Ibid., XVIII-XIX
Vous ne vous étonnerez pas de l'entendre réclamer pour l'Eglise de l'ordre la plus entière liberté. Elle n'en a usé et elle n'en usera jamais que pour le grand bien de la société et de l'humanité elle-même. Il ne demandera pas à un autre qu'à elle les conditions de cette liberté. Quand il fallut organiser YInstitut d'action française, la politique chrétienne eut l'une des premières chaires. C'est Maurras lui-même qui proposa son titre de chaire du syllabus. Il devait écrire sur cet acte pontifical un article que peuvent lui envier les apologistes les plus en renom. De Maistre ne rougirait pas de son disciple. Et cependant cette admiration pour le « catholicisme historique, qui le fait se tenir devant sa vieille et sainte image maternelle les mains jointes, les genoux tout à fait ployés », ne va pas jusqu'à l'acte de foi. L'Eglise ne lui apparaît que dehors. Mais il la voit telle qu'elle est et il ne ferme les yeux sur aucun de ses bienfaits, sur aucune de ses grandeurs.
Sans se désintéresser du merveilleux spectacle que l'Eglise offre à ceux qui la contemplent ainsi dans l'histoire et dans le présent, le catholique va plus loin. L'Eglise n'est pas seulement à ses yeux un fait historique et social de la plus grande importance; ce fait repose lui-même sur des vérités que l'homme est tenu de croire.
Le Catholique et le Positiviste, tel que Maurras et plusieurs de ses amis, peuvent-ils collaborer à une même œuvre historique, littéraire, voire même politique? Certainement. J'en
ai pour preuve le fait de cette collaboration.
L'attitude des uns et des autres est fort bien définie par Maurras en personne :
« Les doctrines de constatations qui recensent les faits et dégagent les lois, (c'est tout le travail de l'historien, du politique ou du sociologue) jefont une véritable unité mentale (ou morale entre les esprits sensés. Le Positivisme est une doctrine de constatation. La pensée politique d'un Monarchiste peut être « chrétienne avant tout. » Cela veut dire que, avant toute autre justification de la Monarchie, il fera valoir la volonté et les desseins de Dieu ou parlera du droit divin », sans négliger les intérêts de l'Eglise, qui sont les intérêts même de Dieu sur terre ». En quoi ce Monarchiste, persuadé du droit divin, peut-il être gêné d'entendre dire à tel autre Royaliste, qui ne croit pas en Dieu, que le droit des Rois vient de la nature ou de l'histoire? Il lui suffira de gémir de l'irréligion de son frère. En quoi ce dernier Monarchiste, ce Monarchiste libertin, peut-il être offusqué de voir un ami politique, qui croit en Dieu, rattacher à Dieu l'institution, la loi qu'il nomme naturelle? L'un dit : Voici la loi de la nature... L'autre : Voici la loi de Celui qui a fait la nature. Divisés sur l'origine des choses, ils conviennent du texte de la loi qu'elles ont reçue (1). »
Les Catholiques ne perdent rien à cette coopération. Les auxiliaires venus à eux évitent dans