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Chapitre H

« 13. Car c'est Dieu qui opère en vous, et le vouloir et le faire seront son bon plaisir. »

Sans doute cette théorie prêtait le flanc, au point de vue théologique, à de terribles objections, en faisant de Dieu lui-même le créateur du mal. Saint Paul cherche à éviter de telles conséquences, comme on le voit dans le chapitre III de l'Epître aux Bomains ; mais il faut que nous appréciions une telle théorie au point de vue positif : en elle-même, et aussi au point de vue historique, qui est le seul convenable pour juger le catholicisme, dont les conceptions, suivant notre théorie, ne peuvent être bien appréciées qu'autant qu'on les rapporte à leur destination morale et sociale. En fait, la prédestination

existe. Les uns naissent bons, les autres méchants et la masse médiocre. Sans doute l'homme a une puissance modificatrice^ mais elle est elle-même assujettie à des lois. Telle est la loi fatale de la destinée humaine. Tous les vrais grands directeurs de l'espèce humaine l'ont proclamé et compris; et saint Paul plus que tous les autres. Mais, outre ce qu'il y avait de réalité objective, ou scientifique, dans une telle théorie, il faut reconnaître qu'elle était merveilleusement adaptée aux nécessités de la situation correspondante. C'était dans le sentiment profond de leur prédestination nécessaire que les élus choisis par Dieu pouvaient puiser l'énergie, l'audace et la persévérance indispensables à une aussi grande et aussi difficile tentative que celle de changer le monde, en préparant le règne de Dieu. Sans doute, un intime orgueil se trouvait mêlé au sentiment d'une telle vocation, mais saint Paul le maintenait dans de justes bornes, en faisant ressortir que cette grâce qui prédestinait quelques-uns était un don gratuit sans lequel notre misérable nature n'eût pu rien faire.

Il est intéressant de remarquer, comme je l'ai déjà fait observer, que le sentiment d'une telle prédestination a toujours animé les plus audacieux réformateurs, comme on en voit un exemple dans les vrais croyants de Mahomet et les puritains de Cromwell. Nous devons observer que la gratuité de la grâce et la prédestination, conçues comme des faits, n'offrent rien de répugnant; mais qu'elles sont directement révoltantes si on les considère comme venant de la volonté arbitraire d'un être. Sous ce rapport la conception du Dieu chrétien a eu une fâcheuse influence, en présentant le type divin comme consistant au fond en la satisfaction des caprices de la volonté. Et les pouvoirs suprêmes des peuples monothéiques ont trop souvent tendu à réaliser un tel type, heureusement combattu par d'autres conditions qui en

limitaient les plus j\j,Kvnds excès. Lorsque François V" introduit la célèbre formule : Car tel est notre bon plaisir^ il passe à l'état divin.

Nous venons de voir comment In lliéorie de la grâce pose, sous forme théologique, le problème de la nature humaine, et comment cette théorie a historiquement servi pour donner à la minorité catholique la prépondérance dans le monde romain. Mais cela ne suffisait point. Il faut dans toute religion systématique, telle que devait être le catholicisme, une unité de destination déterminant une solidarité d'efforts. Ces deux conditions sont naturellement satisfaites dans le positivisme; car, pour nous le but de la vie humaine est de vivre pour et par l'Humanité au moyen delà famille et de la patrie, en nous perfectionnant sans cesse au double point de vue de la santé et de la moralité.

Le but objectif de notre vie étant néanmoins essentiellement sociologique, la solidarité des contemporains se combine nécessairement avec notre liaison aux ancêtres et aux successeurs.

Mais pour le catholicisme il ne pouvait en être de même; car il est personnel par sa doctrine et n'est social que d'une manière indirecte, comme le démontre son histoire. C'est là sa grande, mais funeste et fatale lacune. Il n'a donc pu coordonner les efforts qu'au nom d'une destination chimérique, qui est la conception de la résurrection finale. Mais elle traçait ainsi seulement un but personnel, et saint Paul n'a pu remédier à ce caractère fatalement égoïste qu'en faisant coexister avec cette conception la théorie mystique de l'unité en Jésus- Christ. C'étaient là deux conceptions juxtaposées l'une à l'autre, mais nullement connexes et intimement liées par la nature des choses. Nous allons dire quelques mots de chacune d'elles en commençant par la théorie de la résurrection et de l'avènement du royaume de Dieu.

Rappelons, en quelques mots, comment les Juifs avaient été conduits à cette singulière théorie de la résurrection des corps. Ils ignoraient complètement la notion de la vie future, et le caractère concret de leur civilisation ne leur avait pas permis de s'élever à la notion abstraite d'âme. Les malheurs nombreux qu'ils éprouvèrent, la non réalisation dans cette vie de leurs espérances les poussèrent à placer dans une autre une compensation des souffrances de celle-ci. Et comme ils ne pouvaient admettre la notion métaphysique de l'immortalité de l'âme, ils furent amenés à la conception de la résurrection des corps. Cette théorie se liait, chez eux, à la croyance à l'avènement du Messie ; aussi Jésus-Christ proclamait-il, à la fois, l'avènement prochain du royaume de Dieu et de la résurrection ctss corps. Saint Paul adopta cette théorie, car il n'est pas douteux que les premiers chrétiens croyaient à l'avènement très prochain de la résurrection; à ce point mêmfe que beaucoup d'entre eux pensaient qu'ils ne mourraient pas avant le retour de Jésus. Par conséquent, saint Paul donnait, comme destination à la grande réformation morale qu'il prêchait, la jouissance prochaine du royaume du ciel, ou, tout au moins, la résurrection pour ceux qui mourraient dans l'intervalle. Il est évident qu'une telle perspective devait donner une ardeur extrême aux partisans de la nouvelle religion : elle a contribué, pour une grande part, à la formation du noyau primitif du catholicisme. Mais la mort de beaucoup de chrétiens, le retard apporté à la réalisation de ces grandes promesses répandaient parmi beaucoup d'entre eux des inquiétudes. Aussi nous voyons saint Paul répondre aux objections qui lui étaient faites, ainsi qu'on le voit dans le chapitre III et IV aux Thessaloniens, et dans plusieurs autres passages.

Cn

|re ÉPITRE AUX THESSALONIENS

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