IMPUISSANCE DU PAPE
plus nettement la civilisation moderne ; chaque année qui s'écoule marque, chez toutes les nations de l'Europe, un nouveau pas dans cette voie. Peuton croire que le pape, avec tout le pouvoir idéal dont un concile Ta revêtu, puisse faire autre chose qu'apporter de temps en temps quelque trouble dans un mouvement qui tend à devenir universel et que rien ne peut plus arrêter?
Si le clergé et les Mques n'avaient pas été dès l'origine séparés l'un de Tautre et qu'ils fussent de* puis dix-huit siècles restés unis,* le souverain pon* tificat, en supposant qu'il y en eût un, aurait cette large base que l'opinion publique donne à une au»torité. En traitant l'opinion de folle et le suffrage de déraisonnable, il s'est isolé datis la société chrétienne ; son isolement s'accroîtra dans la mesure de ses revendications ; et un jour viendra où TEU' rope pourra voir un clergé sans fidèles et un pasteur sans troupeau.
Les écrits pontificaux n'ont vu dans les ordonnances royales et dans les autres actes de Tautorité civile que des usurpations. En effet, depuis longtemps, la société civile et là société laïque sont une seule et même chose ; la société ciyileest laïque^ uniquement parce qu'il y a à côté d'elle un clergé séparé d'elle; Il en résulte que tout acte civil res-
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treiguant la théocratie romaine, est regardé par le pape comme une révolte des laïques contre une autorité qui émane de Dieu. Chaque fois qu*un acte de cette nature se produit, la cour de Rome affirme avec une énergie nouvelle le droit divin du Saint- Père. La plupart des conciles n'ont pas agi autrement depuis Constantin; le dernier grand concile, celui de Trente, a été une réponse aux réformistes^ qui avaient remis tout en question. Il en a été de même d'un grand nombre de bulles, d'encycliques et d'autres écrits pontificaux. Mais les actes des souverains n'avaient jamais en vue que le pouvoir temporel du pape, non son autorité spirituelle.
Ainsi donc, à mesure que le premier diminuait, la seconde s'affirmait de plus en plus. Voilà comment on a vu les Églises locales perdre peu à peu leur autonomie et ce qu'on appelait « leurs liberiés » ; quand tout le pouvoir temporel s'est trouvé compromis, l'autorité spirituelle a été portée à son pbint culminant; et nous aboutissons à cette formule que « la chute du pouvoir temporel du pape est égale à son infaillibilité. » On n'aurait pas dû s'étonner que celle-ci fût proclamée par un concile, puisqu'elle faisait pour ainsi dire partie d'une équation mathématique. Ce qui peut étonner, c'est que deux ou trois évêques n'aient pas eu un sentiment