SCENE VIII
PIPELET, ASTASIE, PRIMEROSE, puis BLUETTE.
PIPELET, se jetant dans un fauteuil. Ah ! renégat de Gabrion ! m'aura-t-il abreuvé de fiel! j'en deviendrai maniaque... au point de croire qu'on me demande encore le cordon... ce devait être une illusion de mes oreilles...
ASTSiE. Oui... nous nous sommes induits.
PRIMEROSE. Moi ! pourquoi accuser toujours M. Gabrion... ce jeune homme m'aime... et si vous aviez consenti à nous unir...
PIPELET. Te donner Gabrion pour mari... je préférerais te voir épouser l'éléphant de la Bastille... s'il était encore sur ses pattes...
ASTASIE. Un intrigant qui périra sur l'écbafaud !
PIPELET. C'est mon rêve!., c'est ma chimère Tasie!.. mais il y a bien longtemps que je me berce de ce fol espoir.
PRIMEROSE. Eh bien ! c'est joli...
PIPELET. Oui, Mademoiselle... c'est mon espoir et... Ah çà, mais on gèle ici... la fenêtre est ouverte... le feu éteint...
ASTASIE. Et le poulet mangé... le café pris... Comment, Primerose, vous avez dévoré tout le déjeuner sans nous attendre!
PRIMEROSE. Mais, ma tante, 'je n'ai rien pris... il sera entré des chats ici...
PIPELET. Des chats ne prennent point de café noir... Bluette, Bluette... je veux le mot de cette charade...
BLUETTE, arrivant essoufflée. Ah! me v'ià, moi... ouf, j'en peux plus!., je viens de la barrière des Rats... j'ai trouvé la Poule homicide, et j'aj remis la lettre à M. Loulou...
PIPELET. Qu'est-ce que tu viens nous chanter avec tes poules, tes rats et tes loulous... il ne s'a-, gitpas de tout cela... voyons. Mademoiselle, répondez : Pourquoi gèle-t-on ici?., pourquoi le déjeuner est-il dévoré... est-ce qu'il est entré un ogre chez moi?
BLUETTE. Comment, vous ne devinez pas! ce que ça signifie !.. ah! êtes vous godiches.
PIPELET. Comment, domestique... vous osez!..
ASTASIE. Elle nous appelle godiches.
BLUETTE. Pardon... je voulais dire bête...
PIPELET. Hein ?..
BLUETTE. Non... mais c'est que vous me troublez aussi... Pardi, c'est votre ami Piedegrue qui est arrivé, et v'ià tout le mystère...
PIPELET. Piedegrue... impossible... le bateau qui le portait a sombré, et ce pauvre ami doit avoir été la proie des requins qui infectent le canal de rOurcq.
BLUETTE. Pas du tout, il n'est pas venu par eau . . . vu qu'il ne boit que du vin pur, et il est arrivé», à preuve que y'ià sa malle» qu'il s'est régalé d^
de votre déjeuner efc qu'il est maintenant dans la chambre de Monsieur où il fait dodo.
ASTASiE. Il serait vrai... ce pauvrejPiedegrue aurait surnagé^ il aura fait la planche.
PIPELET, Puisqu'on te dit qu'il n'est pas venu par eau... J'ai envie pendant son sommeil d'aller déposer un baiser sur sa fossette... il en a une au menton...
ASTASIE. Allons-y tous deux.
PRIMEROSE à part. Ah ! je tremble...
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