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Chapitre VU

« 15. Je n'approuve pas ce que je fais, parce que je ne fais pas le bien que je veux ; et qu'au contraire je fais le mal que je hais.

« 16. Or, si je fais ce que je ne veux pas, je consens à la loi et je reconnais qu'elle est bonne.

« 17. Et maintenant, ce n'est plus moi qui fais cela, et c'est le péché qui habite en moi.

« 18. Car je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-àdire dans ma chair ; parce que je trouve en moi le désir do faire le bien, mais je n'en trouve pas le moyen.

« 19. Car je ne fais pas le bien que je veux ; mais je fais le mal que je ne veux pas.

« 24. Malheureux que je suis ! qui me délivrera de ce corps de mort ? Ce sera la grâce de Dieu par Jésus-Christ, Notre Seigneur. »

Un résumé admirable de cette grande lutte de notre nature, celle que le catholicisme a systématisée d'après saint Paul, se trouve dans l'Imitation^ livre III, chapitre V et chapitre LIV : Les divers mouvements de la nature et de la grâce.

Ce dualisme est donc un grand fait qui sert de base au vrai problème moral. Mais il faut voir maintenant comment saint Paul, qui en a eu ainsi le premier la con-

ception systématique, l'a constitué au moyen d'une théorie théologique. Il est inutile sans doute d'observer que la théorie positive en était alors impossible et que, par suite, le théorie théologique, transitoirement utile et absolument inévitable, a posé le grand problème.

La nature nous est, au fond, essentiellement propre ; et, quoique créée par Dieu, comme toute chose, elle se développe d'après des règles où n'intervient pas spécialement la divinité. La grâce, au contraire, nous vient de Dieu. Il nous l'envoie gratuitement, comme il veut et quand il veut. C'est là un domaine qu'il s'est absolument réservé et oii n'intervient, au fond, que sa volonté purement arbitraire, sans que nous puissions observer ou constater les lois régulières d'action de cette grâce. A ce sujet, Auguste Comte a fait remarquer que la théorie de saint Paul a fait le partage nécessaire entre le Dieu intellectuel d'Aristote, soumis dans son action à des lois régulières, et le Dieu social, qui, par la grâce, intervient par des volontés spéciales, et, par suite, se trouve avec nous dans des relations intimes et constantes sans lesquelles le théologisme n'a plus d'efficacité sociale. Le Dieu d'Aristote est un simple dieu constitutionnel.

Aussi, on peut dire que l'un des signes décisifs de la prépondérance finale de l'esprit positif se montre dans la théorie où Malebranche assujettit les manifestations de la grâce à des lois générales et constantes comme celles de la nature. Car, alors, les lois seules nous intéressent, et Dieu disparaît de plus en plus dans une vague indétermination ; le théologisme ne peut plus alors avoir aucune réelle efficacité.

Cette conception du duahsme de la nature et de la grâce a dominé toute la morale catholique, car, tout en admettant que la grâce nous vient gratuitement de Dieu par un acte impénétrable de sa volonté, le sacerdoce catholique a

néanmoins constaté que l'action de la grâce étaitattachée à certaines manifestations spéciales comme à certaines pratiques pieuses; ainsi, par exemple, les sacrements provoquent l'obtention de certaines grâces, de même que l'habitude de l'aumône, des pratiques pieuses, etc.; en sorte que le sacerdoce catholique a coordonné, au moyen de la théorie de saint Paul, une masse énorme d'observations empiriques pour provoquer dans notre espèce la prépondérance de l'altruisme sur l'égoïsme. Sans doute, il y avait, dans tout cela, comme dans saint Paul lui-même, une certaine contradiction théorique avec le caractère absolument gratuit de la grâce. Mais le Positivisme seul peut éviter ces contradictions qui sont inhérentes à l'application pratique du monothéisme. Les faux théoriciens, qui, sous le nom d'hérétiques, ont voulu, par d'exclusives préoccupations théoriques, éviter ces contradictions, ont été poussés à des aberrations qui compromettaient l'efficacité sociale de la doctrine.

Ijdi prédestination des élus était nécessairement contenue dans la théorie de la gratuité de la grâce. Saint Paul l'expose avec une fermeté et une netteté incroyables.

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