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CONCLUSION

Le Syllabus comprend deux parties : l'une explicite et négative, qui consiste à donner comme fausses des propositions qui sont vraies pour la plupart, surtout envisagées du point de vue de la juste et nécessaire liberté de l'individu et de l'État; l'autre implicite et positive, principe de la première, qui n'en est que la conséquence.

Cette partie positive, que nous avons établie en la dégageant, par voie de contradiction, de la partie négative qui la suppose logiquement, se réduit à trois points essentiels : 1« la subordination absolue et sans contrôle de l'Etat à l'Église, pour tout ce qui est de la vie intellectuelle, morale et poli-

(1) Sext. D. V, lit.2,c.2, s*.

(2) D. G. XTii, q. 4, ce. 29 et 30.

tiqae ; f^ la nécessité par conséquent de remettre aux mains de rÉglise, on tont an moins de soumettre à sa surveillance et à sa décision suprême toutes les branches et tous les degrés de l'enseignement public ; 3^ la libre disposition de la force publique an profit et sous tes ordres absolus de l'Église.

Il n'y a rien là de nouveau ; toutes ces prétentions se retrouvent amplement dans l'ancien droit canon. Toujours les papes, depuis qu'ils se sont regardés comme les cbefs de la catholicité, ont rêvé l'empire du monde, la domination universelle. Toujours ils ont eu l'ambition d'organiser l'État comme un couvent et de subordonner le citoyen au chrétien, de forcer le premier à remplir tous les devoirs du second et à le sauver au besoin malgré lui.

La vie civile convertie en vie monacale, telle est la perfection sociale à atteindre. Là est le but^ et tous les moyens gradués qui peuvent y conduire constituent le progrès véritable. Aussi « la meilleure manière de conduire les peuples est -elle tracée par les saintes Écritures, dont l'Église est l'interprète (1). > Le despotisme théocratique, direct ou indirect, le bras séculier à l'appui, telle est la perfection sociale. Là est la justice et même la vraie liberté. « Partout où la religion (lisez : < catholicisme) est bannie, et la doctrine de la révélation dic vine (telle que l'entend l'Église catholique, cela va de soi) « rejetée, la vraie notion de la justice et du droit humain c s'obscurcit et se perd, et la force matérielle prend la place c de la justice et du vrai droit (2). »

L'Église, c'est entendu, doit être parfaitement libre. Elle ne l'est point si elle ne peut remplir sa mission, qui est de dominer les individus, les princes et les peuples. Quant à la liberté des uns et des autres, elle ne peut consister que dans leur obéissance volontaire à l'Église. Toute autre liberté est licence

(i) Hebcuriblli, Appendice auSyllabus.

(2) Encyclique du 8 décembre 1864, qui accompagne le Syllabut.

et désordre. Ainsi « la liberté de la presse, la liberté de con- « science, dans un État, n'est que la liberté de Terreur, une « liberté de perdition, l'oppression de TÉglise (1). »

Que l'Église donc soit souveraine absolue, qu'elle puisse briser ou faire briser à son gré toutes les résistances : alors seulement elle se sent libre, et tous ceux qu'elle domine le sont également par le fait, puisqu'elle est incapable de vouloir l'injustice. Ne voulant, ne pouvant vouloir que le bien, tout ce qu'elle impose, même au moyen de la force, est dans le cercle de la vraie liberté, et quiconque résiste est esclave, mais de l'erreur ou de la passion. La violence de l'Église est donc toute au profit de la liberté; elle veut arracher ses fidèles à la servitude de l'erreur et du péché, les rendre à la libre obéissance qui fait le vrai chrétien sur la terre et le saint dans le Ciel.

Elle seule a donc la notion vraie du droit, du devoir, de la justice, du bien; elle seule a mission d'en répandre la doctrine, de la faire fructifier dans toutes les consciences. A elle donc et à elle seule « le droit d'instruction et d'éducation ». La loi civile n'a point à s'en mêler, du moins souverainement. Les pères de famille n'ont pas en cela même plus de droit que l'État, parce qu'ils n'ont pas plus que lui là mission d'enseigner et de sauver les âmes. Seul t le clergé est ami des « (vraies) lumières, de la (vraie) civilisation, du progrès (vé- « rilable). » Seul donc il -doit « rester en possession de l'in- <c struction et de l'éducation de la jeunesse (3). > Aussi le Saint- Père, parlant d'autorité, comme il en a le droit et le devoir, dit à ses organes auprès des peuples et des princes : « En- « seignez que les royaumes reposent sur les fondements de la « foi ;... que la puissance royale n'est pas uniquement confé- « rée pour le gouvernement de ce monde, mais principale- « ment pour la protection de l'Église ; qu'il est de leur inté-

(1) Encyclique du 8 décembre 18C4, arec l'Appeadice.

(2) Ibid., aTcc l'Appendice.

c rêt, toutes les fois qu'il s'agit des affaires de Dieu, de suivre c avec soin l'ordre qu'il a prescrit, de subordonner et non de c préférer la volonté royale à celle des prêtres du Christ (i). > Et comme toutes les affaires de ce monde sont les affaires de Dieu ou qu'elles y tiennent, rien ne doit échapper à l'Église; tout doit être dans la vie publique et dans la vie privée comme l'entend l'Église. Que les gouvernements donc ne s'avisent point de vouloir faire quelque peu à leur manière la police dans leurs États, par exemple de prendre des mesures humaines et morales pour extirper le fléau de la mendicité; ils en seront blâmés, condamnés par l'Encyclique. Us auront le même tort et essuieront les mêmes reproches s'ils ne font pas des lois répressives du travail les jours de dimanche et de fête, ou s'ils ne les font pas respecter par la force (â).

La force enfin est, dans le droit ecclésiastique comme dans celui des nations, le dernier mot. Il faut que l'Eglise soit obéie ou librement ou par contrainte : c L'Église a le droit de ré- « primer par des peines corporelles les transgressions de ses « lois (3). » Tel est le terme auquel aboutit la liberté promise par le christianisme naissant : Christus liberavU vos. — Ne serait-ce pas le cas d'appliquer à la situation ces autres paroles de l'Apôtre : Falsi fratres subMroierunt explorare libertatem nostram quant habemus in Christo Jesu, vt nos in servitutem rédigèrent? Nous le croyons; c'est pourquoi nous avons parlé. Le vrai christianisme n'est pas là, ou s'il y était, il faudrait encore aviser.

(1) Encyclique du 8 décembre 1864.

(2) Ibid.

(3) Ibid.

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