CHAPITRE II De renseignement donné aux femmes en partlonlier
Partout où la femme est émancipée elle mène le monde.
C'est elle qui forme l'enfant, son esprit et son cœur. Elle lui inculque ses préjugés, ses préventions favorables ou contraires> ses passions, en un mot son âme.
Elle a une extrême puissance d'insinuation. Mettant de la sensibilité en tout et partout, elle attaque l'âme par les endroits les plus faibles et finit par se la soumettre.
En se faisant aimer elle fait aimer tout ce qu'elle aime, haïr tout ce qu'elle hait, penser tout ce qu'elle pense, croire tout ce qu'elle croit.
Elle est forte même de toute sa faiblesse. Elle modère le plus impétueux, elle tempère le plus fougueux, elle désarme le plus fort; elle fait de l'homme, qui croit être fait pour lui commander, ce qu'elle veut, si elle sait d'ailleurs lui complaire. C'est en paraissant obéir qu'elle commande. Et son empire est d'autant plus sûr qu'il a pour fondement la passion la plus forte, l'amour.
Tout amour elle-même, elle 1 e fait naître dans Tenfant, et s*en sert pour obtenir l'obéissance par la tendresse. Un autre amour la rendra maîtresse du jeune homme et de l'homme fait; il sera d'autant plus fort qu'il s'agira d'adoucir et de civiliser pour ainsi dire une passion plus brutale et plus sauvage. Car cet amour dans l'homme est plus emporté que tendre, plus grossier, plus brutal que respectueux et sounnis. C'est une pareille bête indocile et féroce qu'il faut apprivoiser, adoucir. Elle en vient à bout. Plus tard une nouvelle forme de Tamour en elle, l'amour de la compassion, de la pitié, la sympathie pour la faiblesse, la souffrance, les maladies qu'elle connaît si bien, lui concilie encore l'sifectueuse et reconnaissante déférence du vieillard. Elle commande donc par son amour à tous les âges; elle est maîtresse de l'homme depuis le berceau jusqu'à la tombe. Elle le mène donc quand elle n'en est pas tyrannisée et accablée. Aussi c'est elle qui civilise le monde ; il n'y a de civilisation qu'où elle est libre. £t si la civilisation la rend libre, elle ne fait en cela qu'acquitter une dette de reconnaissance.
Par le fait que, la femme est plus douce et plus aimante que l'homme, elle est par là même plus civilisée et plus civilisable ; elle est toute civilisée naturellement. C'est pour cette raison qu'elle est plus encore la cause de la civilisation qu'elle n'en est l'elfet. Si la civilisation n'est pas générale, puisqu'il y a partout des femmes, c'est qu'il y a des races plus difficiles à civiliser que d'autres, et que l'habitude de maltraiter les femmes, comme celle de maltraiter les esclaves et tous les êtres faibles, les animaux compris, endurcit les mœurs, les rend sauvages et brutales. Il y a donc en ceci un cercle déplorablement vicieux ; on est brutal parce qu'on est sauvage, et on est sauvage parce qu'on est brutal; on maltraite, on abrutit la femme parce qu'on est sauvage, et on est sauvage parce qu'on la maltraite et qu'on l'abrutit.
La femme sent plus qu'elle ne pense, et quand elle pense
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elle sent encore. Ce n'est ni la raison pure ni le raisonnement qui prédominent en elle : sa pensée est généralement mêlée d'éléments sensibles, et dans ses conceptions les plus abstraites, rimagination a toujours une très large part. Elle portera donc dans ses conceptions religieuses, si dépouillées d'éléments sensibles qu'elles doivent être, des idées images , des fantaisies ; et dans les idées de l'ordre moral pur, des sentiments et des passions. De là pour elle le danger plus prochain d'un mélange de sensualisme et de superslitiun aux idées et aux pratiques religieuses. De là aussi une inclination prononcée pour les formes du culte extérieur et les prises particulières qu'elles donnent à un clergé très porté lui-même à la fantasmagorie religieuse.
Les femmes sont donc les auxiliaires assurées d'un sacerdoce dont la doctrine et la pratique s'adressent plus aux sens, à l'imagination, aux passions qu'à la raison. Imbues de ce qu'il y a de plus matériel et de plus superstitieux dans les croyances et les pratiques, elles le transmettront avec la passion qu'elles mettent en toutes choses. Leur enseignement sera d'autant plus dangereux qu'elles seront elles-mêmes plus exclusivement soumises à cet ordre d'idées et de pratiques^ comme il arrive aux femmes vouées au célibat et à la vie dévote. Ces sortes d'institutrices, à idées étroites et fausses sur le monde, sur la religion, sont les pires des institutrices. Elles n'ont rien de ce qu'il faut pour faire des intelligences saines, des femmes raisonnables et judicieuses dans le monde, pour préparer des jeunes personnes à la vie domestique et du monde, pour en faire de bonnes maîtresses de maisons et de sages ou prudentes mères de famille. Tout entières entre les mains des prêtres, en servant avec passion les intérêts et les préjugés, elles ne sont bonnes qu'à façonner l'esprit desjeunes filles pour en faire l'instrument de la puissance sacerdotale et soumettre au clergé tout ce qui les entoure. Or le danger de l'esprit clérical dans l'enseignement n'est pas difficile à con-
naître; quelques mois suffiront à le signaler; on le jugera mieux ensuite par ses œuvres.