CRÉATION DE L'EMPIRE
voirs politiques, mais avec eux le sc/uverain pontificat; de sorte que le prince était à la fois le chef de rétat et de la religion.
Ge fut là consommation d'une ancienne faute : car s*il y eut dans le monde gréco-romain une institution mal conçue, ce fut sans contredit le sacerdoce. Cihez les Orientaux la fonction sacrée appartenait à une caste qui, par le mariage, se recrutait dans 3es propres rangs et formait un corps aussi puissamment organisé que les clergés modernes. Ge système, doué d'une puissance éminemment conservatrice, avait pourtant eu dans l'Inde de terribles conséquences : appliqué à toutes les fonctions sociales, il avait tenu le peuple, c'est-à-dire le plus grand nombre, dans une éternelle infériorité ; il avait privé la société des avantages qu'elle devait attendre des hommes d'intelligence nés dans les castes inférieures et qui ne pouvaient exercer leurs facultés en dehors de ces castes. Le Bouddha avait prêché l'égalité devant Dieu et appelé au sacerdoce les hommes de toutes les castes; il avait constitué par là le premier clergé qui ait existé sur la terre* Mais sa réforme n'avait pas entièrement réussi, puisque au bout de quelques siècles le bouddhisme fut chassé de l'Inde par les brahmanes et l'ancien système y régna de nouveau sans partage.
La Perse était aussi régie par le système des castes ; mais il ne semble pas qu'une proscription aussi rigoureuse exclût du sacerdoce ceux qui n'y étaient pas nés, puisque Daniel, un Israélite, si son histoire n'est pas une légende imaginaire, fut créé rab-mag ou chef des mages par le Grand-Hoi.
La tribu de Lévi avait, chez les Juifs, le privilège du sacerdoce et formait une caste puissante, indépendante pour les choses de la religion et capable d'empêcher qu'elles ne fussent à la merci du pouvoir politique, quel qu'il fût. Aussi la religion et la société Israélite parvinrent-elles à se maintenir au milieu des plus grands désastres qiii puissent frapper une nation.
Mais ni en Grèce, ni chez les Latins, le sacerdoce ne formait soit une caste, soit un clergé. Il y avait en Grèce des familles sacerdotales attachées à certains temples et desservant des divinités locales. Quelque chose d'analogue existait chez les peuples latins. Mais tous ces sacerdoces locaux étaient indépendants les uns des autres et parfois animés d'un esprit de rivalité qui les soumettait à des influences étrangères à la religion. A Rome, Numa avait donné l'exemple de créer un sacerdoce politique, c'est-à-dire de réaliser une des plus pernicieuses idées qui puissent venir à un lé-
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grslateur. Rien de plus afSigeant que de voir le rôle joué par les pontifes romains à. mesure que les ambitieux virent grandir leur influence sur la chose publique. On en vint à ce point de honte . que la grande prêtresse des Vestales, Yibidia, se fit Tamie et la protectrice de Messaline. On pj3ut donc dire avec raison que, en devenant souverain pontife, l'Empereur voyait se généraliser et se consommer dans sa personne Fœuvre politique de Numa, mais que ce titre ne lui donnait aucunement la vertu d'améliorer les mœurs et l'état social du monde romain. Sous ces formes si régulières et en môme temps si vides, régnaient la corruption dans les âmes et Tanarchie dans les esprits.
Vainement, sous Auguste d'abord et plus tard sous Adrien, se mit-on à relever les statues des dieux, à réparer les temples et à en construire de nouveaux. L'aimable épicurien Horace avait donné à cet égard un frivole conseil : « Romain, avait-il dît, tu paieras les fautes de tes aïeux jusqu'au jour où tu auras refait les temples et les demeures croulantes des^dieux. » (Od. III, 6.) Quand la foi n'est plus, rien ne la ranime; la foi morte, la religion et le sacerdoce ne sont plus que des instruments, instruments usés, mais meurtriers, aux mains de ceux qui savent s'en servir.