‹ Le catholicisme contemporainChapitre 44 sur 94 · HISTORIQUE DES ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DES ORDRES RELIGIEUX

Il nous reste à marquer le rôle que les ordres religieux ont joué dans les temps modernes, et continuent de jouer encore dans Téglise latine ; car là est en quelque sorte le no&ud du problème qui nous occupe. Rappelons que les communautés avaient commencâpar l'ascétisme individuel, quele cénobitisme oala vie en commun leur avait donné une première forme, qu'après l-abolition par Constantin de la loi Papia Poppéa, les chrétiens s'étaient précipités en foule vers ce nouveau genre de vie, et avaient créé en Orient d'immenses et redoutables associations communistes. L'esprit communiste, se propageant à travers la barbarie qui succéda à l'empire, remplit de monastères les montagnes et les vallées de l'Europe, pendant tout le moyen âge.

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Les villes aussi furent envahies, et il arriva fréquemment que les couvents^ bâtis dans les banlieues, y donnèrent naissance à de nouveaux quartiers. Plusieurs quartiers de Paris se formèrent de cette manière et "portent encore le nom des communautés qui leur ont donné naissance. Le même fait peut s'observer dans^ presque toutes les villes des pays catholiques.

Souvent un couvent d'hommes et un couvent de femmes étaient contigus ; des richesses territoriales et mobilières s'accumulaient- entre les mains des abbés et des abbesses et leur donnaient une influence qui balançait celle des évoques et même des papes. La corruption suivait la richesse et la puissance; d'ailleurs, comme nous l'avons dit, le principe du communisme a, parmi ses conséquences, l'abolition du mariage et la promiscuité. On mena .donc joyeuse vie dans un. grand nombre de couvents et plusieurs fois la papauté dut prêter main forte aux évêques, pour y rétablir l'ordre, la discipline et les bonnes mœurs. Mais, d'un autre côté^ les ordres religieux rendaient de grands services à l'Église et, tout en faisant leurs propres aifaires^ servaient puissamment la cause, non des laïques qui ne comptaient guère, mais du haut clergé et des papes. Non-seulementles couvents ont, à toutes

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les époques, été l'objet de la condescendance et des ménagements de la cour de Rome ; mais les papes les ont toujours protégés et ont aidé à leur développement. Le nombre est très-petit dès communautés supprimées par ordre pontifical; et encore ces suppressions n'ont le plus souvent eu lieu que sur la demande des souverains. Au contraire, il est arrivé bien des fois que ceux-ci aient dû prendre des mesures contre des ordres monastiques, soit parce que leurs disputes troublaient le repos de FEtat et poussaient les hommes à s'armer les uns contre les autres, soit parce que leurs doctrines et leurs actes portaient atteinte aux droits da l'empiré. <

Les services rendus à l'Église par les ordres monastiques ont changé de nature, avec le temps et les circonstances. Si nous laissons de côté le principe communiste, qui présidait toujours à leur organisation, il est incontestable qu'ils ont puissamment contribué à la propagation du catholicisme : tant qu'il y a eu des infidèles à convertir, ils ont fourni pour cette œuvre un grand nombre de frères prêcheurs et de missionnaires. On se plaît à représenter aussi certains ordres comme ayant civilisé la campagne en y apportant l'agriculture. Ce service est au moins douteux, car le but de ces groupes

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de moines, qui allaient se bâtir des demeures dans des lieux retirés, n'était pas celui-là; du moins leurs statuts n'en font point mention; mais assistant à une civilisation naissante, ils allaient, comme font encore les colons modernes, créer, en pays vierge, des exploitations agricoles ou môme industrielles, qui les enrichissaient. En peu de temps, ils acquéraient des domaines immenses que, par leur habileté, ils parvenaient encore à soustraire aux charges publiques. Ainsi le service qu'ils pouvaient rendre comme agriculteurs consistait, tout au plus, dans l'exemple qu'ils donnaient au paysan ; mais le paysan était pauvre et faible ; il travaillait pour eux, comme pour son seigneur, et ce n'est point des monastères que le progrès rural et l'affranchisse-» ment devaient venir..

Pendant ce temps les ordres monastiques, par leurs grandes richesses et le nombre quelquefois prodigieux de leurs «laisons, se mirent en état de prêter aide et appui au Saint-Siège, quand le Saint- Siège eut besoin d'être aidé. C'est ce qui arriva dans tous les pays latins et même en Germanie et, en Angleterre, à partir du jour où le système féodal « commença à s'ébranler. Ce système avait aidé à l'accroissement de la puissance des papes, qui, après avoir été seigneurs suzerains du haut clergé,

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