J-tlf
bas, il l'a élevée dans le ciel an fAvL\ haotr^t^g^^j^â- ta: /. gloire. , •-.-.'.. ^. .. •-
Mais eo même temps, nous rappelons ses vertus, sa virgîfiité parfaite^ son incomparable humilité. G*est par son inté* grité, par la grâce de sa virginité qu'elle a attiré les regards de Dieu. Sanctuaire sans tache de la divinité, miroir sans ombre do soleil de justice, elle a été digne de recevoir dans 80D chaste seio le Verbe de Dieu, et de fournir à ce Verbe la forme de notre humanité. Vierge humble, elle a préparé dans les profondeurs de son âme les fondements solides de cet édifice de vertus que le Saini- Esprit y a élevé. Le Dieo qui regarde avec amour les humbles et qui résiste aux soperbes , a laissé ses regards se reposer avec complaî» sance $ur la plus humble des créatures , et de ce regard , il la élevée à la plus haute de toutes les dignités.
C'est par là, c'est par toutes ces grandeurs et par toutes oes vertus de Marie , que nous espérons en elle comme dans une bonne mère à laquelle Dieu ne refuse rien et qui, B*ayant pas un pouvoir de plein arbitre comme Dieu, a reça de Dieu cependant un pouvoir tout - puissant de supplica* lion, omnipoteniia st^lex , disent les Pères.
Mais lexcellence de la Salutation angélique ne vient pas seulement de rexcellence de celle â qui nous l'adressons ; elle vient aussi des paroles qui la composent. Ces paroles, ^ effet , ont Dieu pour auteur dans la première partie de ^AveMaria, et l'Église, dans la seconde partie de cette I^ère. C'est le Saint-Esprit qui a dicté à l'ange Gabriel et i eaiote Elisabeth les paroles que Marie entendit de leur ^obe autrefois et que nous lui répétons. C'est l'Église <Itii, joignant sa voix à celle de l'ange et d'Elisabeth, «joute à la salutation la demande, l'intercession, la prière. «Je TOUS salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est
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-i^^;vf>yi»y vp^is étf9 b*éUie eatre toutes los femmes (4). »
-'ûé&pàrale^ sbiittler range Gabriel à la très-saÎDte Vierge»
(c Et le fruit de vos eDirailles est béai (2). v Ces paroles
sont de sainle Elisabeth , cousine de Marie et mère de
saint JeaD*Baptiste. a Sainte Marie ^ mère de Dieu , priez
pour nous pauvres pécheurs , mai;itenant et à Theure de
Dotre mort. Ainsi soit-il. » Ces paroles sont de l'Église^ qui
les a ajoutées aux précédentes pour que la voix de Tépouse
du Fils de Dieu unie a celle du Saint-Esprit rendit la
louange de la mère du Verbe incarné plus pleine et plus
touchante. Nous voyons donc, mes frères , par l'ori^
gine de VAveMaria, combien cette prière est excellente et
comment elle est digne d'accompagner presque toujours
rOraison dominicale.
V Expliquons maintenant cette belle prière. D'abord ,
nous saluons Marie avec les paroles de Tange : Ave Mariai
« Je vous salue, Marie. » C'est Texpression du respect le
plus profond, a Je vous salue! » Vous êtes, ô Marie, ma
reine et ma mère , je suis votre sujet et votre fils. Je viens
vous rendre mes hommages et vous témoigner mon amour :
« Je vous salue. » L*archange Gabriel vous salua le pre-*
mier, vous reconnaissant pour la reine de tous les anges :
et moi qui par votre fils suis devenu le frère des anges, je
me joins à l'un des plus grands chefs de ces esprits
célestes pour vous dire : « Je vous salue 1 » Mais je vous
appelle par votre nom en vous donnant ce salut : « Je
vous salue, Marie ! » Votre nom signifie dame, souveraine,
étoile de la mer, amertume. Comme toutes ces significa*
tions vous conviennent bien , ô Marie I N'êtes-vous pas, ep
0) Luc. 1. 28.
(2) Id, I. 42. ^
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effet , la souveraine du monde? n*est-oe pas à votre commandement que tout obéit dans ie ciel et sur ia terre? D'avez-vous pas écrasé là tête du, serpent infernal? El puis, comme votre douce clarté brille aux yeux despau-^ vres matelots sur cette mer orageuse du monde I Étoile de ]acob , vous annoncez celui qui doit nous faire marcher à 88 lumière jusqu'au trône resplendissant de Dieu , vous êtes l'aurore du soleil de justice, et qui vous voit aperçoit déjà Jésus- Christ ! Hélas I la tristesse s'empare de mon âme qiidDd je pense que votre nom signifie encore amertume. Oui, vous avez été remplie d'amertume aux jours de la douloureuse passion et de la cruelle mort de votre cher fils. Cette amertume fut mon ouvrage . Touvrage de toud les péchears ; mais vous l'avez changée en suavité par la grâce de la rédemption de votre Fils Jésus-Christ I Je viens donc à vous, ÔBIarie, et, rappelant dans votre nom tous les titres qu'il exprime et qui vous conviennent si bien , je vous dis : c Je vous salue, Marie 1 » Ave, Mariai
I Je vous salue, Marie, pleine de grâce , » gratia plena. En disant ces paroles , nous exprimons , mes frères, l'idée que l'Écriture nous donne de la sainteté de Marie. Elle est pleine de grâce. Toutefois, elle n'est pas remplie de grâce comme le Verbe incarné dont saint Jean nous dit , dans son Évangile , qu'il vint dans le monde , plein de grâce et de vérité, p/etuim gratiœ et veritatis. La grâce était due à Jésus-Christ : car il en est l'auteur. Marie ne la possède que par le choix libre de l>ieu , mais elle la i^it avec plénitude , dès le premier instant de sa con' ception. Par sa coopération parfaite au don surnaturel de Keu , Marie augmente constamment celle grâce en dilatant 800 cœur qui la contient. Elle est pleine de grâce , comme
rOcéan qui reçoit tous les fleuves et qui ne déborde jamais. Et de même que de TOcéan sortent toutes les eaux fécondantes^ ainsi de Marie, comme d*un réservoir providentiel , sortent toutes les grâces que Dieu répand sur les âmes pour les sanctifier. 0 Marie, nous avons tous reçu, drt Tapôtre saint Jean, de la plénitude de votre fils, et depleni^ tudine ejusnos omnes accepimus; mais c'est par vous, par votre maternité divine , par votre ministère auprès de Jésus-Christ et à l'égard des hommes ; car de même que Jésus-Christ votre fils a été pour nous le nouvel Adam , vous avez été pour nous la nouvelle Eve, la mère de tous les vivants : Mater cunctorum viventivm. Le Seigneur ne vous a jamais abandonné ; il est avec vous : Dominus tecum: Il est avec vous par <r sa charité qui a été répandue dans votre cœur par le Saint-Esprit qui vous a été donné.» 11 est avec vous par cette admirable prédestination qui vous été faite dès l'éternité ; car, ainsi que vous le dites dans rÉcrituro, sous la figure de la Sagesse, le Seigneur vous a <r possédée dès le commencement de ses voies. » Il est avec vous par cette adoption en qualité de fille que Dieu le Père vous a faite ; par cette dignité de mère de Dieu le Fils qui n est propre qu'à vous^ et d'épouse du Saint-Esprit qui vous appartient singulièrement. Le Seigneur est avec vous par les secours extraordinaires de grâc'bs qu'il vous a départis sur la terre, et par ce comble de gloire magnifique dont il vous a enrichie dans le ciel. Le Seigneur est avec vous , ô Marie, par ces privilèges de puissance et de bonté qu*il vous donne d'exercer dans le temps à l'égard de l'Église. Enfin , il est avec vous par sa .présence dont vous jouissez maintenant avec une perfection d'unité qui ne saurait être donnée à aucune autre créature après vous. Réjouissezvous, ô notre mère, quand nous vous répétons ces paroles
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qoi fondent à jamais votre béatitude : « Le Seigneur esl avec vous I » Dominus tecum.
Or, voîci maintenant qu'une femme, inspirée par le Saint-Esprit , complète votre éioge en vous disant ce que l'ange vous avait déjà fait entendre : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes. » Benedicta tuinmulieribus. Considérons ces paroles, mes très- chers frères , et essayons d'en comprendre toute la force. Marie est bénie entre toutes les femmes parce qu'elle est bénie plus que toutes les femmes, et qu'elle fait participer à la bénédiction qo elle a reçue toutes les femmes qui avaient encouru la malédiction d*Ève. Bile est bénie plus que toutes les femmes; car seule elle reçoit la grâce que souhaitent toutes les autres femmes , çavoir la grâce d'être la mère do Rédempteur. Elle est bénie plus que toutes les femmes; car, tandis que les femmes elles-mêmes les plus illustres de I antique alliance n'ont été qu'une figure de celle qui devait enfanter le Sauveur^ Marie a reçu le privilège d'ac* complir ce que figuraient les femmes d'autrefois^ en don-nanl le jour au Messie. Or y par ce privilège incomparable elle devient la source des plus saintes bénédictions pour tout le genre humain et pour les femmes en particulier*. Bile les rétablit dans leur dignité première. Par son exemple , par son influence , par le charme de son nom ei de ses vertus , elle élève à une grandeur inconnue avant olle les mères et les filles , les épouses et les vierges. Elle attire à l'odeur de ses parfums des vierges choisies qui consacrent à Jésus-Christ leur corps et qui pratiquent la plus belles des vertus , cette vertu de pureté parfaite, de
perpétuelle virginité qui était à peine connue chez les Juifs.
i^ussi toutes les femmes bénissent-elles Marie, et lui disent-
elles : « Vous êtes l'honneur, la protection, la joie de notre
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sexe ; vous èles béme au-dessus de uoug, et vous nous bénissez eu vous. » Benedicta tuin mulieribm.
tt Et le fruit de vos entrailles est béni. » Et benedictus fnicius ventris tui. Jésus , fils de Marie , est béni, il est , dil saint Paul , « le Dieu béni dans tous les siècles I » — « Béni soit celui qui vient au nom d^ Seigneur I » mais il nous vieiU par Marie : bénie soit celle qui nous le donne I Comme Jésus bénit Marie I comme le fils aime la mère I Chrétiens» disons à Marie pour exprimer mieux combien elle est riche eo bénédictions : « Et le fruit de vos entrailles est béni! » Et bmedictus fructus ventris tui l
Hais après ces louanges sacrées , que la prière s'exhale de nos lèvres , une prière pleine de confiance et d'amoor ; « Sainle Marie , mère de Dieu , priez pour nous pauvre^ pécheurs , maintenant et à Theure de noire mort. Ainsi soit-iil » — a Sainte Marie, mère de Dieu! » que ces paroles sont bien propres à inspirer tout à la fois pour Marie le respect et la confiance. Elle est sainte , elle est mère de Dieu : respect I — Mais elle est mère de notre Dieu , mais elle est sainte pour nous bénir et nous sauver : confiance I D'ailleurs commept, étant mère de Dieu, ne serait-elle pas toute- puissante auprès de son fils ? Quel refus pourrait-elle essuyer de la part de celui qui, pan*' dant qu il vivait sur la terre, lui était si parfaitement soumis ; qui , sur son simple désir , devança son heure et changea , par un grand miracle, Teau en vin aux noces de Gana, et qui différa, comme le dit saint Âmbroise, de quelques instants le rachat du monde sur la croix, pour consoler sa mère et la confier à saint Jean ? Donc, [encore une fois» confiance! Prions Marie et disons- lui : Priez pour nous, pauvres pécheurs. Ce litre de pécheurs que nous prenons, loin d'éloigner Marie de ses suppliants^ la (leur reod
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favorable. Elle est «le refuge des pécheurs, « ef, comme soa fils, elle est venue « chercher et sauver ce qui avait péri. x> — C'est pendant celle vie mortelle , si pleine de dangers , que neus avons besoin de Marie : « Priez pour nous , mainlenant. » Mais c'est surtout à Tbeure de la mort , à ce moment terrible qui décide de notre éiemité que son assistence nous devient plus nécessaire. Répétons souvent celte prière pendant que nous sommes sur la terre ^ nous la répéterons à Theure de la mort^ et elle nous Sâuvera.
3. Voyons maintenant, mes frères, en peu de mots, dans quels sentiments nous devons réciler VAve Maria. Indépendamment des dispositions de foi , de respect , de confiance et d'amour, nous devons entrer^ en récitant VAve Maria , dans l'esprit de celle prière relativement aux mystères qu'elle nous rappelle. Nous devons donc nous souvenir, mes frères, du grand mystère de l'incarnation , de celle charité que Dieu nous a témoignée en nous donnant son Fils^ ainsi que de rbumililé , de la pureté et de l'obéissance de Marie. Quand la 1res- sainte vierge eut bien compris les paroles de l'ange, elle ne s'éleva point par orgueil, mais elle dit avec une profonde humilité : a Voici la servante du Seigneur, qu'il me soil fait selon votre parole. » Alors le Verbe se fil chair, et l'œuvre de notre salul commença. Rappelons-nous ce momeni où le Fils de Dieu devient le fils de Marie et notre frère, et remercions Dieu , en félicitant Marie , de ce qu'il a visité son peuple.
TRAIT HISTORIQUE
Lorsque l'archange Gabriel fut envoyé de Dieu à la bienheureuse Tierge Marie pour lui annoncer le mystère de rincarnation du Fils de Dieu dans ;Bon chaste sein , il la salua en ces termes : « Je vous salue, pleme de grâce, le Seigneiur est avec vous , vons êtes béi^ie entre les
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lômmes. » Ces paroles , les plus heureuses qu'aucune créature ait entendues , se sont répétées d'âge en âge sur les lèvres des chrétiens, et du fond de cette yallée de larmes ils ne cessent de redire à la mère de leur Sauveur : « Je vous salue, Marie. » Les hiérarchies du ciel avaient député un de leurs chefs à Thumble fille de David pour luî adresser cette glorieuse salutation ; et maintenant qu'elle est assise au-dessus des anges et de tous les chœurs célestes , le genre humain, qui Teut pour fille et pour sœur , lui renvoie d'ici-bas la Salutation angélique : a Je vous salue, Marie. » Quand elle l'entendit pour la première fois de la bouche de Gabriel , elle conçut aussitôt dans ses flancs très-purs le Yerbe de Dieu, et maintenant, chaque fois qu'une bouche humaine lui répète ces mots qui furent le signal de sa maternité , ses entrailles s'émeuvent au souvenir d'un moment qui n*eut point de semblable au ciel et sur la terre , et toute l'éternité se remplit du bonheur qu'elle en ressent. {Vie de saint Dominique, par le R. P. LACOaDÀIRE , p. ISO. )
Wertu de Aeligion. (Suite du i«r Commandement. )
DE LÀ YBRTU DE RELIGION, EN GÉNÉRAL, ET DBS TIGES OPPOSÉS A CETTE VERTU.