LIQUE RIEN
Année MsseiliU.
Saint-Luc. ........
Saint -Jacques ....
Saint-Cyprien. ......
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Sainte-Monique ......••*.....«.
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S^-Caiherinede Sienne.
L'abbé de l'Êpée. . .
Claude Fteury. . . .
G. Fox
Bossuet
ment le moyen âge ; toute définition positive de cette nature doit satisfaire à trois conditions: J^le lieu de l'évolution ; 2" la durée de cette évolution ; 3° enfin, sa destination et ses résultats.
Le théâtre de l'évolution qui constitue le moyen âge consiste dans ce qu'on appelle quelquefois, mais bien imparfaitement, la chrétienté, et qu'Aug-. Comte a désigné plus exactement sous le nom de République occidentale.
La République occidentale se compose de la France au centre, de l'Italie et de l'Espagne au sud, de l'Angleterre et de l'Allemagne au nord; bien entendu que ces expressions sont prises dans un sens général indiquant non seulement le pays spécial que rappelle chaque dénomination, mais aussi les annexes qui résultent naturellement d'une même situation géographique. Ainsi, le mot Espagne désigne à la fois l'Espagne et le Portugal; l'Angleterre représente, outre ce pays, l'Ecosse et l'Irlande; et enfin, sous le nom d'Allemagne, nous désignons l'Allemagne proprement dite, les pays Scandinaves et la Pologne ; la Russie étant complètement en dehors de ce groupe occidental.
Si nous voulons maintenant préciser la durée de cette époque, si justement qualifiée de moyen âge, puisqu'elle opère la transition entre l'antiquité et les temps modernes, nous dirons qu'elle va de 400 à 1300 après Jésus-Christ. Le détail même de notre théorie justifiera ces limites chronologiquesassignées par Auguste Comte.
Les phénomènes sociaux, comme tous les autres, étant continus, dépareilles dates ne peuvent servir qu'à indiquer des limites supérieures propres à fixer les idées, à empêcher la divagation, sans qu'on di>ive jamais leur donner une valeur absolue.
Pour compléter notre définition, il faut indiquer, et c'est l'essentiel, les caractères sociologiques du moyen âge ; mais pour bien comprendre la dénomination de
transition affective par laquelle Auguste Comte caractérise cette époque, il faut donner une explication préalable.
Il y a en effet deux choses différentes qui disting-uenl une époque : 1° la modification qu'elle produit dans la constitulion cérébrale et physiolog-ique des individus; 2" les résultats proprement dits de l'évolution. On sait depuis Gall que le cerveau est le siège des fonctions intellectuelles et morales, et celte conception est à la fois consolidée et agrandie depuis les travaux d'Auguste Comte et de ses disciples.
li y a donc lieu de se demander quelle est la modification intime que produit l'aclion prolongée des habitudes propres à une époque; et comme ces modifications se transmettent par la génération, il résulte, par suite de l'activité dominante à chaque période historique, une modification cérébrale organique qui constitue ce que j'ai appelé depuis longtemps une race sociologique; car, dans ce cas, les variétés sociologiques proviennent de l'action lente et accumulée des générations d'après les lois naturelles de l'hérédité.
L'ancienne philosophie métaphysique, qui donnait pour siège aux fonctions intellectuelles et morales la vague entité cime^ ne pouvait pas même soupçonner de telles questions, bien loin de pouvoir les résoudre.
Pour mieux préciser l'action physiologique du moyen âge, il nous faut rappeler quelques-unes des vues d'Auguste Comte sur la théorie de la nature humaine.
Le cerveau nous présente, d'après cette théorie, trois ordres d'aptitudes que l'on désigne sous le nom à^cœur^ il'esprit, et de caractère, ou de sentiment, (ïintellifjencey et à' activité {i).
(1) Tableau cérébral. Toine I, du S;/stème de Politique positive, chapitre 111, relaLit à la Uiulogic. l'age 720.
Le cœur ou le sentiment représente les impulsions, les unes personnelles, les autres sociales, de la nature humaine.
L'esprit ou l'intelligence se compose des aptitudes diverses au moyen desquelles nous pouvons apprécier les choses.
Enfin le caractère se compose des facultés au moyen desquelles l'activité réalise les projets conçus par l'intelligence sous la stimulation du cœur.
La théocratie seule a jusqu'ici satisfait simultanément à ces divers aspects de notre nature, quoique ne procurant à chacun d'eux qu'un développement insuffisant.
L'évolution occidentale se compose d'une suite de transitions qui ont développé chacune plus spécialement l'un de ces trois aspects, en négligeant les deux autres. Auguste Comte appelle ces transitions des transitions organiques, parce qu'effectivement il y a coordination par la prépondérance de l'un des éléments de notre nature. Cette coordination ne peut avoir une grande stabilité parce que deux des éléments sont méconnus ; voilà pourquoi nous appelons ces époques transitions; mais il faut les distinguer de l'évolution purement révolutionnaire propre aux temps modernes.
La Grèce nous a offert la transition intellectuelle ; cette évolution étant, en effet, comme nous l'avons vu, essentiellement consacrée au travail mental.
La civilisation romaine nous présente le plein essor de l'activité et elle se résume finalement dans la proclamation de la subordination nécessaire de la spéculation à l'action ; elle a constitué une race essentiellement active et sociale.
Enfin, le moyen âge a eu pour destination principale la culture directe, mais trop exclusive, du sentiment, proclamé néanmoins comme la source nécessaire de l'unité humaine. De là le nom de transition affective.
Cette culture du sentiment n'était elle-même qu'un moyen d'org-auiser le règlement des forces humaines qui a dû succéder à leur développement dans l'évolution gréco-romaine. A ce sujet, il faut comprendre nettement la différence du régime Ihéocratiquc avec le régime caiholico-féodal. La théocratie, qui a coordonné l'ensemble de la vie humaine, réglait les forces avant leur développement, tandis que le catholicisme l'a fait après une longue évolution préliminaire des divers aspects de notre nature. La nature générale du procédé a donc dû être tout autre dans le second cas que dans le premier. L'uniforme prépondérance de la caste sacerdotale appliquant quelques règles empiriques a pu suffire à la théocratie, tandis que la tentative catholique supposait une organisation systématique, volontairement appliquée, d'après les règles générales, dans l'infinie multiplicité des cas réels, à tous ceux quiy participaient : or, c'est le cœur qui est le centre d'impulsion de nos actes comme de nos pensées. La culture systématique de nos sentiments était donc la condition nécessaire du règlement volontaire de la vie humaine. lia dû résulter delà, dans les masses humaines qui ont appliqué ce système^ une culture de l'intelligence, surtout déduclive ; car si chaque croyant acceptait sans discussion les principes généraux du règlement moral, c'était à lui d'en tirer les conséquences et de les appliquer, dans l'infinie variété des cas, au jugement et à la direction de sa propre conduite et aussi à celle des autres.
C'est ainsi qu'a dû se produire, dans un grand nombre de générations, un profond perfectionnement intellectuel intime des populations correspondantes. Ce perfectionnement s'appliquait à tout le monde; il a, par suite, amélioré la race. Cette action est, comme on voit, tout à fait différente de celle de la civilisation grecque, quia produit, par quelques hommes de génie, les bases indes-
tructibles de toute évolution mentale, mais sans perfectionner profondément les aptitudes intellectuelles des masses.
L'évolution catholico-féodale a développé, sous un autre point de vue, notre constitution cérébrale. Comme le catholicisme réglait les forces humaines, il s'appliquait surtout aux puissants, et, par suite, il a dû surexciter la bonté et le penchant naturel de protection des supérieurs par rapport aux inférieurs, dételle sorte que, si le fétichisme a développé l'attachement, et le polythéisme la vénération, le monothéisme a surtout perfectionné la bonté. Et non seulement les puissants ont participé à ce perfectionnement moral, mais les masses «Iles-mêmes ; puisque la maladie, par exemple, et la souffrance placent ceux qui les éprouvent, par rapport à ceux qui les soignent, dans un véritable état d'infériorité. Telle est la lente mais profonde modification physiologique que le régime du moyen âge a apportée dans notre constitution cérébrale, modification que la génération a transmise et consolidée.
Il nous faut maintenant indiquer sommairement les résultats de la transition catholico-féodale; caria définition du moyen âge par ses résultats sera plus précise et plus scientifique, et moins vague que celle qui résulte de la considération de l'action directement cérébrale de ce régime.
Le premier consiste dans la libération des classes laborieuses. En fait, le moyen âge prend, des mains de l'antiquité, la masse humaine esclave et la transmet libre aux temps modernes. Ce grand résultat incontestable suffirait seul pour mettre à néant les théories révolutionnaires sur le caractère rétrograde du moyen âge.
Le second grand résultat de cette évolution consiste dans l'émancipation domestique de la femme. Ce résultat se caractérise par l'avènement du salon. La fréquen-
lation familière des deux sexes traduit cette émancipation; et l'excite en même temps, tout en poussant à son règlement.
Sans doute ce que nous venons de dire s'applique essentiellement aux classes supérieures; mais le progrès ainsi réalisé par elles s'est graduellement étendu par imitation, à des degrés divers, à la masse elle-même. En outre, dans le cas spécial de la masse humaine surtout agricole, le moyen âge a contribué d'une manière profonde et qui lui est propre à l'avènement social véritable de la femme ; car ce n'est pas l'homme seul qui a conquis la liberté avec la propriété, c'est le ménage populaire ; c'est ensemble que l'homme et la femme sont arrivés à leur véritable émancipation, et ont conquis, avec le concours du catholicisme, cette puissance du gouvernement de soi-même qui rend digne finalement de la liberté.
Untroisièmerésultat essentiel de l'évolution catholicoféodale, c'est l'extension de la société civilisée par l'adjonction de l'Allemagne et aussi de l'Angleterre au groupe occidental, adjonction que Rome n'avait pas pu réaliser, et qui a donné à la civilisation une base désormais inébranlable. D'un autre côté, ce régime nous a offert, sous deux aspects, un type anticipé de l'état normal. D'abord, il nous a présenté le spectacle de nations distinctes, ayant des gouvernements indépendants, réunies, néanmoins, par une foi commune. C'est là ce que le Positivisme réalisera, dans de meilleures conditions, pour la planète entière. En second lieu, l'organisation des fiefs nous a offert le premier grand exemple d'un règlement social de la richesse, conçue comme une fonction et non plus comme un droit. Il est inutile d'insister sur les résultats plus spéciaux et moins importants, déjà signalés du reste par plusieurs penseurs, et qui consistent dans un grand nombre de découvertes spéciales ; ainsi, par exemple, l'invention des moulins à vent, le
développement des routes agricoles, l'invention de l'harmonie, le perfectionnement de la langue philosophique par rétablissement de la scolastique, etc., etc.
Pour préciser la notion du moyen âge, il faut distinguer les deux éléments qui le constituent, et qui sont le Catholicisme et la Féodalité. L'un représente l'élément spirituel, et l'autre l'élément temporel. Ces deux éléments sont, sans doute, profondément distincts; néanmoins ils sont aussi intimement connexes: d'abord comme ayant coexisté en un même point du temps et de l'espace, et aussi comme étant émanés de la même situation antérieure, comme l'a établi la théorie d'Auguste Comte, seule réelle et, par suite, complète.
Mais, pour apporter plus de précision dans la conception du moyen âge, il est nécessaire d'indiquer sa décomposition et ses phases principales. La première phase va de 400 à 700; elle nous présente l'établissement fondamental du régime propre au moyen âge. La seconde phase va de 700 à 1000; elle est essentiellement caractérisée par les guerres défensives contre les polythéistes du Nord, et leur incorporation à la société civilisée par l'action combinée du catholicisme et du pouvoir militaire; ce qui constitue un immense progrès sur la méthode romaine, du reste préalablement indispensable. Enfin la troisième, qui s'étend de 1000 à 1300, est surtout caractérisée par les guerres contre le monothéisme islamique et par l'avènement décisif de la papauté au sommet de la hiérarchie occidentale; ce qui donne le type prématuré, mais indispensable, de la division des deux pouvoirs. Ce que nous venons de dire montre l'immense importance du régime du moyen âge. L'on peut même dire que c'est là le véritable nœud de la philosophie de l'histoire, puisque c'est dans cette période que s'opère la transition de l'antiquité aux temps modernes. Et, h cet égard, on peut dire que l'aptitude aux hautes médi
talions historiques se juge d'après la manière dont on sait apprécier le moyen âge, et ceux qui le méconnaissent donnent, à cet égard, spontanément leur équation. Aussi est-il tout naturel qu'Auguste Comte ait constitué, dans le calendrier positiviste , la glorification complète de cette grande époque. Il y a consacré deux mois, le premier est réservé au Catholicisme, le second à la Féodalité. Le mois du Catholicisme est consacré à saint Paul, celui de la Féodalité à Charlemagne. L'exécution même de ce cours justifiera dételles décisions. Telle est la vue, la plus générale que nous pouvions donner, d'après Auguste Comte, de l'ensemhle du moyen âge. L'on peut dire qu'avant ce grand philosophe, il y avait des travaux spéciaux, mais aucune théorie vraiment scientifique de cette grande transition.
Les philosophes de l'école catholique, de Maistre et Donald, avaient tenté, sans doute, une théorie remarquable, quoique insuffisante du Catholicisme; mais ils avaient complètement méconnu la Féodalité. Quant à la Féodalité elle-même , elle avait donné lieu aux admirables recherches spéciales de Du Gange, Muratori, etc., qui serviront de base à toute véritable théorie scientifique, mais qui n'en dispensent pas. La seule tentative, à ce sujet, est due à notre éminent Montesquieu. Mais, outre que sa théorie est incomplète en elle-même, il a négligé la relation du Catholicisme avec la Féodalité ; par suite, sa théorie n'a pu avoir qu'une valeur purement préliminaire. Auguste Comte a seul constitué une théorie vraiment scientifique : Til a considéré les deux éléments du moyen âge en eux-mêmes et dans leurs relations; 2" il a établi que le moyen âge n'est pas une rupture de la continuité humaine, et que, tant au point de vue féodal qu'au point de vue catholique, il émane du régime antécédent; 3° il a montré le rôle purement transitoire de ce régime; 4° enfin, il a fait voir comment les temps
modernes émanaient spontanément, sous le poids des antécédents, du régime même du moyen âge.
Nous avons donné une idée générale de cette troisième transition de l'évolution occidentale, mais notre préambule à l'appréciation concrète des grands types de cette époque serait insuffisant, si nous no donnions pas une vue plus spéciale des deux éléments du moyen âge, le Catholicisme et la Féodalité. C'est ce que nous allons faire.
IL — Vue générale de l'cnsetriblê du Catholicisme.
Je dois d'abord indiquer le caractère général de la théorie positive du Catholicisme. Nous éliminons, bien entendu, la conception théologique d'après laquelle ce serait un phénomène miraculeux dû à une intervention plus ou moins intermittente de Dieu. Nous repoussons, non moins fortement, la théorie métaphysique d'après laquelle le Catholicisme aurait été une longue conspiration contre l'Humanité, ou, toutau moins, une succession d'accidents nullement assujettis à une loi régulière. Pour nous le Catholicisme est un grand phénomène social qui, surgi fatalement, dans des dispositions fondamentales, de l'ensemble des antécédents, a servi, sous l'action d'esprits éminents, à l'évolution de l'Humanité. Et, comme les évolutions transitoires, il a eu sa naissance, son plein éclat et sa décadence, le tout réglé par une loi nécessaire d'évolution. J'ai, depuislongtemps, formulé un des caractères fondamentaux de cette théorie en disant que le Catholicisme est^ en fait^ une religion à la fois locale et temporaire.
11 est nécessaire d'indiquer d'abord d'après quelle règle générale est constituée la théorie catholique. Toute doctrine positive doit être, a dit Auguste Comte,
réello et ulilc ; et ces deux contîilions sont aussi indispensables l'une que l'autre. Mais la théorie générale du Catholicisme devait être nécessairement théologique, puisque l'état de l'esprit humain ne comportait, à cette époque, aucune autre conception mentale. Or, les théories théologiques sont nécessairement subjectives, et, à ce titre, elles ont une profonde flexibilité qui leur permet, sous une digne impulsion sociale, de se prêter aux nécessités des situations correspondantes. Or, c'est là le grand caractère que nous présentent les conceptions catholiques. Elles ont été construites, non d'après leur réalité, mais d'après leur utilité. On les a graduellement introduites d'après une vue nette de leur destination morale et sociale, en respectant, bien entendu, l'harmonie logique qui leur permettait de coexister ensemble. Il est inutile d'ajouter que ceux qui ont coopéré à une telle construction l'ont fait avec une profonde sincérité; car, outre qu'il est absolument impossible de faire de grandes choses, dans l'ordre moral et social, sans une profonde conviction, une loi générale de philosophie première nous rend compte de ce phénomène.
Cette loi est la suivante : Uesprit humain est spontanément disposé à croire à la vérité objective de toute conception dont l'harmonie logique ou l'harmonie sociale lui apparaît comme évidente. C'est en nous plaçant à ce point de vue que nous pourrons sagement apprécier l'admirable construction graduelle d'une série de dogmes nous offrant souvent la plus grande étrangeté mentale, mais vigoureusement coordonnés pour une môme destination morale et sociale. Ainsi s'expliquera, à la fois, l'efficacité du Catholicisme et sa durée purement transitoire. Il faut du reste remarquer qu'au moyen de ces conceptions subjectives, ces sages directeurs de l'espèce humaine ont coordonné un nombre immense d'observations réelles sur notre nature. Et, d'abord, voyons
quelle était la destination générale de la doctrine calliolique.
La destination du catholicisme était, conformément aux nécessités de la situation du monde romain, au moment de l'empire, de constituer une religion universelle ; destination que caractérise, du reste, le mot catholique qui veut dire universel.
Il s'agissait, en effet, de constituer une doctrine qui -organisât une morale universelle, commune aux deux sexes, à toutes les classes et à toutes les parties du monde romain,
La situation exigeait et permettait à la fois l'avènement de cette religion universelle. Sa base mentale a dû être nécessairement le monothéisme^ car ce ne pouvait être la métaphysique, livrée par sa nature à toutes sortes de divagations, finalement individuelles, et ne comportant pas, par conséquent, ce concours de diverses intelligences, base de toute organisation sociale; ce ne pouvait être non plus la science, trop peu développée à cette époque, puisqu'elle n'embrassait que les deux premiers termes de la hiérarchie encyclopédique : la mathématique et V astronomie, même incomplètement développés, puisque la mécanique faisait absolument défaut.
La théologie seule pouvait donc fournir la base d'une lelle religion; mais le caractère local et national du polythéisme lui interdisait la généralité, indispensable à une religion qui devait être tout au moins commune à toutes les parties de l'empire romain.
De plus, le monothéisme seul peut, parmi les doctriaes théologiques, servir de fondement à une véritable systématisation morale ; enfin, ce monothéisme devait •être conçu comme révélé, la révélation seule pouvant donner une autorité indiscutable à une doctrine qui, au fond, ne comporte pas de discussion et pousse néanmoins à d'infinies divagations. L'avènement de cette
relig-ion a fait surgir, en outre, dans l'organisme social, le principal progrès qu'il puisse comporter, savoir la division des deux pouvoirs, l'un temporel qui dirige les actes et qui a pour sanction finale la force, l'autre spirituel qui agit sur les sentiments et les idées et qui a pour sanction l'opinion.
L'avènement de ce pouvoir spirituel était indispensable, puisqu'une morale vraiment universelle, applicable à la fois aux puissants et aux faibles, ne peut être enseignée et appliquée que par une puissance différente du pouvoir politique et suffisamment indépendante de lui. Pour qu'une telle puissance fut vraiment efficace, il était indispensable qu'elle fût organisée en une hiérarchie puissante finalement dirigée par un chef unique. Mais si une telle organisation était nécessaire, on peut dire aussi qu'elle était plus ou moins inévitable, car la religion universelle surgissant graduellement par des efforts volontaires, au milieu du monde romain, devait donner une notoriété indépendante du pouvoir politique à ceux qui présidaient à un tel mouvement. D'un autre côté la puissance de Rome et le spectacle de la puissante organisation impériale devaient naturellement servir de type à ceux qui fondaient une telle construction. D'un autre côté la même situation qui poussait les plus actifs et les plus dévoués à réaliser une telle construction disposait la masse humaine à l'accepter; car la différence, au fond, des initiateurs au public consiste dans une différence d'intensité et surtout du passif à l'actif.
Il ne faut pas oublier, du reste, que l'évolution romaine avait créé une race sociale admirablement apte pour concevoir et exécuter.
La sanction définitive de cette organisation religieuse devait être la vie future. Le Positivisme seul pourra coordonner les intérêts réels d'une manière générale et non, comme le font les gouvernements temporels, pu-
renient empirique. Mais une religion monothéique, par le caractère subjectif de son dogme, ne peut jamais opérer réellement une telle coordination.
Par conséquent, le sacerdoce catholique" ne pouvait se poser comme distinct et indépendant du pouvoir temporel, organe des intérêts réels, qu'en faisant des intérêts chimériques son domaine exclusif. Il faut, d'ailleurs, remarquer que, depuis Platon, la considération graduelle de la vie future était devenue prépondérante, surtout depuis que les préoccupations civiques et nationales perdaient de leur intérêt et disparaissaient même complètement dans la grande unité romaine.
Enfin, cette religion, comme toute autre, devait avoir un culte. Nous verrons bientôt comment elle a satisfait à cette condition, et nous admirerons avec quelle sagesse ces directeurs spirituels de l'Humanité ont su s'approprier toutes les grandes constructions sociales do leurs prédécesseurs.
Tel est l'ensemble des conditions générales auxquelles a dû satisfaire le catholicisme.
Pour terminer ces considérations préliminaires nous devons indiquer d'une manière générale la construction du mois consacré par Auguste Comte à l'idéalisation concrète du Catholicisme.
Nous avons vu que ce mois est sous l'invocation de saint Paul, véritable fondateur, comme nous l'expliquerons bientôt, du catholicisme. Le niois^ comme à l'ordinaire, se compose de quatre semaines. La première est consacrée à saint Augustin et représente l'élaboration dogmatique. La seconde à Hildebrand qui nous représente l'élaboration politique. La troisième, sous le patronage de saint Bernard, représente surtout la construction monastique ; tandis que la quatrième, consacrée à Bossuet, nous montre la digne décadence.
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