Le Catholicisme en Chine au VIII siècle de notre ère [microform]
DE NEW HAVEN (ÉTATS-UNIS) DE SHANGHAÏ (CHINE), DE l'ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES, ETC.
28, rue Bonaparte, 28
Tff*
LE
AU Ville SIECLE DE NOTRE ERE
L'histoire des premiers temps du christianisme en Chine est restée jusqu'à nos jours dans une obscurité impénétrable. On ignore la date de l'époque k laquelle la Bonne nouvelle est parvenue dans l'extrême Orient, et le nom de celui qui a eu l'honneur de l'apporter aux infidèles est encore un mystère. On a cru, pendant un certain temps, que saint Thomas, qui est allé prêcher l'Évangile chez les Parlhes et dans l'Inde, avait étendu sa mission jusqu'en Tartarie et dans le Cathay; mais cette opinion s'appuie sur des témoignages trop contestables pour être adoptée à priori. Il est regrettable que les historiens, ainsi que les annalistes du Céleste-Empire qui ont fait le récit des événements de cette époque, aient, soit par ignorance, soit par passion, traité si légèrement la question religieuse qui, cependant, a joué un rôle important dans cette partie de l'Asie. — Il est vrai qu^aujourd'hui même encore, la classe la pjus instruite de la nation, les lettrés, se préoccupent fort peu de connaître les rapports qui existent entre l'homme et la divinité, et que la
4*i:.Vy,Tf'r4?%^:^
de la cnriosilé générale (1). En 1628, quelques Pères de la Compagnie de^Jésos^ entre autres, le Père P. Semedo, ayant été invités par un mandarin chrétien à venir le visiter à Sy-Ngan-Fou, se rendirent au monastère Taoïste, et prirent une copie de l'inscription qu'ils envoyèrent au collège des jésuites à Rome, où elle fut examinée avec le plus grand soin.
Depuis cette époque, de nombreuses traductions en ont été faites parles Pères Kircher, Boym, Semedo, Visdelou, d'Alquié, par M. l'abbé Hue, par M. Pauthier, par M. E. Bridgman, éditeur du China-Directory, et par M. A. Wylie. Toutes ces interprétations diffèrent entre elles, et, à notre avis, aucune d'elles ne donne le sens exact des caractères chinois. Il faut dire aussi que, d'après l'opinion générale des lettrés, il existe fort peu de compositions dont le style soit plus élégant, plus orné, plus élevé, plus concis et plus profond. Chaque phrase, chaque caractère a été étudié avec une attention extraordinaire;
(1) Cette inscription existe aujourd'tiui dans l'enceinte du monastère Kin- Ching (monastère de la victoire d'or), situé à l'ouest de la ville de Sy- Ngan-Fou. Dans les années Tsong-Tchin des Ming (de 1628 à 1643), le docteur Tseou-tsin-Tchang, préfet de SyNgan-Fou, natif de Tsin-Ting, avait un jeune enfant, nommé Hoa-Seng, qui, dès sa naissance, fit preuve d'une intelligence et d'une pénétration rares. A peine put-il marcher, qu'il savait déjà joindre les mains pour adorer Fo. Arrivé à sa douzième année, sans apparence de maladie, sans qu'on pût savoir où était le siège du mal, l'enfant dépérit : ses yeux se voilèrent insensiblement; il les rouvrit un instant en souriant et mourut. Tchang (le préfet), croyant son fils décédé, consulta des docteurs de Fong-Choui, qui désignèrent pour sa sépulture un lieu situé au sud du monastère Tsong-Sin, à Tchang-Ngan. En fouillant la terre à quelques pieds de profondeur, on atteignit une pierre qui n'était autre que l'inscription ayant pour titre : <( King kiao lieou king pie. » Cette inscription, restée enfouie sous terre pendant un millier d'années, en est sortie entièrement intacte, il y a trois générations, etc.... (Extrait du Laiffhiikin chf-kè kio-lio, traduit par M. Pauthier.)
^wr*"
mmmmm
StSSSi
AU VHP SIÈCLE
(antôt c'est une citation d'un livre sacré ou d'un grand philosophe, ou bien une allusion empruntée à l'antiquité et à l'Écriture sainte. Certainement, on peut considérer ce travail comme un véritable chef-d'œuvre d'intelligence et d'érudition. Quelques personnes l'ont attribué à des néstoriens. Nous pensons qu'on a commis là une erreur et voilà sur quoi nous nous basons :
Le Père Atbanase Kircher, dans sa China illustrata, dit, page 2 : » Afin de sauver ce monument du naufrage, je vais, avec la grâce de « Dieu, faire tous mes efforts pour faire disparaître les doutes qu'on a « pu concevoir à ce sujet. Je vais tâcher, en même temps, d'obliger les « hétérodoxes eux-mêmes qui liront la traduction de cette inscription « syro-chinoise, à avouer qu'elle ne contient rien qui, durant le cours « de dix siècles, n'ait été enseigné par les propagateurs du Verbe divin ; 0 de plus, qu'elle est conforme, par les expressions et parle fond, à la « doctrine orthodoxe de ces temps éloignés ; enfin que la doctrine « répandue en Chine à celte époque par des prédicateurs évangéliques « est la même que celle que l'Église universelle, apostolique et romaine « nous propose de croire aujourd'hui. »
Cette déclaration, si nette et si précise, a d'autant plus de poids à nos yeux que, d'après l'attestation du Révérend Père Oliva (Jean-Paul), général des jésuites en 1664, la China illustrata, avant d'être publiée a été revue par trois théologiens de la Société de Jésus.
En 18S9, un missionnaire français, M. l'abbé Hue, dont tout le monde a lu les travaux remarquables sur la Chine et le Thibet, a cru devoir, dans son Christianisme en Chine s'inscrire dans les termes suivants contre l'opinion des savants Pères jésuites : « L'abrégé de la « doctrine chrétienne que donne l'inscription syro-chinoise de Sy- « Ngan-Fou nous montre que les propagateurs de la foi dans la Haute- « Asie au vu*" siècle, professaient les erreurs des néstoriens. Au
îi3B5*;-:»^:!^%S>*f
Oi
LE CATHOLICISME EN CHIxNE
ces paroles de saïQt Paul : * Jésus-Christ s'est anéanti lui-même en « prenant la forme et la nature de serviteur, en se rendant semblable a aux hommes, et étant reconnu pour homme par tout ce qui a paru de « lui au dehors. >
« Notre médiateur, » écrivait saint Léon à Flavien de Gonstantinople (Epître 10), « a. véritablement dans sa personne tout ce qui est « naturellement en nous, tout ce qu'il a mis en nous créant et qu'il « voulait réparer en nous rachetant. Mais il n'a point ce que le ten- « tateury a surajouté. Il a pris la forme de l'esclave ou du pécheur et « non la souillure du péché ; il a relevé la bassesse de l'humanité sans « dégrader la divinité. L'anéantissement par lequel le maître et le « créateur des mortels a voulu devenir un homme sujet à la mort est « non pas un défaut de puissance mais un effort tout-puissant de sa « miséricorde ; de sorte qu'en prenant toutes les propriétés de notre « nature, il n'a perdu aucune des siennes. » .
« Kien n'imprime, » a dit également à ce suj'et un de nos plus grands orateurs sacrés, « une si haute idée de la grandeur de Dieu que les « mystères impénétrables à notre entendement. Je n'aurais plus tant « de respect pour ma religion, si elle tombait tout entière sous mes « sens; si elle prétendait soumettre toutes les perceptions à la mesure « bornée de mon intelligence présente. Mais, lorsque Dieu me révèle « de lui-même une manière d'être élevée au-dessus de toutes mes t conceptions, une nature sans égale et trois personnes d'une égalité « parfaite, lorsqu'on m'étonne par des prodiges de bonté et de sagesse « sans modèles, un Dieu qui se fait homme pour réconcilier, pour « allier les hommes avec Dieu ; un Dieu qui s'anéantit et qui ouvre € un nouveau chemin à la gloire par les opprobres et l'anéantissement; « alors, je m'écrie que des merveilles, qui ne trouvaient dans l'homme
I %i.^;a--:tt^.,^»yf^f
AU VHP SIECLE
« ni couleur pour les peindre, ni paroles pour les exprimer, ne sauraient . t être des inventions humaines. »
Nous croyons donc que M. l'abbé Hue, qui a écrit avec tant d'esprit tant de vérités sur la Chine et le Thibet, a commis une erreur, bien excusable du reste, en attribuant à des nestoriens l'inscription de Sy-Ngan-Fou. Pour qu'on s'en rende mieux compte, nous demanderons la permission de faire une analyse succincte de ce travail si remarquable que le catholicisme peut revendiquer avec juste raison comme l'expression de sa doctrine.
L'exorde est magnifique et commence par une description très-claire des attributs du Dieu en trois personnes, Olooy ou plutôt (Eloha- Elohim, le Très-Haut). » Cause absolue du mouvement régulier et sou- « verain moteur, c'est lui qui a créé l'univers en établissant les quatre « parties du monde sous la forme d'une croix. > N'est-ce pas, dès le début, indiquer la religion qui a pris pour emblème l'instrument de supplice sur lequel notre Rédempteur a consenti à mourir pour notre salut? L'histoire de la création d'après la Genèse est tracée en quelques mots de main de maître. « Quand tout a été créé, Dieu a formé le « premier homme, et, lui accordant en présents la bonté ainsi que la « justice, il l'a fait maître de tout l'univers. » Arrive ensuite la chute d'Adam racontée avec autant de délicatesse que d'esprit : « Notre pre- « mier père ayant succombé aux ruses de Satan, l'erreur a commencé « à envahir la terre, donnant naissance à des sectes innombrables (à « chacune desquelles est lancée une pointe acérée). L'esprit humain « se trouvant alors obscurci par les ténèbres de l'ignorance et par le « doute, Dieu a eu pitié du genre humain et a bien voulu donner sa « propre substance, son Fils, le Christ Messie, qui, s'anéantissant, s'est « fait homme et a paru dans le monde. Un ange a annoncé à une « femme vierge qu'elle enfanterait un saint dans le royaume de Ta-
i?; iV " '. >p yK",' .-'>
« ïsing. Des rois de Perse, guidés par la clarté d'une étoile étiiice- • lante sont venus offrir leurs hommages au nouveau-né. Ainsi se sont « trouvées accomplies les prédictions de vingt-quatre prophètes; et la f religion du Dieu en trois personnes, esprit pur qu'on ne peut définir, « a pu dès lors régénérer et gouverner les familles ainsi que les « royaumes.
« Après avoir institué comme bases de cette religion ce qu'on doit « croire et pratiquer, le Fils de Dieu a effacé le péché, ouvert le paradis, découvert la vie, détruit la mort et remplacé les ténèbres par la lumière; puis, il a délivré les âmes des justes, et, son œuvre achevée, il est remonté au ciel, laissant ici-bas vingt-quatre livres sacrés destinés à développer les anciens enseignements et à les rendre plus efficaces pour le salut de chacun. Il a établi le baptême qui, par l'eau et la vertu de l'Esprit-Saint, tout en purifiant le corps, efface les taches originelles et autres du spirituel qui redevient pur et blanc.
ï Le sceau de cette religion est une croix aux quatre pointes brillantesj dont l'empreinte unit sans pouvoir être effacée. En priant, on tourne le visage vers l'orient, afin de témoigner sa foi en la résurrection future. Les prêtres se rasent le sommet de la tète pour montrer qu'ils ne sont pas dominés par de mauvaises passions ; ils n'ont pas d'esclaves, parce que pour eux tous les hommes sont égaux, quelle que soit leur condition; ils n'amassent pas de richesses et partagent ce qu'ils ont en trop avec ceux qui n'ont rien. Ils jeûnent pour amortir leurs désirs, veillent constamment sur eux-mêmes, et se rendent plus- forts par des méditations silencieuses. Sept fois par jour, ils prient pour l'avantage des vivants et des morts. Le premier de tous les sept jours, ils font un sacrifice sans victime, purifient leur cœur par la pénitence et redeviennent blancs comme neige. Il
niiiw
« est difficile de donner un nom à la doctrine du vrai, éternel, mysté- « rieux; mais, comme son effet méritoire est d'éclairer et d'illuminer, t nous l'avons appelée King-Kiao, religion lumineuse. »
Si ce n'est pas le christianisme, nous dirons même plus le catholicisme, qu'esl-donc? En toul cas, ce n'est pas le nestorianisme, qui soutient qu'il y avait deux personnes en Jésus-Christ, aussi bien que deux natures, qui admet qu'on dégrade la divinité en supposant le Verbe divin uni personnellement et substantiellement à l'humanité, qui ose dire qu'il y a de l'indécence à prétendre qu'un Dieu né d'une vierge a pu souffrir et mourir pour le salut du genre humain, qui ne veut pas que la sainte Vierge soit appelée mère de Dieu, qui croit que les âmes sont créées avant les corps, qui, avec Théodore de Mopsueste, nie le péché originel, qui regarde comme inutile de prier pour les âmes du purgatoire ; enfin qui ne veut pas reconnaître d'autre image que la croix et ne considère pas comme obligatoire l'assistance au saint sacrifice de la messe, le jour du dimanche.
Après l'exposé précédent, l'auteur passe à l'histoire de cette religion lumineuse, et nous fait connaître que les livres sacrés, dans lesquels sont renfermés sa doctrine et ses enseignements, ont été apportés en Chine sous le règne de Tai-Tsong, en 635, par un homme d'une vertu éclatante, nommé Olopen, originaire du royaume de Ïa-Tsing (Syrie). A son arrivée à la capitale, ce digne successeur des Apôtres a été accueilli avec les marques d'une faveur toute particulière par le souverain du royaume du milieu, qui, trois ans après, faisait paraître un des plus remarquables édits qui aient été faits en faveur du christianisme. « En parcourant ces livres, dit l'empereur, en « examinant attentivement cette nouvelle doctrine, on reconnaît « qu'elle est profonde, merveilleuse, parfaite; que son principe, « primogène, pur, vrai, d'une essence mystérieuse, a tout produit.
« tout achevé, et que tout ce qu'il a établi était utile et nécessaire. « On constate, en outre, que le langage de cette doctrine est simple, < précis, d'une utilité incontestable pour tous les êtres et, par-dessus € tout, profitable à l'homme. Sous la dynastie des Tcheou, la vertu t s'étant éteinte, Lao-Tsée s'est enfui en Occident; sous notre grande « dynastie des Tang, le vent bienfaisant de la religion lumineuse, « soufflant de l'Occident, est venu jusqu'à nous. »
L'auteur continue ensuite l'historique de la religion lumineuse, de ses luttes, de ses progrés, enfin de ses triomphes, jusqu'au règne de l'empereur Ïe-Tsong. Ce résumé, écrit dans le style oriental, est fort curieux. Un passage rappelle ces paroles de Tertullien aux magistrats romains : « Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons tout, vos « villes, vos îles, vos châteaux, vos bourgades, vos conseils, vos « champs, vos tribus, vos décuries, le palais, le sénat, la place publique... « Nous ne vous laissons que vos temples. » Que peut-on trouver après cela de plus élevé et de plus vrai que cet éloge de la religion chrétienne : « Notre empereur, Te-Tsong, a créé neuf régies, en vue de
* développer et d'assurer le mandat de la religion lumineuse. On a « pu voir alors combien cette religion est droite, grande, sublime. « Prier ouvertement sans rougir; au sommet des grandeurs, rester t simple et humble; s'appliquer au calme, à la patience, c'est-à-dire à
* se connaître soi-même ; traiter les autres comme on voudrait qu'ils « nous traitassent; pratiquer toujours la vertu et pardonner aux f autres; être bienveillant, bon, charitable pour tout le monde; t aimer son semblable autant que soi-même; l'aider en toutes t circonstances; secourir les affligés; être indulgent pour les fautes f d'autrui, telle est la voie que notre religion ordonne de suivre « et qui est comme l'échelle de notre sainte loi.
« Si le vent et la pluie ont leur temps marqué; si la paix régne sur
mn. ■i-iu;ii""m»-Jia-jimi"«— aiB»'*W"B*ga
vmmmm!e9m3m^^K0smfmmmss^^9^^ms99ÊÊn^
^'^ïiï^iéi,
«la terre; si les hommes sont- bien gouvernés; si l'ordre existe « partout; si les vivants peuvent jouir des biens d'ici-bas, et si les « morts se réjouissent; si nos paroles s'élevant vers Dieu corres- « pondent avec l'Être suprême; si nos sentiments deviennent purs, et « si nos actions sont droites, nous le devons à l'effet méritoire de la « force et de la puissance de la religion lumineuse. »
Un tel langage n'a pas besoin de commentaire; il importe seulement de savoir de quelle source il émane.
D'après les historiens de la dynastie des Tang, en l'an 781 de notre ère, il y avait, dans la ville de Sy-Ngan-Fou, un grand nombre de temples étrangers, parmi lesquels on remarquait (1) : 1° ceux de la religion Yao-Chên-Kiao ou Po-Sze-Kiao (religion du dieu Yao ou religion de la Perse) ; 2° ceux de la religion Mony-Kiao (religion de Manès) ; 3° ceux de la religion Hoey-boey-Kiao (religion musulmane);
(1) Le mazdéisme, fondé, comme on le sait, par Zoroastre ou Zarathoustra, a été la religion nationale de la Perse jusqu'à l'époque de la conquête d'Alexandre. Sous les successeurs de ce prince, il commença à décliner; il reprit son ancienne splendeur sous le règne d'Ardechir-Babekan, fondateur de la dynastie des Sassanides, et fut la religion dominante du royaume jusqu'à son envahissement par les mahométans, sous le règne de Yezdegerd III. Lorsque ce malheureux souverain, après les défaites successives de Cadesia et de Nahavend, en 641, fut obligé de s'enfuir à Ferghana, les sectateurs de Zarathoustra durent embrasser l'islamisme. Quelques-uns préférèrent chercher un abri dans les régions les plus montagneuses de la Perse; d''autrea émigrèrent dans l'Inde et en Chine. C'est sous le règne de Tai-Tsong, en la huitième année de cet Empereur, qu'ils apparurent pour la première fois dans la capitale de l'empire et obtinrent l'autorisation de bâtir, à Sy-Ngan-Fou, dans le quartier Song-iio-fang, leur premier temple, sous le nom de temple de la religion yao-chen-kiao ou po-sze-kiao. An IX' siècle, leur nombre s'était considérablement augmenté, si l'on doit ajouter foi au récit des deux voyageurs arabes Wahab et Abu^zaïd. - .
i^i^kf''^^^s^>-^~--
4° ceux de la religion Ta-Tsing-Riao ou King-Kiao (religion de Ta-
Tsing ou religion lumineuse).
La première de ces religions était le mazdéisme, el non point le
Yézidisme, comme l'a cru M. Pautbier, qui a traduit les mots de yao chên par esprit du mal, tandis que, suivant nous, yao n'est que l'imitation de la première partie des mots Ahura (ahora) Mazda-Ormuzd, le Dieu très-sage.
La religion de Moni, dont nous avons parlé plus haut, était la religion de Manès ou Mani-Zendik, c^est-à-dire le saducéen ou Timpie Cette religion s'est introduite en Chine sous les Tang, à la suite d'ambassades Hoey-he (1). D'après le Tsien-che king-kiao-kao, en la sixième année Taly du règne de l'empereur Tai-Tsong (771), des Hoey-he sollicitèrent la faveur de bâtir des temples de la religion de Mony (2)
(1) Les Hoej-he, appelés d'abord Kao-tche, J'chi le, Tie le, Hiong nou, étaient, dans le principe, des tribus nomades, habitant avec leurs troupeaux les pays situés au nord des Tien-chan (monts célestes), entre les rives de rOrkhon et celles de l'Ortysch. Ce peuple, qui prit plus tard le nom de Hoey-hou, ajoué un rôle important dans l'histoire chinoise.
(2) Monj ou Manès, d'après Khondemir, vivait sous le règne de Hormuz, père de Baharam, troisième roi des Sassanides(271 ou 272); et, suivant d'autres historiens, sous le règne de Sapor. Ayant entendu dire aux chrétiens que Jésus-Christ avait promis d'envoyer après lui un paraclet, il voulut persuader aux peuples de la Perse qu'il était ce paraclet, choisi par Dieu pour leur enseigner une nouvelle religion. Le roi, qui était attaché au culte zoroastien, voulut alors le punir ; il s'enfuit dans le Turkestan, où il se renferma dans une grotte, y passa une année, et fit croire à ses disciples qu'il avait été au ciel. Après un an, il sortit, montrant le livre merveilleux nommé Ertenk ou Erzenk, qu'il disait avoir apporté du ciel. Cette nouvelle imposture multiplia fort le nombre de ses sectateurs, qui passèrent du Turkestan en Perse, après la mort de Sapor. Hormuz, qui avait succédé à Sapor, le reçut fort bien, embrassa sa doctrine et lui fit bâtir, dans le'Kouhistan, un château-fort, nommé Deskereh. Baharam ayant remplacé Hormuz, sous l'influence des mages, fit arrêter Manès, qui fut écorché vif, et dont la peau, remplie de
mammimmmmmmmmr^mi
«Mpn
AU VHP SIÈCLE
dans plusieurs villes de l'empire, eiUre autres à Ping-Yang (Chansi). Sous le règne de l'empereur Hien-Tsong, d'autres temples manichéens furent construits dans les villes de Honan-Fou et Tai-Yuen-Fou. « Les sectateurs de Mony, suivant le même ouvrage chinois, ne mangent pas de la chair de certains animaux et ne boivent pas de vin. Ils portent des bonnets et des vêlements blancs ; ils se réunissent en grand nombre la nuit dans leur temple, où ils commettent de vilains actes. Ils représentent le roi des démons assis sur un trône, avec Bouddha à ses pieds. » Le manichéisme n'a jamais eu qu'une faible influence en Chine, d'où il a disparu complètement.
La reUgion Hoey-hoey-kiao ou Tsiu kiao (la religion du retour et de la soumission à Dieu ou la religion pure), qui, en l'an 781, avait des temples dans la ville deSy-Ngan-Fou était l'islamisme apporté, en Chine, en l'an 628 ou 629, par un oncle de Mahomet, le Sahhabe Wahb Abi Kabcha. La construction de la première mosquée qui ait été bâtie
paille, fut exposée pour effrayer les manichéens. La plupart de ceux-ci s'enfuirent aux Indes ; quelques-uns passèrent dans le Turkestan, d'où ils pénétrèrent plus tard en Chine, avec les Hoejhe. Manès établit comme un des principes de sa religion, l'abstinence de la chair des animaux et défendit expressément de tuer ou sacrifier aucun d'eux. Les manichéens se divisèrent dans la suite en scedecoun et samacoun. Les premiers (vrais et purs) s'abstenaient de tout ce qui étsiit delubat, c'est-à-dire de tuer ou de manger aucunes sortes d'animaux. Les seconds, dont le nom signifiait mangeurs de poissons, mangeaient des animaux aquatiques.
Manès admettait deux principes créateurs éternels et incréés, formateurs du monde, l'un bon et auteur du bien, l'autre mauvais et cause du mal. Il ne croyait pas, comme Zoroastre, en un Dieu éternel. Le manichéisme n'a pas fait beaucoup de prosélytes en Chine ; il n'en a pas été de même au Thibet. Ainsi, il paraît constant que Tsouchava, le fondateur du lamaïsme moderne, était, dans l'origine, un prêtre manichéen, né dans une ville Tangouth. La religion dont le Dalaï-Lama est le pontife, ne semble être qu'un mélange de samanéisme et de manichéisme.
siÊtm
dans la ville de Sy-Ngan-Fou date de la première année du règne de Tempereur Ming-Houang (742 ap. J.-C). Depuis cette époque, la doctrine de Mahomet n'a pas cessé de progresser dans le royaume du Milieu, où le nombre des musulmans s'élève à plus de vingt-quatre millions (1).
Il nous reste à parler de la religion Ta-tsing-kiao (religion de Ta-Tsing) ou King-Kiao (religion lumineuse).
« Cette dernière religion, suivant la description de Tchang-Ngan « (Sy-Ngan-Fou), par Min-Kieoudes Song (960 à H 20 de J.-C), n'est ï point sortie originellement de la Perse. Olo-Ho (Eloha) s'est révélé « dans un autre pays. Dans le principe, elle portait le nom de « Poszekiao, religion de Perse, nom d'emprunt qui avait été pris par « les religieux de Ta-Tsing pour entrer à Tchang-Ngan, et qu'ils chan-
(1) Nous nous proposons de publier Irés-procliainement un grand travail que nous venons de terminer, sur le mahométisme en Chine, et dans lequel nous retracerons son origine, sa doctrine, son culte, les persécutions dont il a été l'objet et l'avenir que nous lui croyons réservé dans l'extrême Orient. L'histoire de cette secte de l'islamisme est d'autant plus intéressante que les musulmans du Céleste-Empire ont adopté une partie de nos dogmes^ de même que les bouddhistes ont copié les cérémonies de notre culte.
Il est une autre religion qui a toujours été confondue par les Chinois avec la religion mahométane ; nous voulons parler de la religion juive, qui porte les noms de kieou kiao (vieille religion), y-sze-eul-kiao (religion d'Israël) et tao-ldu-kiao (religion de la circoncision). Les juifs étaient autrefois pour le peuple chinois des Lan-mao-hoey, des musulmans au bonnet bleu. D'après une inscription trouvée à Kai-Fong-Fou (Honan), ils sont venus en Chine par la Perse, en suivant la route du Khorassan et de Samarkand, en l'an 205 de notre ère. Sous l'empereur Kin-Tsong(enran 1122), d'autres disent sous l'empereur Kiao-Tsong, en 1163, ils obtinrent du gouvernement impérial l'autorisation de s'établir détinitivement à Kai-Fong-Fou; en 877, un grand nombre d'entre eux périrent lors de la prise de Canton, par le rebelle Houang-Tchao. Il en reste aujourd'hui à peine quelques familles, qui habitent la ville de Kai-Fong-Fou.
tm»sm»
t gèrent ensuite, quand ils y furent établis définitivement. Olopen est « arrivé à Tcliang-Ngan, la neuvième année, Tcben-Kouan (635) de « Tai-Tsong. La première église qu'il obtint l'autorisation de bâtir se « nommait église persane; en 639, un décret impérial décida que « cette église prendrait le nom de Tatsing-sze. Dans les années Ny-fong « (675-679), elle dut reprendre son ancien nom; enfin, en la qua- « trième année, Tien-pao (Yuen-Tsong) [745], parut J'édit impérial « suivant: La religion pas zekiaoesl originaire du royaume deTa-Tsing. « Se propageant par la prédication, elle est venue dans le royaume « du Milieu où elle est pratiquée depuis longtemps. Dès le commen- « cernent de son introduction, on a bâti des temples en son honneur, c appelés temples de Posze. Dans le but d'éclairer les peuples à cet « égard, nous voulons que le nom de ces temples concorde avec leur « origine. Il convient donc qu'on change dans les deux capitales la « dénomination de temple persan en celle de temple de Ta-Tsing. « Respectez cet édit. »
Il résulte de ces documents que la religion lumineuse a été apportée en Chine en l'an 635, par des religieux qui l'ont introduite sous le nom de religion persane, qu'elle a conservé ce nom assez longtemps, et que ce n'est qu'en 745 qu'elle a été appelée définivement, par ordre de ^empereur, Ta-tsîng-kiao , religion de Ta-tsing ou King-kiao, religion lumineuse. Mais qu'était-ce que. le royaume de Ta-tsing au vin* siècle? C'était, d'après l'inscription de la religion lumineuse, le royaume borné au nord par les montagnes d'Arménie, à l'ouest par la grande mer, au sud par la mer Rouge et au sud-est par la Perse et le golfe Persique. Ce royaume, dont un ouvrage intitulé Sin-Tang-chou donne la description, était immense; la Syrie, la Palestine, la Mésopotamie, la Rabylonieen faisaient partie. Lorsque les Romains s'emparèrent de Constantinopie, en 395, et se rendirent maîtres de la Syrie,
mimm»mm
l-if
de la Babylonie, etc., ce nouvel empire fut appelé par les Chinois Tatsing-koue, royaume de Ta-Tsing. Dans ce royaume, dit l'auteur du Kiuen-yu-tou, se trouve enclavé un petit État nommé Tamosze (Damas) remarquable par une vallée dans laquelle est une ville dont les maisons sont construites avec des arbres très-droits et très-élevés, et d'où sont venus les étrangers qui ont ap'portê en Chine la religion lumineuse.
Ainsi Olopen, dont le nom syriaque Alopeno signifie retour à Dieu, était de Damas, si Ton doit s'en rapporter à l'ouvrage que nous venons de citer. Dans la grande géographie chinoise de la dynastie des Ta-Tsing (Ta-lsing-y-tong-lche), dont M. Pauthier a reproduit un grand nombre d'extraits dans la Chine moderne, se trouve un passage très-curieux qui concorde avec l'opinion de l'auteur du Kiuen-yu-tou. A propos de la description de la province du Ngan-hoey, il est dit : « Parmi les voyageurs célèbres qui vinrent dans cette province, il y eut un prêtre nommé Tsan (le brillant), qui est arrivé de Tamo sous le règne de Yuen-Tsong. Ce religieux n'avait, selon la tradition, que ses vêtements de religieux et un vase pour recevoir sa nourriture. Ce fut à San-Tsou qu'il s'établit d'abord^ et c'est dans une vallée déserte de la montagne Houan qu'il expliqua sa doctrine /à. Il finit ses jours et fut enterré dans un monastère situé dans une vallée de la montagne en question. L'empereur Yuen-Tsong lui conféra le titre honorifique posthume de Tche-Kien-chen-sze (maître de la contemplation spirituelle et de la sagesse). »
Quel était ce religieux venu de Damas? A quelle Église appartenait-il, de même qu'Olopen? Étaient-ils nestoriens^ jacobites ou catholiques? Us étaient évidemment de l'Église syrienne, qui, à cette époque, c'est-à-dire au vui^ siècle, était divisée en trois camps : 1° les eutychéens ou jacobins, qui, proscrits par le concile de Chalcédoine et par les empereurs, se répandirent dans la Syrie ou dans le
im.i ■ I.H iij cmmmmmmmmmimiirw^miimmm*
m i mmmm'iiir'fi&iifi'W'^iW^^ ■ 'JW'-.wilw
AU Vlll» SIÈCLE
patriarcat d'Anlioche^ que l^'on appelait le diocèse d'Orient ; 2° les nestoriens (1) de la Chaldée et de la Mésopotamie, qui prirent le nom de chaldéens ou d'orientaux; 3° les orthodoxes catholiques, nommés par leurs adversaires melchites ou royalistes, parce qu'ils avaient retenu les mêmes croyances que les empereurs, et qui, dans la suite, prirent le nom de maronites qu'ils portent encore aujourd'hui. Le syriaque ou le syro-chaldaïque était la langue vulgaire de tous ces peuples; de plus, leurs prêtres étaient mariés; les évêques nestoriens seuls observaient le célibat. Ce qu'a fait TÉglise syrienne pour répandre la foi chez les infidèles est vraiment remarquable. Pendant que le clergé catholique travaillait à instruire et à guérir de leur férocité les barbares du nord, envahisseurs de l'Europe, les eutychéens, les nestoriens et les orthodoxes catholiques portaient la bonne nouvelle aux peuples de l'Inde, de la Perse et de la Tartarie. Sur la fin du V* siècle, les partisans d'Eutychès, condamnés par le concile de Chalcédoine et formant plusieurs sectes, étaient sur le point de disparaître, quand Sévère, patriarche d'Antioche, chef de la secte des acéphales et les autres évêques eulychéens comprirent la nécessité de se rallier. En l'an 541, ils élurent, pour évêque d'Édesse, Jacques Baradée ou Zanzale, et lui donnèrent le titre de métropolitain œcuménique. 11 parcourut l'Orient, rassembla les différentes sectes d'eutychéens et en devint le chef. C'est de là qu'ils ont été nommés jacobites ou monophysites (2). Eutychès prétendait que la nature
(1) Les nestoriens de l'Inde, que les Portugais ont trouvés sur la côte de Malabar, vers l'an 1500, se nommaient chrétiens de saint Thomas. D'après la tradition, saint Thomas a étendu sa mission jusque dans la presqu'île des Indes, et a été martyrisé dans la ville de Calamine, nommée ensuite Saint- Thomé, et aujourd'hui Méliapour.
(2) Les arméniens, secte de chrétiens d'Orient, ainsi appelés parce qu'ils habitaient autrefois l'Arménie, après avoir formé une Église très-florissante,
divine en Jésus-Christ avait absorbé la nature humaine, qu'il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule volonté, savoir la volonté divine. Lesjacobites furent d'abord protégés par les Perses, ennemis des empereurs de Constantinople, ensuite par les Sarrasins; ils ont porté, dit-on, leur hérésie dans les Indes, la Tartarie et jusqu'en Chine. Il est fort possible qu^'il en existât à Sy-Ngan-Fou, en l'an 781, confondus avec les autres chrétiens, sous le nom de Ta-tsing-kiao. Quant à leur nom particulier, il n'en est fait mention nulle part.
Nous ne parlerons pas de l'origine du nestorianisme. Les partisans de Nestorius, proscrits par les empereurs de Constantinople après sa condamnation par le concile d'Éphèse, se retirèrent dans la iMésopotamie, la Babylonie, et surtout en Perse, où, protégés en qualité de transfuges mécontents de leur souverain, ils purent établir leurs croyances, grâce à l'influence dont Barsubas, évèque de Nisibe, jouissait auprès du roi Phérosès. Au vi" siècle, ils avaient fait de grands progrès dans ce royaume, ainsi que le rapporte Gosme Indicoplastes, dans sa Topographie chrétienne. A cette époque, ces mêmes nestoriens propagèrent leur doctrine dans l'Inde, sur les côtes de Malabar, de la mer Caspienne, et dans une grande partie de la Tartarie. Ceux qui évangélisèrent les Indes et la côte de Malabar prirent le nom de saint Thomas. Au vu'' siècle, ils pénétrèrent en Chine et dans le nord de la Tartarie, où ils eurent plusieurs évêchés, ainsi quelle prouvent des catalogues dressés par eux. On trouve, dans une histoire
en 525, embrassèrent la plupart les erreurs et le schisme desjacobites. Les arméniens étaient du ressort du patriarche de Constantinople ; ils s'en séparèrent avant le temps de Photius, aussi bien que les grecs de ce même pays, et composèrent ainsi une Eglise nationale, en partie unie à FEglise romaine et en partie séparée d'elle ; car on en distingue deux sortes : les francs arméniens et les schismatiques ; les premiers sont catholiques et soumis à l'Église romaine.
M^j|iriwi"jf-f.j.*r/ii«
ecclésiastique des Tartares, composée sous les yeux du savant Mosheim, par un de ses élèves, et imprimée à Helmstadt, en 1744, que, sur la fin du viii* siècle, Timothée, patriarche des nestoriens, qui demeurait au monastère de Beth-Aba, dans l'Assyrie, envoya plusieurs de ses moines prêcher l'Évangile chez les Tartares voisins de la mer Caspienne, qu'ils furent écoutés et fondèrent des Églises non-seulement dans cette contrée, mais en Chine et dans les Indes. Les preuves sont des monuments tirés de la bibliothèque orientale d'Assemani. L'écrivain syrien Ebed. Jésus (1), raconte, dans son Epitome canonum, que les premiers sièges métropolitains, dans le Khorassan et en Chine ont été fondés par le calholicos Sabba-Zacha, patriarche nestorien. Il est hors de doute qu'au vn^ siècle, quand Olopen est venu en Chine, les nestoriens ont dû y arriver par la Perse, s'ils ne s'y trouvaient pas déjà. Quant au nom de leur religion, il devait être officiellement le même que celui des autres sectes de la religion chrétienne, que l'on appelait Ta-tsing-kiao (religion de Ta-tsing, ou religion de l'Église syrienne).
On appelait peut-être également le nestorianisme Ghe-tsee-kiao (2), la religion de la Croix, dont parle le père Boym dans son Epistola ad
(1) Ebedjesu, ou Abdjessu, ou Abdissi, était un patriarche nestorien du XVI* siècle, qui se rendit à Rome pour faire son abjuration, et envoya sa profession de foi au concile de Trente ; il reçut du Souverain-Pontife le pallium, et, de retour en Sjrie, travailla avec succès à la conversion des schismatiques. Il était savant dans les langues orientales, et a composé plusieurs ouvrages. .
(2) Imo ipse venerabilis P. Matthœus Riccius cum primum in Sinas penetravù, Che-tsee-Kiao nomen crucis doctrinœ reperit, quo nimirum christiani antiquitus cruels doctrinœ discipuli apud Sinas vocarentur ; et omnino viguisse christianos in Sinarum regnis cum prima vice Tartari trecentos ante annos invasissent Sinas, mikt nullum dubium es'se potest (Michael Boymivs, Polonus, eSoc. Jesu).
lectorem (1), et que suivaient les chazinzariens ou slauroiâtres (adorateurs de la croix), qui étaient des nestoriens arméniens, n'adorant de toutes les images que la croix. Ils reconnaissaient, comme les autres nestoriens, deux natures en Jésus-Christ, mais en différaient par certaines opinions, qu'ils disaient avoir reçues par tradition de leur évêque.
II nous reste à parler des chrétiens orthodoxes de l'Église syrienne (2) . C'est une tradition constante chez les Orientaux que saint Pierre, saint Thomas, saint Barthélemi, saint Matthieu et saint Jude, apôtres, ont prêché l'Evangile dans les parties orientales de l'Asie, dans la Chaldée, la Mésopotamie et la Perse; que saint Thomas est allé même jusqu'aux Indes; enfin que, dans la suite, leurs disciples ont porté le christianisme dans la Tarlarie et jusqu'à la Chine. Les preuves de celte tradition, à laquelle on n'a pu, jusqu'à présent, opposer aucune raison solide, ont été données par le savant Assemani, dans sa Bibliothèque orientale (4* vol.). Il paraît certain, d'après ce que l'on sait à ce sujet, que, depuis le premier siècle de l'Église, il y a eu des chrétiens dans la Perse, et que, dès le siècle suivant, ils étaient sous la juridiction des évêques de Séleucie. Ils y
(1) Chazinzarien vient du mot arménien chasus^ croix. Storaulâtre vient du grec stauros (croix) et latria (culte, honneur).
(2)/rt universali orbis terrarum ab apostolis et Hierosolymis facto, distributione ad divini evangelii propayationetn S. Thomœ Indiam obligisse ex ecclesiastica hiftoria constat, guo ut pertingeret iter taie orditus est. Ex Indœa^ Syria, Armenia, Mesopotamia peragrata in quamdam Persidis urbem pervenit quœ Soldania dicitvr ubi divini Verbi semente sparsa ingentem christianorum rnessem obtinuit. Hinc vero per regnum Candahar et Cabut, quœ XL leucis distat Candahar; Cabul vero Calabor quoque dicitur per quam S, Aposlolus egressus est per montes altos in regionem quœ in hanc usque diem Gavorstan a Maurii dicitur, idest regio infidelium qui etiamnum ibi persévérant christiani S. Thomœ dicti. (Kircher, ch. VII, China illustrata.)
wm
furent assez tranquilles jusqu'au iv* siècle, et même protégés par les souverains de ce pays. En l'an 325, un archevêque deSéleucie, nommé Papas, envoya deux députés au concile de Nicée. L'évèqued'Édessc et un évêque de Perse y assistèrent. Assemani observe que l'état monastique s'introduisit dans la Perse très-peu de temps après sa naissance en Egypte, qu'il y fit de grands progrès, que la plupart des moines persans furent missionnaires et souvent élevés à l'épiscopat. Mais dès que les empereurs romains eurent embrassé le christianisme et l'eurent rendu dominant dans l'empire, cette religion devint suspecte aux rois de Perse. Les chrétiens furent considérés comme des sujets prêts à se livrer aux Romains; et, dès l'an 330, Sapor II exerça contre eux une persécution sanglante, dans laquelle les orientaux comptent cent soixante mille martyrs. Ce carnage fut renouvelé le siècle suivant, sous les règnes de Varane et d'Iezdejerd.
Au commencement du v^ siècle, les partisans deNestorius, proscrits dans l'Empire romain, se réfugièrent dans la Perse et y propagèrent leur doctrine. Barsubas, évêque de Nisibe, abusa de son influence auprès du roi Phérosès pour faire persécuter les calhoUques comme amis et espions des Romains. C'est à cette époque, de 411 à 415, que l'archevêque orthodoxe de Séleucie, Achseus, fonda, suivant certains auleurs, les premiers sièges métropolitains en Tartarie et sur les frontières de la Chine. Assemani a publié une liste des métropolitains soumis à l'archevêque de Séleucie depuis Amrus, et cite parmi eux ceux de la Chine et de l'Inde (1). Les chrétiens jouirent ensuite en
(1) Dans la bibliothèque du roi de France, dit Du Halde {Annales de la monarchie chinoise], se trouve un vieux manuscrit arabe, dans lequel on peut voir que, sous le règne de l'empereur Tai-Tsong, le patriarche catholique des In des envoya prêcher l'Évangile en Chine, et que ces prédicateurs furent reçus dans la cité impériale, où ils furent introduits par Fan Hiung- Ling, ministre de l'empereur.
' il
Perse d'un peu de tranquillité. Les rois les traitaient bien ou mal selon qu'ils étaient en paix ou en guerre avec les Romains, et quand il était question de faire des traités, c'étaient ordinairement des évêques catholiques ou nestoriens qui en étaient les médiateurs. Au VI* et au vii^ siècle, catholiques et nestoriens profitèrent des moments de calme dont ils jouissaient pour envoyer des missionnaires dans la Tartarie et en Chine. Olopen était probablement un missionnaire catholique syrien ou arménien, et, si l'on doit ajouter foi aux annales chinoises, un ambassadeur du roi de Perse ou du roi de Ta-Tsing, c'està-dire de l'empereur d'Orient, Héraclius, — ce qui le prouve, c'est qu'à son arrivée à Tchang-Ngan, Olopen fut reçu avec les honneurs accordés aux représentants des puissances étrangères. — Les annales chinoises constatent, en outre, qu'en l'an 635, il est venu en Chine des ambassadeurs, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, dont l'air, la forme et les vêtements étaient tout à fait nouveaux. Un historien remarquable de la dynastie des Song, Ouang-Tsee-Pou, raconte égalementj dans un ouvrage intitulé Tai-ping-kouan-yu-ky : « Qu'à la « fin des Han, en la première année Yen-tsy, le roi de Ta-Tsing, « Antun (Antoine), chargea un ambassadeur de porter, par l'Annam, « à l'empereur de la Chine, des présents parmi lesquels on remart quait des dents d'éléphant, des cornes de rhinocéros et des fruits « nommés Tan-mey. — Sous le régne de l'empereur Ou-ly, ajoute le t même écrivain, et en l'an 643, deux autres envoyés du roi de « Ta-Tsing sont arrivés à Tchang-Ngan. — C'est ainsi que l'on sut .« que le roi de Ta-Tsing (Constantin Pogonat) avait été battu par « les Arabes et obligé d'abandonner sa capitale. — En la septième « année Kai-yuen, le roi de Ta-Tsing ayant appris que le roi du Tok- « karestan se proposait d'envoyer auprès de l'empereur de Chine un « de ses astronomes nommé Ta-Han-Nou, profila de cette occasion
t pour offrir à l'empereur Hiuen-Tsong des présents qui furent « apportés par un prêtre revêtu du titre d'ambassadeur. >
Ce prêtre est sans doute un de ceux dont le nom est mentionné dans l'inscription de Sy-Ngan-Fou. Gomme on le voit, c'était une sorte de coutume adoptée par les empereurs d'Orient de confier des missions diplomatiques, à l'étranger, à des prêtres ou à des religieux établis soit dans l'intérieur de l'empire soit à l'extérieur. Or, comme au vn* et au vm^ siècle, un grand nombre de religieux syriens ou arméniens se trouvaient en Perse, continuant à avoir des relations très-suivies avec Gonstantinople; comme on sait, d'un autre côté, qu'à cette époque les évêques catholiques et nestoriens de la Perse envoyèrent des missionnaires en Tartarie et en Chine, on peut très-bien supposer qu'Olopen était un de ces missionnaires qui, d'après Ming- Kieou, dont nous avons parlé plus haut, et Onang-pao, auteur du Tajig-hoey-ugao, fut obligé, à son arrivée à Tchang-Ngan, de cacher sa nationalité jusqu'en 639, époque à laquelle il obtint de l'empereur Tai-Tsong que l'église qu'il avait été autorisé à construire sous le nom de temple persan prendrait désormais le nom de temple de Ta-Tsing. Ce nom de Ta-Tsing devint alors le nom générique appliqué à toutes les sectes chrétiennes de l'Église syrienne connues en Chine sous les Tang. Olopen,. pour distinguer la religion qu'il apportait d'Occident, la désigna ensuite par 1" expression de King, lumineuse : c'est-à-dire, la religion dont le fait méritoire est d'éclairer et d'illuminer.
Le mot lumière est souvent employé dans TÉcriture sainte pour exprimer ce qu'il y a de plus parfait. Lorsque saint Jean dit que Dieu est lumière et qu'il n'y a point en lui de ténèbres, il entend que Dieu est la souveraine perfection. Le Fils de Dieu, selon saint Paul, est la splendeur de la lumière ou de la gloire du Père, c'est-à-dire qu'il lui est égal en perfection. Pour saint Justin, le Christ, Verbe divin, est la raison
- '^'■-iv- '-■-•':■'-■ '^-*=>"-y:i,---'.>T*:^-.?^j;,';j;ïai?''; :
universelle qui éclaire tous les hommes. Lorsque le concile de Nicée l'a nommé lumière, il a donné à entendre que le Père éternel a engendré son Fils égal à lui-même, sans rien perdre de son être ni de ses perfections, comme un flambeau en allume un autre, sans rien perdre de ses perfections. « Je suis la lumière du monde, a dit Jésus-Christ, sur la montagne des Oliviers, celui qui me suit ne marchera point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. » La parole de Dieu, la loi de Dieu est appelée aussi une lumière qui nous éclaire, parce qu'elle nous fait connaître nos devoirs. Les apôtres, devant éclairer les hommes par la prédication de l'Évangile et par l'exemple de leurs vertus, représentent, selon saint Matthieu, la lumière du monde. Les fidèles sont appelés enfants de himiére ; les bonnes œuvres, des armes de lumières, enfin le bonheur éternel est désigné sous le nom de lumière éternelle (Apec, c. xxii, 6).
L'expression religieuse de lumière n'est donc pas nouvelle et nous semble admirablement choisie pour désigner la religion que l'on appelle aujourd'hui en Chine la religion du Maître du ciel, <£ Tien tchou kiao, » celle que Jésus-Christ a établie, qui le reconnaît et l'adore comme le Messie et le Rédempteur des hommes.
En résumé, le symbole proclamé par finscription de Sy-Ngan-Fou y est trop bien défini, les grands linéaments de la vraie doctrine du Christ y sont trop nettement, trop distinctement accusés, pour que l'on puisse confondre cette doctrine avec celles que l'Église catholique condamne comme entachées d'hérésie.
M. l'abbé Hue, qui veut à tout prix que l'inscription soit nestorienne, prétend que les caractères syriaques estranghélo qui accompagnent les caractères chinois suffisent à eux seuls pour déterminer la doctrine religieuse de l'inscription. Le savant missionnaire s'appuie, pour trancher cette délicate question, sur la publication d'un cata-
Wf"^^-
AU VHP SIECLE
loguedepatriarclies chaldéens iiestoriens, fait en 1775 par Assemani. D'après ce catalogue, un patriarche catliolicos nestorien, dont le nom d'Hanan Jésua (Jean-Josué) correspond à celui qui est mentionné par l'inscription, aurait été élu à Séleucie en l'an 774 de notre ère, et serait mort en 778. Or, l'érection du monument de Sy-Ngan-Fou date de 781. Gomment expliquer alors l'anachronisme qu'auraient ainsi commis les rédacteurs de l'inscription? M. Pauthier cherche à les excuser en faisant valoir la distance qui séparait l'Assyrie ou la Mésopotamie de la Chine, et la difficulté extrême des communications entre les deux contrées. Ceci n'est pas admissible, parce qu'on connaît trèsbien aujourd'hui, par les relations des ambassadeurs et des voyageurs des vii% vm-, ix^etx*" siècles, les routes que l'on suivait alors pour venir d'Europe dans le Céleste-Empire. On sait^, en outre, que, par suite des relations commerciales établies entre les deux pays, les nouvelles se communiquaient assez rapidement, soit par la voie de terre, soit par celle de mer. On ne peut donc supposer que ceux qui ont élevé le monument de Sy-Ngan-Fou, s'ils étaient réellement nesloriens, aient pu ignorer pendant trois ans et demi un événement aussi important que celui de la mort de leur patriarche. Cette hypothèse est d'autant plus inacceptable que, depuis le v'^ siècle, des nestoriens ou chrétiens de saint Thomas (I) étaient établis sur la côte de Malabar, et que quel-
(1) Le bouddhisme porte^ en Chine, les noms de Eo-kiao, religion de Fo ou Tamo-kiao, religion de Tamo.' Quelques personnes ont cru que ces dernières expressions s'appliquaient à la religion de saint Thomas et non au nestorianisme. C'est une erreur. Tamo est le nom chinois donné à Boddi- Dharma, le vingt-huitième patriarche à qui Chakia-Mouni a communiqué le secret des mystères de la grande doctrine et le premier patriarche qui soit venu en Chine en Tan 495. La doctrine de Bouddha, proscrite de l'Inde par le brahmanisme, s'implanta à cette époque en Chine, et, au xiii^ siècle, un des Bouddhas vivants fut élevé au rang des rois par le petit-fils de Gengis-
ques-uns des prêtres dont les noms sont inscrits sur le monument étaient, d'après le texte syriaque de l'inscription, originaires du Tokkarestan, qui était tributaire de la Chine et avait sans doute, par la Perse, de fréquentes communications avec l'Assyrie ou la Mésopotamie.
Une autre preuve que Hanan-Jésus n'était pas neslorien, c'est qu'il portait le titre de patriarche catholique, titre que, d'après les abbés Bragier et Renaudot, les nestoriens n'osèrent jamais donner à leur principal évêque, qu'ils appelaient simplement catholique. De plus, leurs évêques n'étaient pas. mariés. Or, Adam, dont le nom est inscrit sur le monument, était fils d'Isbuzaid, évêque et pape en Chine (1).
Maintenant, qu'était-ce que le patriarche catholique Hanan-Jésus? Nous répondrons, avec les Pères Kircher, Boym, etc., que nous n'osons pas nous prononcer à ce sujet, mais nous croyons que, si la doctrine formulée par l'inscription était celle qu'il dirigeait et enseignait, il devait être patriarche catholique orthodoxe. De 411 à 415, l'archevêque orthodoxe de Séleucie, Achgeus a fondé les premiers
Khan, qui établit le nouveau siège des patriarches bouddhistes dans la capitale du Thibet. De cette époque date ia fondation du lahmanisme, qui est resté la religion des Thibétains, des Mongols et des Tartares Mantchous, tandis que ie bouddhisme, en Chine, a été remplacé par une idolâtrie basée sur les superstitions les plus grossières.
(1) Les patriarches, ou primats d'Orient, ont pris le titre de catholiques. On disait le cathol ique d'Arménie pour désigner le primat ou le principal évêque d'Arménie, titre à peu près semblable à celui d'oecuménique, qu'avaient pris les patriarches de Constantinople. Le titre de catholique était moindre que celui de patriarche. Les nestoriens, obligés de se réfugier dans la Perse, nommèrent leur principal évêque catholique, ils n'osèrent pas l'appeler patriarche, quoique Nestorius l'eût été de Constantinople. (Bragier, Dictionnaire de théologie.)
IpilliipiillpililIP
^iiiillpipiip*?
AU VHP SIECLE
sièges métropolitains en Tartarie et sur les frontières de la Chine. Pourquoi Hanan-Jèsus ou (Jean-Josuè) ne serait-il pas un de ses dignes successeurs?
Quoi qu'il en soit, il n'en est pas moins vrai qu'en l'an 845, d'après un dénombrement ordonné par l'empereur Vou-ïsong, l'Empire chinois comptait plus de trois mille prêtres étrangers de la religion de ïa-tsing, non compris le clergé indigène. Les courageux ouvriers du Seigneur pouvaient donc espérer atteindre le but de régénération vers lequel ils marchaient avec tant de zèle et de dévouement, lorsque le vent de la persécution s'étant mis à souffler, ils furent obligés d'abandonner leur œuvre, laissant à leur divin Maître le soin de la poursuivrB et de l'achever. Pendant de longues années, la Chine fut livrée à elle-même avec son paganisme et tous ses cultes d'erreurs et de déception; puis, un saint apôtre est venu lui rappeler la vérité, et, depuis cette époque, quelques brebis ont pu être sauvées dans cet immense troupeau qui est rongé par un mal terrible dont le christianisme seul pourra le délivrer (1). C'est la religion du Christ qui, en
(1) Il est un obstacle qui arrête sérieusement les progrés de la propagation de la foi en Chine ; nous voulons parler de l'obligation imposée aux lettrés et aux mandarins civils de se conformer, en certaines circonstances, à des actes que la cour de Rome a condamnés, comme entachés de superstition. Il en est résulté que la porte des honneurs et de la considération s'est fermée pour les chrétiens qui, sans appui, sans soutien, sont exposés continuellement aux persécutions de leurs ennemis aussi acharnés que nombreux. Pour remédier à un état de choses aussi regrettable, il suffirait d'obtenir du gouvernement chinois, comme au Tong-King, pleine et entière liberté de conscience pour tous ceux qui désirent embrasser la religion chrétienne. Le gouvernement français et les missions catholiques auraient le plus grand intérêt à ce que ce privilège, que nous pouvons très-bien réclamer au nom de l'article 13 du traité de Tien-Tsin, nous fût accordé le plus tôt possible par le cabinet de Pékin. Tant qu'il en sera autrement^ le zèle des coura-
spirilualisarit l'homme, en révélant au genre humain sa mission sur celle terre, en lui apprenant qu'il devait dompter ses sens et le monde matériel, lui a appris le secret de ses forces et de sa puissance, et a préparé les voies à cet admirable développement scientifique et industriel qui fait l'honneur de noire siècle. Toutes les nations qui l'ont repoussée vivent dans l'immobilité ; toutes dégénèrent et s'abâtardissent. Chez elles, nul progrès, nul mouvement, nul signe dévie; partout la décrépitude, partout la dissolution. On dit, en parlant d'elles, qu'elles sont vieilles et malades. La Chine n'a pas échappé à cette terrible loi. Elle est atteinte dans ses parties vitales, et si ses gouvernants ainsi que ses peuples ne renoncent pas bientôt au panthéisme matérialiste qui étouffe tous les nobles sentiments du cœur, .ainsi qu'à l'idolâtrie qui abrutit l'esprit, elle finira, de décadence en décadence, par arriver à cette limite extrême où tout remède est inutile. Que ses hommes d'Étal, s^ils aiment réellement leur patrie et désirent la sauver, s'empressent donc de reconnaître et de pratiquer les vertus évangéliques qu'Olopen enseigna il y a dix siècles à leurs ancêtres et qui renferment en elles la régénéralion de toute société humaine. « Les cités et les nations qui ont été les plus attachées au culte divin ont toujours été les plus sages et les plus durables, tandis que celles qui, ayant connu le vrai Dieu, ont refusé de le glorilicr et d'accepter ses lois n'ont fait que passer. »
geux apôtres de la foi, soutenu parla protection bienveillante de la France, ne parviendra que fort lentement à faire pénétrer la vérité au milieu de ces masses idolâtres et sceptiques, qui résistent énergiquement à toutes tentatives ayant pour but de les délivrer de l'esprit du mal dont elles subissent, pour leur malheur, la fatale oppression.
^^mm^'