HISTORIQUE DES ORDRES RELIGIEUX
avaient acquis dès le douzième siècle un pouvoir presque absolu en Occident. Quand la puissance séculière cpmmença à se centraliser, les rois n'eurent pas moins à lutter contre les évoques et les papes que contre les seigneurs féodaux, et c'est alors aussi que les ordres religieux devinrent, pour la hiérarchie ecclésiastique, un point d'appui nécessaire. Par leur nombreux personnel, par la grandeur et le nombre de leurs établissements, les moines pouvaient agir sur tous les points de l'Europe. Sortis presque tous des classes populaires, ils étaient en contact permanent avec le peuple ; et comme, le plus souvent, ils n'avaient pas reçu les .ordres ecclésiastiques, ils exerçaient sur lui cette influence aisée, qui repose sur la confiance et l'égalité. Les moines purent donc, soit par des prédications passionnées, soit par une action locale et secrète, entraîner les populations à soutenir la pensée de Rome, même au détriment de la royauté. Aussi, à. partir du douzième, mais surtout du treizième siècle, les ordres monastiques prirent ils pour la plupart un caractère nouveau ; ils furent comme une milice au service de la papauté et combattirent pour elle, tantôt contre les hérésies ou les schismes, tantôt contre les souverains laïques, quand ceux-ci voulurent reprendre des
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droits qu'elle avait usurpés. Ainsi l'ordre des Dominicains, créé au treizième siècle, eut pour fonc-: tion de prôchçr et de combattre Ibérésie ; son chef, fonda ou du moins constitua Tlnquisition, remplit,dans la guerre des Albigeois, le rôle que tout lé monde connaît ; il avait mission d'Innocent III et fut canonisé par Grégoire IX. A côté -de Tordre, fut institué un tiers-ordre, composé de gens vivant dans* le monde et y préparant en quelque sorte le terrain aux religieux. L'ordre des Franciscains, créé en 1208 par François d'Assise, fut approuvé par Innocent III et par Honorius III ; il avait été si puissamment sout tenu par l'église, que, dès l'année 12l7, il envoyait 5,000 députés au chapitre général. Leur règle exigeait un renoncement absolu aux biens de la terre; leur mission dans le monde était de défendre le Saint-Siège contre les souverains laïques. Par leur adresse, ils exercèrent en Europe, pendant trois siècles, une influence souvent prépondérante, comme agents politiques des papes et des princes amis de la papauté. Ils envahirent l'Université de Paris, toujours peu favorable à l'absolutisme romain. Enfin, pour multiplier et dissimuler leur action, ils firent naître une foule d'ordres nouveaux, qui leur restaient affiliés; je citerai seulement, sans compter un tiers-ordre, les Gordeliers, les