PRIVILÈGES DE L'ÉGLISE
trente-trois maisons, propriétés nationales et non ecclésiastiques, occupées en grande partie par des communautés. Elles rapporteraient 213,000 fr. ; mais, sur ce chiffre, 60,000 fr. sont dépensés en œuvres pies, messes, triduum, dots, etc.; il y a, entre d'autres, trois cents messes pour Tâme de Catherine de Médicis, qui, du reste, en a grand besoin ; 90,000 fr. sont employés pour l'entretien et pour d'autres dépenses nécessaires.
Le qlergé, tant régulier que séculier, jouit aussi de transports à prix réduits; ou même entièrement gratuits. Ainsi le seul consulat de Jérusalem, il y a quelques années, dépensait, pour le passage gratuit du clergé sur nos paquebots, une somme annuelle de 50,000 fr., dont une partie était à la charge de notre agent principal en Palestine. Ce qui se fait sur la route de Jérusalem se fait sur les autres voies ; notre ministère des affaires étrangères pourrait donner le chiffre annuel de cette dépense, faite par l'État en faveur de missionnaires, de prêtres séculiers et de membres des communautés religieuses, hommes et femmes.
Je citerai enfin, comme privilèges, la tolérance des pouvoirs publics, non-seulement pour des ordres prohibés fort habiles dans les opérations financières, mais pour une foule de superstitions
lucratives, qui font plus de tort à la religion qu'elles ne rapportent de bénéfices à ceux qui les exploitent. Ici ce sont des statues de pierre ou de bronze que Ton baise, là de vieux simulacres qu'on descend de leur base ou qu'on promène, pour obtenir un changement de temps. Ailleurs, des eaux miraculeusement apparues, des reliques de personnages, dont la réalité même est incertaine, des traces de pieds attribués à des personnages divins, des restes de leurs vêtements ou d'autres objets, dont la fausseté est démontrée. Les troncs, les quêtes, les ventes, les tributs de toutes sortes, prélevés par ces moyens sur la crédulité publique, augmentent sans cesse les revenus des églises ou les moyens d'action des communautés. S'il n'y avait pas sur toutes ces choses une étiquette religieuse, la justice humaine ne les tolérerait pas ; la piété les abrite contre la loi.
FAIBLESSE DE t'ÉGLlSE.
Je ne pousserai pas plus loin Tanalyse d'un sujet dont le détail, remplirait de nombreux volumes. Je suis loin d'avoir énuméré tous les moyens d'action dont le catholicisme dispose et fait usage, et je n'ai signalé que les principaux. La lutte, qu'il soutient contre la société civile, l'a mis dans la nécessité de songer à sa conservation ; il a dû y pourvoir dès l'origine, puisqu'en venant au monde il se présentait déjà comme une force secrète et énergique, qui devait détruire Tempire romain et renouveler les sociétés païennes.
Il a détruit l'empire, en s'y conformant ; il a renouvelé les sociétés, en s'alliant avec les conquérants barbares et en les soumettant à son régime. Mais, du moment où les sociétés modernes ont
donné quelques signes d'existence, il a compris que ses luttes premières allaient renaître et qu'il aurait, non plus à attaquer, mais à se défendre. Si Ton y prend garde, on verra en effet que, depuis le moyen âge, le catholicisme est en état de défense, qu'il n'augmente plus, et qu'il diminue. Le désir de viyre, qui anime tout organisme, lui a fait inventer tous ces moyens d'action, dont nous avons signalé quelques-uns et que nous voyons prendre chaque jour, comme le dieu Protée, des formes et des aspects nouveaux. Au fond, pour le catholicisme, comme, pour toute autre opinion, ces moyens se réduisent à deux : gagner les âmes par les doctrines, acquérir le pouvoir par la richesse. Le premier engendre la propagande, le second engendre l'intrigue ; mais ils ont aussi pour effets, le premier la prédication, qui peut être la simple et loyale exposition de la foi, le second l'industrie, qu'il est permis à tout le monde d'exercer, dans les conditions admises par la société civile. Poussé par l'esprit communiste, le catholicisme moderne n^a point distingué ces différents moyens de défense, et nous le voyons, sous nos yeux, les employer tous indistinctement. Il y a des armes que les nations civi* Usées proscrivent, parce que ces armes sont inhumaines; il y a aussi des .moyens d'acquérir que la