IMPUISSANCE DU PAPE
plus juste de la situation faite au Saint-Père, situation qui au fond était celle du clergé.
La privation du pouvoir temporel, jointe au dogme nouveau de Tinfaillibilité, entraîne une autre conséquence : elle place le Saint-Père dans la situation la plus singulière on un souverain pontife puisse être mis. EÙle fait de lui un fonctionnaire italien, s*il accepte la dotation annuelle que le gouvernement du roi d'Italie lui propose. S*il la refuse, il n-a plus, pour soutenir sa haute dignité, que les cotisations des prêtres et des laïques restés fidèles. Mais d'une part les prêtres sont presque tous pauvres, même les évêques, et n'ont en général pour subsister que- leurs émoluments. L'aumône qu'ils font à leur souverain provient des fonds que l'État leur attribue; ce sont des fonctionnaires publics entretenant un chef, qui lui-même refuse d'être fonctionnaire. Si le budget des culteg venait à être supprimé dans un ou plusieurs États catholiques, cette ressource manquerait au Saint-Père, qui gagnerait en dignité dans la môme proportion.
D'un autre côté^ le deniet de Saint-Pierre est une ressource considérable aujourd'hui; mais c'est un casuel dé plus en plus précaire, puisqu'il dépend absolument de l'état de l'opinion. Or l'opinion est « une folle »., qui se détache de plus en plus de la
théocratie romaine et qui un jour pourra lui faire entièrement défaut. Il faut donc qu'elle soit mainr tenue dans la foi et dans la ferveur par une aciiiDn incessante de tous les organes que la papauté fait mouvoir. Mais, parmi ces organes, il en est, et ce sont les plus efficaces, dont la civilisation moderne s'accommode diffiçileipent et que tôt ou tard elle éliminera de son sein. Quand cet état de choses se réalisera, la condition du souverain pontife devien* dra, par la force des choses, des plus critiques, à moins que les relations du clergé et des laïques ne soient alors profondément modifiées. Les destins trouvent toujours leur voie ; mais cette voie est souvent bordée d'écueils, où le navire vient quel* quefois se briser.
En attendant, le pape, privé de ses anciens États et des revenus considérables qu'il en tirait, se trou* verait temporellement réduit à l'impuissance, si la foi des fidèles et l'activité .de ses agents ne venait à, son secours. Cette impuissance est comme' une chaîne qui lie son activité, comme une barrière qui l*enVironne. Il est « prisonnier » au Vatican. A la vérité, c'est une prison idéale, puisqu'il peut aller et venir, non-seulement dans Rome, mais dans l'Italie et dans le monde entier. S'il voyageait, les plus grands honneurs lui seraient rendus, dans tous les
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pays et par tous les gouvernements. Mais ni ces honneurs ni cette liberté de se mouvoir ne sont la vraie liberté pour un prince déchu, qui compte parmi ses prédécesseurs Grégoire VU et Innocent m.