LES VISITANDINES ET LE CŒUR DE SAINTE CHANTAL
ont aperças dans Tétât da saint cœur; toutes ont unanimement affirmé:
« !• Qu'elles et toutes les religieuses de la communauté avaient remarqué, dans les derniers jours de juillet ou dans les premiers jours du mois d'août 1828, que le cœur de sainte de Chantai avait diminué .de plus d'un tiers^ de telle sorte qu'il ne touchait plus d'aucun côté aux bords intérieurs du reliquaire fait en forme de cœur ;
< â'^Que n'ayant plus considéré cette précieuse relique depuis l'époque de sa diminution (1), elles se sont positivement aperçues d'un changement notable dans ce saint cœur; que le 2 juin de Tannée 1828 (2), et depuis ce temps, elles l'ont vu prendre un accroissement remarquable, surtout au commencement d'octobre 18J0; à cette époque la partie supérieure et la partie inférieure du saint cœur touchaient d'une manière bien sensible les deux extrémités du reliquaire;
« 3* Que ce présent jour, quatre du mois de mai, elles remarquaient que la partie supérieure du saint cœur avait subi un aplatissement notable, avec quelque diminution dans sa largeur, et que la partie inférieure s'était gonflée et étendue dès deux côtés, surtout du côté gauche du cœur, de manière à se presser contre le bord intérieur du reliquaire.
c Après avoir entendu les témoignages mentionnés desdites religieuses de la Visitation, npus avons pris connaissance de l'écrit d'un célèbre médecin, par qui le saint cœur avait été attentivement examiné le 12 avril 1831. Nous croyons devoir en extraire le passage suivant. Après avoir rapporté le récit fait par les religieuses (récit qui s'accorde de point en point avec ce que nous avons nous-môme recueilli de la bouche de ces religieuses), il (le médecin) ajoute :
( M'étant fait présenter cette inappréciable relique, je déclare
(i) Cette rédaction n*est pas de la pi as grande clarté. * ^
(2) 4829 ou 1830 sans doute, au lieu de 1828, puisque autrement il y aurait contradiction avec ce qui précède.
c l'avoir trouvée biea enchâssée et bien exempte de toute
« action extérieure, non moins bien embaumée, et à la ma-
c nière que ces sortes d'opérations sont pratiquées à l'École de
« médecine de Paris pour la conservation des pièces anato-
« miques. J'avoue et je puis déclarer n'avoir jamais ouï dire
« que pareils phénomènes aient été observées sur les pièces
« également conservées à l'École de médecine de Paris. Ces
c pièces d'anatomie dont je parle, sont cependant soumises à
« l'action de tous les agents extérieurs, tels que l'humidité, le
« froid, la chaleur, etc., qui tendent, avec le temps, à tout
c détruire, et depuis des siècles elles n'ont éprouvé aucun
€ changement. Les faits rapportés par les religieuses, qui les
« ont observés avec soin, ne sont explicables ni par la physi-
c que ni par la chimie, et, n'ayant pas d'exemples de pareilles
c observations, on peut en conclure qu'ils sont le résultat d'un
c phénomènesurnaturel, au delà de nos connaissances acquises
« aujourd'hui. »
a A ces témoignages nous ajouterons celui de M. l'abbé Boyer et le nôtre. M. l'abbé Boyer nous a déclaré qu'ayant vu le saint cœur à plusieurs reprises durant les années de son vicariat à la Charité -sur-Loire, c'est-à-dire durant les années 1828, 1829 et 1830, et le voyant de nouveau en ce présent jour, il a reconnu au premier coup d'oeil et a avoué, après l'avoir examiné plus attentivement, qu'il a subi un changement très notable, en prenant un développement très sensible sur tous les points de son étendue.
« Pour nous, nous attestons : 1« qu'ayant considéré avec soin le saint cœur dans les derniers jours de septembre 1830, nous le trouvâmes en très bon état, sans que nous puissions affirmer qu'il eût pris aucun accroissement notable ; 2* que le 24 mars 1831 il nous fut de nouveau présenté : et notre premier sentiment à la vue du saint cœur fut un sentiment de surprise et d'admiration; nous affirmâmes alors qu'on ne pouvait douter d'un accroissement notable; la partie supérieure
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du saint cœur était gonflée d'une manière très sensible, et nous parut semblable à une lèvre très épaisse et repliée sur ellemême; 3« que le 4 du mois de mai, ce présent jour, nous l'avons examiné avec une plus grande attention, et nous avons reconnu que la partie supérieure s'était aplatie, et que la partie inférieure s'était de beaucoup développée, surtout du côté gauche du cœur, pressant de ce côté contre le bord intérieur du reliquaire. Tel est le témoignage que nous cro\ons devoir rendre à la vérité sur les changements que nous avons remarqués dans le saint cœur. Nous avons eu soin d'écarter de nos souvenirs tout ce qui n'est pas rigoureusement certain, afin de ne garantir par notre témoignage que ce dont nous avons une pleine conviction. Ce que nous avons remarqué de nos propres yeux, joint à ce qui a été remarqué à plusieurs reprises par toutes les religieuses de la communauté, ne laisse dans notre esprit aucun doute sur les changements mentionnés ci-dessus.
« Quant à la cause des changements, nous croyons avec l'habile médecin, dont nous avons rapporté plus haut les propres paroles^ qu'elle ne se trouve pas dans l'ordre naturel, et qu'elle appartient par là même à l'ordre surnaturel, ce qui doit ranimer notre foi et soutenir notre espérance dans les temps difficiles où nous vivons. Puisque Dieu seul a pu opérer un semblable prodige, nous sommes donc de nouveau bien assurés que la religion dont sainte Chantai fut dans son temps un des plus beaux ornements par ses héroïques vertus, est véritablement divine. Nous trouvons également dans ce miracle un motif puissant d'espérer que Dieu nous protégera^ puisqu'il n'a pas coutume d'opérer de telles merveilles en faveur de ceux qu'il est décidé à abandonner en punition de leurs crimes.
c Fait à la Charité-sur-Loire, le quatrième jour du mois de mai de l'année i831.
< Signé : Frein, vie. gén., sup. du gr.-sém. »
68 LE CATHOLICrSME ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Ce serait abuser de la patience du lecteur que de prendre au sérieux de pareilles billevesées, de contrôler le rapport du médecin et celui du vicaire général, de relever les négligences de l'un, les inconséquences de l'autre, la manifeste crédulité de tous les deux, le cercle infiniment restreint du personnel appelé à constater les faits, etc., etc. Voilà pourtant ce qui occupe les esprits, ce qui les met en émoi dans nos couvents, chez nos ecclésiastiques, c'est-à-dire dans la partie la plus influente du monde clérical, dans ce qui en est l'âme !
Voilà pourtant ce qui se fait, ce qui se débite et circule d'un diocèse à un autre parmi nos populations catholiques ! Et les Visitandines sont une congrégation enseignante I Si c'est là une réclame, il faut convenir qu'elle est très rassurante pour les pères et mères de famille qui ont assez de bon sens pour vouloir que leurs enfants reçoivent une instruction saine et sérieuse. Que fait, entre temps, l'autorité épiscopale ? On le voit par le récit du grand-vicaire. Si cependant tout cela n'était qu'illusion, nous ne disons pas fiction et mensonge, ne convenait-il pas qu'elle y opposât le plus formel démenti, qu'elle mît un ternie à la propagation d'un récit qui égarait les esprits, et qui, en voulant faire voir dans de pareilles misères, si d'ailleurs elles étaient exemptes de fraude pieuse, tendait par le fait à rabaisser et déconsidérer le sentiment religieux. Encore est- il vrai de dire qu'il y a d'autres croyances et d'autres pratiques bien autrement répandues, qui sont encore plus dangereuses pour la vraie religion et la vraie morale. C'est ce que prouvera la suite de ce travail.