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L'AMITIE DES FEMMES

J'ai pénétré dans le temple de l'amilié : j'y ai vu les médaillons de Castor et Pollux , d'Oreste et Pilade , de Thésée et Pyritlioiis ^ de Damon et Pytliias, de Njsus et Euriale^ de La Fare et Chaulieu. Voilà sans doute peu de vrais amis, dira l'un ; en voilà beaucoup dira l'autre ; car on sait que

Rien n'est plus commun que le nom , Rien n'est plus rare que la chose.

La Fontaine.

Mais ce qui m'étonne , c'est d'avoir cherché vainement parmi cette collection les portraits de quelques femmes.

Us sont tous dans la galerie des amours : on dit même qu'ils y changent souvent de place. Pourquoi ne sont-ils que là ? est-ce que ces dames sont incapabîts

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de serrer entre elles les nœuds d'une amitié solide ? Je le crains , et même je le crois.

Les femmes sont faites pour l'amour; puisqu'elles sont faites pour devenir mères, et ce sentiment, dès que l'âge lui permet de naître , s'empare de leur Ame toute entière; elle n'a plus de place pour l'amitié'. Je pardonne à trois pensionnaires inge'nues de s'y me'p rendre, et de croire que si le Grand Seigneur voulait bien les e'pouser , elles pourraient continuer de vivre dans la même intimité. Elles se trompaient. Le mouchoir n'eût pas été plutôt offert à l'une , que la jalousie aurait dévoré les deux autres ; «t partout où la jalousie se montre, l'amitié s'enfuit.

Voltaire peint deux belles liées dès leur tendra enfance , et marchant de concert , en s'accablant de caresses j vers le temple de l'amitié. Hélas !

Toutes les deux avaient le mémeamant.

A son nom seul , ô merveille soudaine!

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Lise el Cliloé prirent tout doucement Le grand chemin du temple de la haine.

Temple de V amitié.

Chaque jour realise ce tableau parmi nous. Qu'un jeune homme à marier survienne dans un cercle de jeunes fillesaussitôt , toutes n'auront des yeux que pour lui, toutes seront anime'es du désir d'attirer ses regards sur elles • toutes cesseront d'être amies et deviendront rivales.

Et ne les blâmons pas : elles cèdent à l'impulsion de la nature. Pourquoi a-telle pris chez l'amour , la pâte dont leur cœur a été pétrie.

L'hymen ne les rend pas a l'amitié.

Elles n'ont comme les hommes , ni cette multitude de distractions et d'affaires qui font diversion aux sentimens amoureux; ni cette fermeté de caractère et d'attachement qu'exige l'amitié, et qui est incompatible avec la mobilité de leurs nerfs. Les unes, qui se piquent de bonne conduite, concentrent leurs afTcc-

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lions dans leur inLérieur ^ entre des cnfans et un époux j c'est là ce qu'on nomme le devoir , mais ce n'est pas là ce qui s'appelle l'amitié. Les autres ont des compagnes de plaisirs et point d'amies, des amans et point d'amis.

11 en est pourtant à qui l'amitié fait sentir sa douce flamme ,• mais elle ne s'allume pour une femme qu'à l'approche de son automne , et ce n'est presque jamais avec une personne de son sexe qu'elle en partage la chaleur. Elle veut un ami sûr , elle a besoin d'un confident discret , un homme est ce qui lui convient : Encore , faut-il pour donner à oette haison tous ses charmes , que l'amour , suivant l'expression de Fontenelle , ait autrefois passé parla.

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