AVEC UNE PRÉFACE
En vérité, l'être (â) qui existe par lui-même, vrai, immuable, ayant précédé les premiers êtres, sans commencement, immense, infiniment parfait et intelligent, incorporel, éternel, est. en tout merveilleux. Souverain moteur, il a pris en main le mouvement originel et a opéré la création. Tous les saints (les anges) substances spirituelles, intelligentes, tiennent le premier rang parmi les créatures. Mon un en trois (personnes) substance spirituelle, incorporelle, mer-
(1) Nous avons fait cette traduction, qui diffère essentiellement de toutes celles qui ont paru jusqu'à ce jour, avec l'aide du lettré du consulat de France à Canton, le nommé Yu-Yun-Tchong, un des chrétiens les plus intelligents, les plus instruits que nous ayons connus en Chine .
(2) Dieu, se nommant à Mo'ise, lui dit : Ego sum qui sum, nous faisant ainsi comprendre qu'il est lui-même sa raison d'être, et qu'on ne peut le définir parce qu'on ne peut le limiter.
veilleuse, le premier des premiers, est le vrai Seigneur (1) Oloô (Eloha). Il a établi les quatre parties du monde sous la forme d'une croix Donnant le mouvement à l'air primogène, il a produit les deuxkyi2), c'est-à-dire les deux grands principes actifs de l'univers (3). Tout ce qui était caché, obscur et vide a été changé en clair et en plein ; le ciel et la terre ont paru ; le soleil et la lune ont accompli leurs révolutions et le jour et la nuit ont été faits. Le souverain architecte, après avoir tout créé, a lui-même formé le premier homme, et, le gratifiant particulièrement de la bonté morale naturelle (4), de la droiture
(1) Oloô est la prononciation syriaque du nom de Dieu propre à cette langue. C'est le même nom que le mot hébreu Eloha, qui signifie très-haut. Elohim était le nom donné par les livres saints aux divinités qui étaient adorées parles peuples de la terre de Canaan lors de Tarrivée des Israélites.
(2) Concession aux idées chinoises. Le mandat du ciel est comme une mission reçue : la nature rationnelle ou morale, c'est la voie droite, la raison. Le ciel, par le moyen du yn et du yang ou du principe femelle et du principe mâle, qui sont les deux principes primogènes aériformes (ky) et par le moyen des cinq éléments, donne la naissance par génération et par transformation à tous les êtres de Funivers. {Commentaire du Tchong-Yong , par Tchou-Tsèe.) — L'esprit de Dieu (le souffle de Dieu, vent violent), s'était porté sur les eaux, les disposant à produire les êtres qui devaient être créés {Genèse). — Saint Augustin pense qu'il ne faut voir dans cet esprit de Dieu qu'un agent naturel et créé. Godefroy, l'un des plus remarquables commentateurs de la Genèse, croit qu'on doit entendre par là le principe vital des corps bruts, c'est-à-dire ce principe merveilleux qui pénètre toute matière et qui, selon l'état particulier des éléments des corps, se manifeste par des effets caloriques, lumineux, électriques ou magnétiques. Il est, en effet, naturel d'admettre, d'après la lettre même du livre saint, que toute matière pondérable ou impondérable a été créée au commencement ; ceci est conforme à l'opinion des savants, qui admettent que chaque molécule de la matière est pour ainsi dire enveloppée par une atmosphère impondérable. (Dupiney de Vorepierre.)
(3) Ft dixit Deus : fiât lux et facta est lux. {Genèse^ i, ^ 3.)
(4) Dieu a créé l'homme droit {EccL, vu, f 30) et dans la justice (Fpf)f>x., IV, ^24;.
et de la justice originelle, il lui a ordonné (1) de présider aux quatre mers.
Sa nature originelle, intelligente, était simple (2) et non remplie d'orgueil; son cœur était pur, large et sans aucuns désirs déréglés. Puis, est survenu Satan qui, usant de ruses et revêtant des formes séduisantes, a attaqué sa simplicité, sa pureté naturelle et qui, méchamment, est parvenu à diviser ce qui en lui était si large, si grand et en même temps si calme. Le mal alors et l'erreur ont pu pénétrer insensiblement par une légère ouverture, et la nature de l'homme a succombé. Il s'en est suivi que trois cent soixante-cinq sectes, marchant sur les traces l'une de l'autre, se sont formées tumultueusement, chacune cherchant le plus tôt possible à tisser des filets de lois ou de doctrines.
Les unes prétendaient qu'il fallait adorer la créature au lieu du créateur et indiquaient les êtres créés comme devant être le principe de nos croyances; d'autres soutenaient que le vide est (3), et qu'il a
(1) Dieu dit : Faisons Thomme à notre image et à notre ressemblance, pour qu'il préside aux animaux, à tout ce qui vit sur la terre, à toute la terre elle-même [Genèses, i, ^ 26).
(2) Hiu eul pou moên (vide et non plein). Confucius s'est servi d'une expression à peu près analogue dans le Lun-yu (1. IX, ch. xxv). Le maître a dit : L'homme bon, tel que je le conçois, est introuvable. Quand pourrai-je donc voir un homme possédant et affectant de ne pas avoir, un homme vide et affectant d'être plein {hiu eul oey moên).
(3) Allusion au système de Lao-Tsée, qui repose sur le tao ou raison primordiale éternelle et suprême, désigné aussi par les expressions de hiuen, l'indistinct, de un, l'unité absolue, et qui, considérée sous ses deux modes d'être, est : 1° Le n"on-être ou l'incapacité; 2° l'être ou la capacité. — Les spéculations de Lao-Tsée, a dit Tchou-hi, généralement parlant, roulent sur le vide, sur le repos ou l'immobilité, sur le non-agir, sur l'isolement du monde et la conservation de soi-même ; pour lui, le vide, l'incorporel, l'innocuité envers tous les êtres de l'univers est ce qu'il y a de réel, de vrai.
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