Ibid
leurs écrits et dans leurs discours tout ce qui décèlerait la moindre arrière-pensée. A les entendre, à les lire, on les croirait enfants de l'Eglise. Ils n'en sfont pour le moment que les serviteurs courageux et désintéressés. Avec leurs compagnons de travail et de luttes, ils la défendent pour elle-même, comme un élément nécessaire de l'ordre dans la cité. Ceux qui soutiennent le contraire ne les connaissent pas; ils les jugent sans les lire.
L'Action française n'a pas perdu son temps. Elle a quelques années à peine; et, pour m'en tenir à son œuvre littéraire, elle a une revue bimensuelle, un institut dont les cours sont fréquentés par des hommes mûrs et des étudiants inscrits aux diverses facultés de la capitale; elle a sa littérature et une maison d'édition, la Nouvelle Librairie nationale, pour la centraliser. Des groupes se constituent dans nos villes de province. Surtout, elle fait des conquêtes. Je tiens à vous en présenter deux : M. Pierre Lasserre et M. Georges Valois.
Le premier soutint, en Sorbonne, il y a un an, une thèse qui mit en émoi Y Aima mater. Ce fut une de ces thèses sensationnelles, qui brisent les idées et les formules convenues et forcent l'attention publique. Les revues littéraires et les journaux en parlèrent. La librairie du Mercure de France la publia, ce qui est encore un symptôme. Chose étonnante, ce fut un succès de librairie.
Pierre Lasserre a choisi pour sujet de sa thèse
le Romantisme français. Il cherche le Romantisme par delà la jeune littérature de 1830, « l'une de ses manifestations déjà tardives, la plus retentissante, il est vrai, non pas, tant s'en faut, la plus riche de son essence profonde (1) ». Le Romantisme est, pour lui, une renaissance générale de l'âme. Il sort tout entier de l'œuvre de Rousseau. Rousseau est le Romantisme intégral. Il le définit l'« affranchissement des règles et des traditions », « la spontanéité absolue dans la créalion artistique, l'artiste se mettant en présence de lui-même et de la nature, en ignorant qu'il y ait eu un art et des hommes avant lui ». C'est, en un mot, « le système de sentir, de penser et d'agir conformément à la prétendue nature primitive de l'humanité (2). » On lui doit « une esthétique du laid, une philosophie de l'obscur, une morale de la passion et une politique de l'instinct. » Ce virus a reçu de Rousseau ce que l'auteur appelle « sa formation organique ». De toute sa thèse, la partie la plus curieuse et la plus forte est celle où il étudie le Romantisme dans ses rapports avec la Révolution. La Révolution française est une sorte de Messianisme romantique. Michelet, Victor Hugo, Lamartine, tous les grands romantiques, ont coloré, des ressentiments et des vœux de leur âme, cette vaste hallucination, suivant leur tour propre d'imagination, leur mode de pathétique et d'emphase (3).