CABRION, PRIMEROSE
Cabrion, oui, c'est lui !
Quand on croit qu'il déménage,
Il revient, c'est l'usage, Pour vous revoir aujourd'hui.
BLUETTE, à part. Je me sauve à ma cuisine. (Elle sort.)
PIPELET. En croirais-je mes yeux!.. Cabrion installé chez moi, Cabrion dans ma robe-de-chambre... coiffé de ma calotte...
ASTASIE. Il ne respecte rien le gueusard !
PRIMEROSE. Ah! ma tante!..
CABRION. Daignez m'écouter, respectable Pipelet. (// secoue sa pipe sur l'épaule de Pipelet )
PIPELET. Veux-tu bien secouer ta pipe ailleurs, homme sans usage... Cabrion, monstre chargé de crimes, de quel droit as-tu envahi mon domicile...
CABRION. Monsieur Pipelet... et vous, femme charmante... c'est pour votre nièce que je dis cela, madame Pipelet, laissez-moi m'expliquer...
PIPELET. Je ne veux rien entendre! je t'ordonne de vider les lieux.
CABRION. Ah! monsieur Pipelet qu'exigez-vous de moi.
PIPELET. Alors je vais courir chez le commis- :saire...
CABRION. Avant d'en venir à des extrémités qui répugnent à la gravité de mon caractère... le ciel m'est témoin que j'ai tout fait pour réussir près de ,'vous par les voies de la douceur.
ASTASIE, Lesvoiesde la douceur... saltimbanque effronté!..
CABRION. N'abusons point des épithèles, aimable Astasie ; vous possédez une nièce jeune et jolie... j'en tombe épris; elle ne tarde pas à partager mes feux, où est le mal ?..
PIPELET. Ma nièce t'aimer !.. c'est faux !..
PRIMEROSE. Mais si, mon oncle, je l'aime.
ASTASIE. Ce n'est pas vrai !.. vous adorez le saumon, sauce aux câpres... voilà ce que vous aimez.
CABRION. Bref, qu'ai-je fait : J'achetai des gants paille, un chapeau gris, un pantalon à carreaux, une cravate rouge, et dans cette tenue chicarde, j'allai vous demander la main de Primerose... en vous promettant de jeter un voile sur le passé... vous savez... de ne jamais dire que vous aviez tiré... le cordon, s'il vous plaît...
PIPELET. Infâme serpent!., c'est toi qui tout à l'heure m'a corné ces mots aux oreilles... j'en suis sûr maintenant.
CABRION. Et pour récompenser ma discrétion, vous me congédiez de votre immeuble... ah ! fi!., ce n'est pas gentil!., moi qui consentais à loger n'importe où... sur votre paratonnerre, si vous en aviez un !.. C'est alors que me trouvant sans gîte et sans autre mobilier que cette malle, modestement bourrée, je me suis décidé à venir loger chez vous, où je resterai jusqu'à ce qu'il vous plaise de m'accorder votre nièce...
PIPELET. Ah ! tu prétends rester chez moi de force... nous allons voir cela.
ASTASIE. Va chez le commissaire, vieux chéri, et rapportes-cn quatre hommes et un caporal.
PRIMEROSE. N'y allez pas, mon oncle.
PIPELET. Taisez-vous, nièce sans mœurs !.. Astasie, emmène-la... ne restez pas exposées à la lubricité de ce caméléon... dans dix minutes je re viens avec le commissaire.
CABRION. Sans le commissaire... Je parie ma fortune contre la vôtre, c'est-à-dire mes trois pipes contre votre immeuble, que vous ne le ramenez pas.
PIPELET. C'est ce que tu vas voir, satyre!
ENSEMBLE
Air : Zanetta.
Âh ! tu veux braver ma colère, Nous verrons qui l'emportera !
Bientôt j'amène un commissaire, Et d'ici l'on te chassera,., (Pipelet sort; Astasie rentra à gauche avec Primerose.)