Voir mon Enseignement social de Jésus, t, i, p
qu'ils prétendent aimer et servir autant que d'autres concitoyens.
Le président Coolidge, traduisant la pensée de l'Amérique, écrivait le 16 juin au cardinal Mundelein :
« Êminence, l'invitation à assister au Congrès eucharistique que vous m'avez adressée, est entre mes mains. Je regrette que mes engagements soient tels à ce moment, en raison des affaires qui s'accumulent en une fin de session, qu'ils m'empêchent de l'accepter...
« Il n'est pas possible de créer un système commercial qui ne soit pas fondé sur le crédit, la confiance et la bonne foi. Sans les principes élémentaires d'honneur et d'honnêteté, pas de progrès économique. Si les qualités requises des caractères disparaissaient de nos affaires, tout cet édifice croulerait.
« Le même principe s'applique à notre gouvernement. Les jours des despotes sont passés. Aucune contrée n'ose s'appuyer sur la force pour justifier ses institutions, toutes invoquent la raison. Aucun gouvernement ne peut durer longtemps, où ses citoyens ne sont pas convaincus que c'est un gouvernement juste. Notre pays a réalisé quelques progrès politiques, notre peuple est attaché à la constitution parce que nos institutions sont en harmonie avec ses croyances.
« Pour ces raisons, la vie religieuse de la nation est si importante. Son libre exercice est garanti par la Idi fondamentale du pays. L'Amérique progresse économiquement, elle est l'asile et la
protectrice de la justice et de la liberté, à cause des convictions religieuses de son peuple. »
N'ayant pu se rendre au Congrès, le président Coolidge délégua pour l'y représenter M. Dawis, ministre du Travail. La veille de l'ouverture, le 19 juin, devant le légat, les cardinaux, lès évêques et une foule énorme, après avoir lu la lettre du président, il fit lui-même un discours.
Rappelant d'abord la part prise par les catholiques à la fondation" de la province de Marylànd et de Rhode-Island, à l'établissement dé^la tolérance religieuse, disant ensuite leurs progrès en Amérique, leur rôle dans la cité, leur patriotisme, il ajouta : « S'il y a quelques préjugés contré eux, ici, il vient de personnes ayant la spécialité du préjugé et comme tous les pays, nous en avons quelques-unes. » Cette claire allusion au Ku-Klux-Klan, fut ardemment applaudie par les prélats et par la foule. « Notre peuple en masse, est d'un tempérament piar nature tolérant... Nous n'avons de querelles avec aucune religion. Toute nation qui refuse d'accorder la liberté du culte, est une nation qui tôt ou tard s'apercevra qu'elle commet la plus profonde erreur. Je puis vous promettre qué^vous trouverez toujours en Amérique, quelles que soient les conditions qui dominent d'autres parties de cet hémisphère, la liberté que vous voulez avoir pour enseigner votre foi, aux jeunes et aux vieux, et être des missionnaires pour nous tous. » Cette allusion non moins évidente à la persécution anticatholique au Mexique, fut saluée par des acclamations encore plus enthousiastes. Des femmes
agitaient leur mouchoir; les prélats et cardinaux échangeaient des sourires; le légat se leva pouf serrer la main du secrétaire d'État.
Le maire de Chicago, le gouverneur de l' Illinois, prirent à leur tour la parole pour saluer les congressistes à peu près dans le même sens que le président et son ministre. Samuel Jnsull, un Israélite qui réclama l'honneur de recevoir chez lui le cardinal Dubois, archevêque de Paris, durant le Congrès, parla au nom des laïques non catholiques de Chicago.
« Notre hôte illustre et ses illustres collègues ne seraint pas parmi nous, si le commerce et l'industrie n'avaient pas bâti ici le plus jeune des centres" métropolitains du monde. Mais fiers de ce que nous, avons réalisé, nous ne devons pas oublier la contribution apportée à notre œuvre par les forces que S. E. le cardinal Bonzàno représente personnellement et ofificiellement. »
Toute la presse ^consacra journellement des colonnes et des colonnes au Congrès. Elle en parla avec respect et sympathie. UEçening World de New- York, du 2 juin, disait dans un éditorial que la tolérance manifestée en cette occasion par tout le peuple américain, sans distinction de credo, était une magnifique réalisation des idées chères au grand démocrate JefFerson.
Les protestants s'intéressèrent beaucoup au Congrès. Un journal neutre de Chicago, très lu par le peuple et qui appartient au fameux consortium Hearst, eut l'idée, bien américaine, de publier les impressions écrites qu'un de ses reporters était
allé cueillir chez les représentants attitrés des différentes confessions. En voici quelques-unes.
Du Rév. Gover Whimsett, de l'Église presbytérienne sud de Chicago :
« Les protestants peuvent entrer sincèrement dans l'esprit de ce Congrès, sinon dans la lettre... Pour des hommes d'Église de tout credo . qui réfléchissent, . il est consolant et doux de penser qu'en réunissant ce Congrès, on n'a, à aucun moment, insisté sur son aspect matériel et vulgaire. On a toujours insisté sur sa portée morale et spirituelle. »
Du Rév. Thompson,' de l'Église méthodiste épiscopale :
« Il peut y avoir bien des choses dans la manière de nos amis catholiques romains, pour lesquelles les Églises protestantes ne peuvent avoir de sympathie. Mais l'eucharistie est un sacrement sublime où les uns et les autres « montrons la mort du Christ ». C'est une prédication solennelle de la Croix, et le plus sacré témoignage que l'Église donne à l'œuvre réparatrice du Christ. Il est aussi notre témoignage à l'histoire vivante de la présence du Christ dans son Église. »
Du Rév. M. Cartney, de l'Église interconfessionnelle de Kenwood :'
« Le spectacle de ce Congrès doit -être une mise en demeure aux protestants. Je me demande s'il serait possible pour eux de réunir une telle masse sous le stimulant d'un but exclusivement religieux, et par les moyens les plus modernes de haute publicité. Nos intérêts sont trop divisés... Nous
sommes pratiquem.ent trois à un, mais nos divisions empêchent l'influence que nous devrions avoir. Le Congrès eucharistique est aussi une mise en demeure à l'Église catholique romaine. Elle a fait une splendide et sérieuse dénionstration de sa force, de son unité dans la diversité. Cette force lui impose des obligations. Puisse-t-elle s'élever jusqu'à elles ! Grande est l'opportunité... Je prédis que ce Congrès stimulera la loyauté branlante d'un grand nombre. Beaucoup reviendront à leurs Eglises avec une nouvelle vigueur. Que leurs chefs aient le sens de leurs responsabiltés pour les mener à la lumière ! »
Du Rév. Howard Brinker, de l'Église épiscopalienne :
« Autre importance du Congrès : le grand témoignage à notre Maître et Sauveur Jésus-Christ. Est -il un non-catholique qui xefuserait d'admettre que, durant ces quatre jours, la cause de Jésus- Christ ait été grandement renforcée ? On ne pourra plus dire en Amérique que le christianisme est défaillant et que l'Église s'affaiblit. Ce Congrès doit fortifier et intensifier la foi, non seulement des fidèles de Rome mais de quiconque suit le Maître. Une autre chose a dû impressionner tout le monde. C'est la grande loyauté et la dévotion manifestées par les catholiques romains de cette ville, et leur enthousiasme inlassable durant ces fêtes. L'Église aujourd'hui a un besoin urgent de dévotion réelle. »
Enfin, je vais donner deux citations qui montreront dans quel esprit les catholiques interprétèrent le Congrès eucharistique de Chicago. J'emprunte l'une
et l'autre au New World; le grand hebdomadaire du diocèse, dans ses éditoriaux du 26 juin. ^
Le premier éditorial a pour titre : « L'eucharistie = et l'internationalisme. »
« Si les hommes d'État tremblent devant le ?
dilemme du nationalisme et de l'internationalisme, ] ils peuvent trouver de vives lumières dans l'esprit î qui a dominé le Congrès. Quand des gens venus de i nations encore séparées par des suspicions et de l'hostilité, ont pu se rencontrer dans l'amour et la concorde en notre cité, leur attitude prouve qu'il existe un nationalisme qui n'exige ni l'abandon de l'autonomie, ni de l'individualité et qui peut servir les plus hauts intérêts de l'humanité. La source et le centre de gravité dans le Congrès était l'eucharistie. Ne pourrait-il pas être la source et le centre d'unité parmi les nations, le principe sain d'un réel internationalisme ? »
Le deuxième éditorial était intitulé : «L'Eucharistie et la Démocratie ». y
« L'Amérique est justement fière de l'esprit de. sa démocratie. Les habitants de Chicago sont heureux de constater que cet esprit ne s'est nulle part plus ouvertement manifesté qu'ici. Cette démocratie ne rabaisse pas les niveaux, elle les élève. Elle peut laisser à désirer dans la réalisation de son idéal, mais les scènes, dont tout le moîide a pu être témoin durant le Congrès, prouvent à l'évidence que son influence bienfaisante sur l'âme des plus hauts socialement et des plus humbles, s'amplifie par l'exemple dans nos relations quotidiennes et dans notre vie civile. »
Mais en tout beau tableau, il y a une ombre.
On me permettra donc de signaler certaines manifestations nationalistes maladroites. J'entends les mots de colère d'un prêtre belge, curé d'une grosse paroisse du diocèse de Saint-Louis, qui venait d'assister à un discours d'un évêque dans l'Ohio, d'ailleurs distingué, que nous, croyions un; esprit modéré et un Américain tout à fait assimilé. L'exagération et l'inopportunité des sentiments particuristes du prélat, choquèrent vivement le Belge, cependant d'origine flamande. Il disait : « Mgr X... m! a invité avec d'autres à une réunion sacerdotale des prêtres dévots du Sacré-Cœur. Le discours que je sors d'entendre m'empêchera d'y aller. » J'aurais condamné ces manifestations d'un nationalisme dépla-cé, si elles étaient venues d'un Français. Non erathic locus!
Un Italien, le comte Enrico Pocci, « délégué du comité permanent du Congrès eucharistique », s'il faut en croire le Chicago Evening American du 22 juin, fit des déclarations .aussi inopportunes sur Benito Mussolini dont il se disait « l'ami ÏQtime. »
M. Pocci soutint que « Mussolini ne pouvait en aucune façon être appelé un dictateur. On devait l'appeler le serviteur des masses, car il faisait tout ce que le peuple d'Italie lui dictait ! ». M. Pocci pensait conime cet autre Italien qui, sur le bateau m' amenant aux États-Unis, me déclara sérieusement que « Mussolijai était un -autre Jésus-Christ »,
Certains prélats, jadis, en France, se contentaient de comparer Napoléon I®^ et Napoléon III,à Cons- ; tantin et à Charlemagne.
Une autre manifestation imprudente fut celle \ de ce journaliste catholique de Chicago qui écri- 1 vait le 25 juin : « De subtils observateurs au con: \ grès, venus d'Europe, ont dit plus qu'à voix \ basse, que la civilisation américaine, comme ils j la voyaient, était décidément plus irlandaise ; qu'anglaise. » Affirmation fausse et peu avisée. - :
Je n'ai rien dit des diverses, conférences tenues ; durant le Congrès pour étudier des questions en ' rapport avec l'eucharistie. N'ayant assisté à aucune, je ne suis pas assez renseigné pour en parler.