CHAPITRE IV Les Visitandines et le Cœur de sainte Chantai
Il y a dans le monde au miliau duquel nous vivons, nous autres catholiques surtout, deux esprits, deux civilisations qui n'ont presque rien de commun. Ce sont de part et d'autre des croyances, une morale, des espérances, des craintes différentes. L'esprit, le cœur, le langage ne sont point les mômes. On ne se comprend plus, tout en parlant la même langue, tant les idées et les sentiments se ressemblent peu.
Dans l'un de ces mondes le miraculeux, pour ne prendre que cet exemple, est recherché, attendu, avidement désiré, imaginé; on croit le voir, on l'épie, on le voit, on le décrit, rien n'y manque. Dans l'autre il est si loin d'être un besoin qu'il n'est pas même méprisé, pas même ridiculisé : les miracles catholiques n'impatientent que par Tingrédient politique qui s'y mêle depuis quelque temps; auparavant ils étaient tombés au-dessous du dédain. Et cependant ils continuent, ils se multiplient; rien ne les arrête. Les temps de révolution, d'incrédulité, d'impiété, loin de leur être défavorables, semblent au contraire leur porter un défi qu'ils acceptent. C'est alors en effet qu'il s'agit de soutenir les courages qui pourraient ôtr^
tentés de se laisser abattre, et de ranimer l'esprit de foi qui paraît décliner et s'éteindre. Les dates ont leur importance en cette matière; nous ne parlerons cependant pas ici d'un événement tout à fait contemporain, car 1830 est déjà bien loin de nous; mais l'esprit de camarilla qui amena la révolution de cette époque n'est pas mort, si peu môme qu'il semble se préparer à une révolution pour son propre compte.
En 1831 donc le clergé étail à peine remis de ses terreurs; c'était le cas de faire quelque miracle à l'appui de sa cause. Il s'agissait en effet, comme- le disait alors le vicaire général supérieur du grand-séminaire de Nevers, M. Frein, de ranimer notre foi et de soutenir noire espérance dans les temps difficiles où nous vivons. C'est aussi l'époque où la médaille miraculeuse fit son apparition dans le monde. Voici un autre monument fort curieux, j'en donne le texte tout entier. Il est un peu long; mais comme il est sans doute assez peu connu, on ne sera pas fâché de le voir in extenso ; il y a là instruction et profit pour tout le monde.
Copie du procès-verbal dressé, le 4 juin 1831, sur les différents changements opérés dans le cœur de notre sainte Mère.
« Ce jourd'hui, quatre du mois de mai (mois de Marie, notons cela), de l'an mil huit cent trente et un, nous, soussigné, supé> rieur du grand-séminaire de Nevers et vicaire général du diocèse, ayant été invité par M"" la supérieure du monastère de la Gharité-sur-Loire, à venir constater les changements opérés dans le cœur de sainte Jeanne-Françoise Fremiot de Chantai, conservé dans ledit monastère, nous nous y sommes transporté, accompagné de M. l'abbé Boyer, ancien vicaire de la Charitésur-Loire, curé de Dornecy.
« Nous étant fait présenter le saint cœur, renfermé dans un reliquaire de vermeil, nous l'avons vénéré.
« Nous avons ensuite interrogé la supérieure et les conseillères de la communauté, sur les différents changements qu'elles