‹ Le CauseurChapitre 6 sur 63 · K C AU J E U n · texte numérisé non relu

K C AU J E U n

ferons pavlis qui divisaieal l'Angleterre, qu'il était de son bord. Si les uns ou las autres venaient à concevoir quelques doutes sur ses intentions, son ascendant sur eux était si puissant, qu'ils auraient iail (le vains efforts pour suivre une autre impulsion que celle qu'il leur donnait à leur insçu. Inipe'nétrable , même pour les partisans de la cause qu'il servait, parce qu'il craignait leurs inconséquences et leurs indiscrétions, il possédait le secret de les encourager, de flatter leurs espérances , de les porter à le seconder, tout en les laissant dans l'incertitude sur ses vues.

Un homme de ce caractère pouvait seul consommer le grand-œuvre ô.e la restauration chez les Anglais, égarés i)ar l'esprit de faction , et livrés à toutes les agitations de l'anarchie.

Georges Monck naquit le 6 décembre i6g8 , à Potheridge , ancien fief de ses ancêtres, dans le comté de Devonshire, d'une noble et illustre famille alhée aux Talljot. Avant que sa dix - septième

année fut révolue , il se livra à la profession dos armes. Jl servit d'abord en Angleterre, alla chercher ensuite l'expérience militaire dans les Pa vs-Cas , s'y vit bientôt à la Icte d'une compagnie, y resta plusieurs années , et fut employé dans nombre de sicijjes et de combats. Au premier bruit de la fi;uerre contre l'Ecosse, en iC38 , il rentra dans sa patrie et obtint le grade de lioute^ ïiant-colonel. Après la déroule de Ne^Al'kum , il donna ^ par une belle manœuvre , à l'armée Anglaise , le temps de se ralher et de continuer paisiblement sa retraite àDurliam. Lors de la rébelhon de l'Irlande, il y fut appeléavecle grade (de colonel et le commandement d'un régiment. Les royalistes ayant été vaincus par le chevalier Fairfax , général du parlement , Monck fut fait prisonnier le i5 janvier i644- U souffrit pendant plusieurs années, dans la tour de Londres, toutes les rigueurs de l'indigence et de la captivité ; ce ne fut qu'après la fnoTt de Charles 1". et la réduction ab-

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soliie des royalistes , qu'il obtint sa liberté.

Alors , entraîné par la force des circonstances, Monck servit le parlement, qui lui donna le commandement général des troupes britanniques dans le nord de l'Irlande. Cromwel le choisit ensuite pour Taccompagner dans son expédition contre l'Ecosse, et le nomma iieutenant-général de raitillerio. Le 5 septembre i65o, ce lut à Monck que les Anglais durent la victoire à la bataille de Dund3ar. En quittant l'Ecosse, Cromwel lui en remit le gouvernement.

Monck parvint à soumettre entièrement ce rojaume, et à exécuter le projet de sa réunion à la république d'Angleterre. 11 gouvernait les Ecossais avec sagesse, et se faisait aimer de tous les partis , quand, en i652, lors delà déclaratic^n de guerre contre la Hollande, on lui confia le commandement de la flotte. Quoique étranger au service de mer, il y développa des talens et des connaissances

extraordinaires, et fut victorieux dans deux combats navals, dans l'un desquels k' célèbre amiral Hollandais Tromp fut tué.

De nouveaux troubles ayant e'claté en Fxosse, on y envoya le général Monck pour la seconde fois; il y vécut plusieurs années comme un père au milieu de ses cnfans.

Cependant Cromwel meurt. Son fils Richard lui succède. Monck proclame en Ecosse le nouveau protecteur. Biejitot l'état se trouve divisé en quatre factions : celles de Richard , du pféuéral Lambert, qui veut s'emparer du protectorat ■ des républicains irréformablcs qui se prononcent pour le gouvernement populaire, et des serviteurs du Roi qui travaillent à relever le trône. De ces quatre partis le premier succombe d'abord ,• le fils de Cromwel est chassé,- le parlement, qui a fait mourir Charles F'., est rétabli; mais Lambert ne tarde pas à le détruire en transférant

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la puissance à rarmëe ; d'un autre cote' , les royalistes déploient sans succès leur zèle pour leur souverain.

Monck reçoit une lettre du Roi, la communique à son vieil ami Guillaume Morris , et le consulte sur la résolution qu'il doit prendre. Morris lui répond que la nation entière attend de lui sa délivrance, et il emploie les arguraens les plus décisifs en faveur du Roi.

Monck ol)jecte son insuffisance, le peu de fond qu'il peut faire sur une génération toriue et perverse, ; mais il jure de se dévouer tout entier pour la cause royale.

Alors commence le clief-d'œuvre de prudence,d'liabileté, de courage, de politique profonde et modéréequi , au milieu d'une nmltitude infinie d'obstacles, doit assurer le succès du nolde dessein que Monck a formé. L'impassible général marclie à travers tous les partis sans s'y mêler, en les assoupissant et les déconcertant par une conduite mystérieuse ^ impénétrable, qui le mène à son buf^ tout en paraissant l'en éloigner.

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Lorsqu'il fait de grands préparatifs de guerre en Ecosse et marche contre l'armée de Lambert, rancien parlement croit que c'est pour punir ce général d'avoir usurpé l'autorité souveraine.

Pendant ce temps , les émissaires de IMonek, ignorant qu'ils agissent par lui, ont loiiles les facilités quils peuvent désirer pour rojaliser les habita ns de Londres, et Monck feint à l'égard des royalistes beaucoup de rigueur. Après qu'il a vaincu Lan;bcrt, une grande contestation s'élève entre le parlement et la ville de Londres -, il se promet bien de la mettre à profit, alin de se rendre maître de la capitale. La sagesse avec laquelle il exécute le plan quil s'est tracé, lui assure un plein succès :il entre dans Londres en triomphe , étudie le terrain, ctacquiertla certitude quela dissimulation dont il a usé est plus nécessaire que jamais, et que pour détruire, d'un même coup, les plus grands ennemis du Roi et mettre ses amis en état de se déclarer, il faut laisser au parle-

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ment et à la vliic le temps de s'aii^iir encore davantage qu'ils ne le sont 1 un Contre l'autre.

L'événement prouva f{ue le pre'vojant général avait bien calculé. Par sa tyrannie le parlement aliène entièrement la ville contre lui- elle prend la résolution de ne plus payer d'impôts.

Le parlement alors cliarge Monck d'exercer contre tîle des mesures très-rigoureuses. Monck les exécute ponctuellement, mais avec tant d'adresse, que tout l'odieux en retombe sur leurs auteurs. Il mène les clioses au point que les principaux magistrats et officiers, indignés des vexations que l'on éprouve , le supplient d'y mettre un terme;.

Le moment est donc venu où Monck peut, sans craindre de compromettre le succès de son entreprise, faire augurer que le retour du Roi est peu éloigné, et qu'on n'y trouvera désorm.ais que de faibles obstacles. Le peuple manifeste la satisfaction la plus vive de 1 heureux espoir qu'on lui donne. Le parlement

iisiirpalour est dissous. La charge de geiicralissimc , confiée à Monrk, lui procure le moyen de faire dans les troupes un reste de reformes utiles et de former un nouveau parlement favorable au Roi.

Le 2 5 avril \C)(\o , ce parlement libre, complet et convoqué selon les formes voulues par les lois, s'assemble. Une lettre et une déclaration de Charles lui sont présentées, les plus vifsapplaudissemens les accueillent. Monck les fait promulguer solennellement. L"ivrcsse de la joie est îi^énérale, la nation toute entière semble se porter au-devant du Roi. A la tcte d'un j^rand nombre de seigneurs et de citoyens de Londres , Monck est chargé de l'honorable mission d'aller le recevoir à Douvres.

Dès que Charles fut de retour dans îa capitale du royaume, tout rentra dans l'ancien ordre de choses • la nation Anglaise retrouva le repos sous la protection m.éme du gouvernement qu'elle a\ ait prosciit. Monck fut magnifique-

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încnt récompeiii;c. Le Roi le combla de richesses et de titres , dont les principaux furent ceux de duc d'Albemarle et de capitaine-général de toutes les forces britanniques.

Après avoir re'talili la monatcliie, le divc d'Albemarle se fit un devoir d'en affermir les bases , il apporta à ce travail toute la sagesse qui le distinguait , et , par les services qu'il rendit ensuite au Roi, il lit voir combien il était digne de toutes les faveurs qu'il en avait reçues.

En 1 665 , la peste be déclare à Londres et fait le tour du royaume. Lorsque tous les grands et les gens riches fuient de la capitale , Monck reste au milieu de la contagion , il se rend le gardien des propriétés particulières ^ empêche que la ville ne devienne le théâtre du pillage et maintient le bon ordre par une police répressive ; enfin , de concert avec les magistrats , il s'occupe, nuit et jour, avec tout le zèle de l'humanité , des moyens de mettre

un terme à ce fléau destru( teiir. Tl tlnrait encore, ({nanti un antre fléau vient s'y Joindre : la guerre recommence entre l'Anglclerre et la Hollande. i\!onck y Tole et y soutient l'iioniieur du pavillon britannique.

Ici finit la carrière militaire et politique de ce i^raïul lioninie. Qiulque temps après, le 3 janvier 1669, il mourut d'bydropisie , après avoir été visité par le Roi , vivement affligé de la perte quil allait faire.

L'histoire delà vie du général Monck a été écrite en anglais par Thomas Gumble , son chapelain , qui ne l'avait pas quitté jusqu'à sa mort. Guymiège traduisit, en i6'y2, cet ouvraii^e en français : cette traduction a été laji unie et augmentée de plusieurs faits, tiri's de diflférens historiens, par M. des Vaulx , baron d'Oinviile.

M. des Vaulx trouve entre la restauration de l'Angleterre et celle de la France une grande ressemblance ; nous ne sommes jpas de sod avis. En efïtl ,

toutes les puissances do l'Europe ont concouru d'un commun accord au rctabissement de la maison de Bourbon , tandis quVn Aiii^bterre un S"nl ciloyeii a tout fuit. La famille fugitive des Stuarts ne trouva pas une seule puissauce qui voulût ou qui pût servir Irr cause des souverains en lui prêtant dc<; secours. Toutes, au contraire, avaient contrai te des alliances avec les ennemis de cette famille infortunée, il y en eut même qui conçurent la pensée de tirer parti de ses malheurs : Charles II était sur les terres cl'EspaiJine lorsqu'on s'occupait de lui rendre sa couronne : eh bien ! il fut obligé de les quitter furtivement, parce que , loin de soniïeràliii être utile , le îi;ouvei*nement espai;nol ne l'aurait laissé soi tir qu'à des conditioiis contraires à ses intérêts et à ceux de ses peuples, il n'v a donc entre ces deux restaurations aucune ressemblance.

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