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CHAPITRE III

De l'esprit clérical dans l'enseignement, surtout

chez les catholiques.

La religion est une puissance, et ses organes en désirent nécessairement le triomphe et la domination ; c'est leur but, leur ambition, leur force, leur gloire, leur intérêt de toute sorte.

Il leur faut donc l'aulorilé pour avoir le pouvoir. 11 leur faut la foi pour avoir Tautorité. II leur faut le silence de la raison, de la critique, l'étouffement de la curiosité intellectuelle, du raisonnement, et s'il est possible de la raison même, pour avoir une foi facile, soumise, aveugle.

Le clergé, surtout s'il est infatué de son infaillibilité, ne peutdonc voir de bon œil une instruction libérale et généreuse qui tende à donner à nos plus nobles facultés tout leur essor. N'ayant confiance qu'en sa propre sagesse, et croyant qu'elle suffit pour mener le monde ; ne voyant d'ailleurs dans la vie présente qu'un acheminement à la vie future; persuadé qu'il possède seul les moyens de diriger sûrement l'humanité à cette fin dernière; faisant consister ces moyens surtout dans une morale mystique, son enseignement tout entier se ressentira de celte manière de concevoir sa mission.

Il ea écartera, s'il le peut, d'abord tout ce qui lui semblera contraire à ses doctrines, ensuite tout ce qui ne lui semblera pas suffisamment d'accord avec elles et qui pourrait en contrarier l'influence. Tout ce qui, sans porter ce caractère d'opposition réelle ou possible, est simplement étranger à là grande

DE l'esprit GLÉRICÂX. DANS L'ENSEIGNEMENT. 61

an de la vie, la sanctiûcation, ne sera vu qu'avec une juste indifférence.

Que restera-t-il donc de vraiment intéressant à connaître, k enseigner, à faire goûter et pratiquer? Une seule chose, la religion telle que l'entend l'Église, et tout ce qui peut contribuer * à son éclat, à son triomphe. Les lettres, les sciences^ les arts^ l'histoire, la philosophie, n'auront de valeur qu'autant qu'elle y trouvera son avantage, qu'elle pourra les faire servir à son empire sur les âmes. Tout cela sera donc formé, transformé, dénaturé ou repoussé suivant les besoins de la cause religieuse. £t s'il vient un jour dans la pensée de ceux qui en dirigent les organes sans nombre que l'ignorance, le despotisme, les persécutions, sont les moyens les plus sûrs d'obtenir l'obéissance, de prévenir ou de réprimer tout mouvement d'indépendance intellectuelle, une immense conspiration s'organisera en faveur de l'obscurantisme, de la tyrannie des esprits et des consciences.

En attendant, si les circonstances sont tellement impérieuses qu'il faille bon gré mal gré enseigner quelque chose en dehors du catéchisme, on enseignera le moins possible, et toujours avec l'attention de ne rien mêlera cet enseignement qui puisse contrarier la foi ou lui porter le moindre ombrage. Mais on profitera de toutes les occasions, qu'au besoin on saura faire naître, pour mêler au profane le sacré, pour insinuer une chose sous le couvert d'une autre, pour faire encore de la propagande religieuse ou politique tout en faisant autre chose.

Nous parlons de propagande politique comme de l'une des passions du clergé enseignant. La raison en est simple. Le clergé ne peut se désintéresser de la politique, puisqu'il aspire au gouvernement du monde, à la domination des esprits. Il doit donc aspirer à gouverner temporellement les nations par lui-même ou par sos plus fidèles serviteurs, comme il a§pire.à les instruire exclusivement. Tous ses efforts se concentreront d'abord sur ce dernier point. Il est clair en effet, il le croit du

moins, qae s'il peut devenir Fanique institatear des peuples, il les formera suivant ses croyances et ses intérêts, qa*ils deviendront dociles entre ses mains, et qu'il pourra faire des princes enx-oiêmes les instruments dévoués de sa puissance. Il leur montrera, lui aussi, tous les royaumes de la terre, et leur en promettra la tranquille possession s'ils comprennent assez bien leurs intérêts pour se soumettre eux-mêmes à sa puissance et reconnaître son autorité : Si procumbens adoraveris me.

Essentiellement despotique, l'esprit clérical est toujours disposé à faire une étroite alliance avec tout pouvoir civil qui lai est favorable : il promet aux princes de ce monde de soumettre à leur empire absolu par la prédication, des âmes qu'eux-mêmes auront assouplies à ses exigences dogmatiques et pratiques. Il leur promet honneur pour honneurs, services pour services, puissance pour puissance, richesses pour richesses. Ce n'est point ralTranchissement des âmes qu'il lui faut, c'est leur asservissement. De là ses sympathies bien prononcées pour les pouvoirs forts^ pour les violents même, à la seule condition que cette violence et ce pouvoir ne lui soient en rien contraires et sachent apprécier en lui un auxiliaire naturel et sûr.

Mais si les rois, les empereurs ne savent ou ne veulent point entendre ce langage, ces insinuations ; s'ils croient apercevoir qu'il y va de leur autorité et qu'en acceptant ces services ils se donnent un maître ; alors le clergé entre en défiance, et, s'il le faut ou si l'occasion s'en montre favorable, il devient hostile. C'est alors qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et que la guerre étrangère ou civile peut être préparée sous prétexte de religion. C'est alors qu'on exalte les âmes, qu'on allume les torches du fanatisme, et qu'on pousse les populations aux extrémités sanglantes.

Voilà, entre mille autres, l'un des immenses inconvénients de l'enseignement clérical. Les faits que nous allons exposer en révéleront d'autres, ceux-là surtout qui tiennent à la religion

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