‹ Le cavalier servant, ou, Les moeurs italiennesChapitre 11 sur 16 · ADOLPHE, COSIMA, ANGIOLA · texte numérisé non relu

ADOLPHE, COSIMA, ANGIOLA

ANCioLA, accourant.

Ah ! mon ami, mon Adolphe, que tu es aimable !..' l^qqA

COSIMA, à part.

Par exemple!;» elle prend bien son temps. • = "

ADOLPHE

Que veux-tu dire?

ANGIOLA, montrant un collier sur son «^m;^"*^"^ *^*"

Celle surprise. . . ce cadeau qu'on m'apporte à Pinstant même.

COSIMA

Ah! le beau collier!.. .Iti^è J8î*\*

ADOLPHE

Quel est l'insolent qui a osé se permettre?..

ANGIOLA

^ ., ., , . ^ I , • o jmmo> i i i'i«''

Quoi ! il ne vient pas de toi ? , • j . • -^

COSIMA

De lui?.. Comme si on donnait à sa femme le superflu j quand on .veut la priver du nécessaiçer^^;^^^^;, ^^^^^ ,-.t,iu .i..a»..

ANGIOLA

Alors, de qui donc?..

COSIMA

Tu ne devines pas?., de tpn cavalier servant, ,,41,5 .

ADOLPHE

Il ne manquait plus que cela.

COSIUà.

Et maintenant, il ne manque plus rien du tout. Oh! comme ça te ya bien!

ANGiOLA, avec coquetterie.

ïu trouves?..

ADOLPHE

Est-ce que tu accepterais ?

COSIMA

Pourquoi non?.. Accepter , c'est notre plus beau privilège... c'est même un devoir. . . le préliminaire qui consacre un engagement formel et irrévocable, comme la corbeille dans un mariage.

ANGIOLA

Au fait, mon ami^ d'après les conseils de ma tante...

ADOLPHE

Si vous disiez ceux de votre coquetterie.

ANGIOLA

Ciel!., quel reproche !.. m'appeler coquette!

COSIUA.

Appell€«!e tyran : c'est la réponse de notre sexe.

ADOLPHE

Tyran!., voilà ce qui vous trompe. Je n'exige rien... et, ii l'idée de me faire de la peine n'arrête pas mon Angiola . . .

ANGIOLA

Ma chère, il dit que ça lui fera de la peine.

COSIMA

Il faut bien qu'il dise quelque chose.

C'est égal.

ADOLPHE

Charmante l..

COSIMA

Elle cède!., voilà comme on tombe sous le despotisipe. C'est la faiblesse qui perd les nations. . .et les femmes...

ADOLPHE

Ecoule, ce présent que m'a fait l'Impératrice, et que tu admirais hier, ma riche agraffe en diamants, elle est à toi.

ANGIOLA, sautant de joie.

Vrai?..

ADOLPHE

Oui, en échange du coHier... que tu vas rendre.

A^GiOLA.

foui de 5uiie. . . « 'cjl-à-dirc. . . sitôt, la fâcherait mon

cavnlifir. . . non pas que je tienne à loi. . . Mais, comme c'est le choix de ma tante... Pins tard, vois-tu, quand nous serons bien familiers ensemble.

ADOLPHE

Ensemble !.. Qu'est-ce que tu dis donc?

ANGIOLA

Oui... dans cinq ou six mois...

cosiMA, riant.

Aye ! aye !

ADOLPHE, â part.

Diable!... nous ne nous entendons plus... (haut). Pardon, ma bonne amie, c'est qu'au contraire, j'espérais... je roulais te prier...

ANGIOLA

De quoi donc?

COSIMA

C'est tout simple. . . ces Messieurs, dès qu'on faiblit sur un point, ils passent tout de suite à un autre. Aujourd'ui, on te retranche ton cavalier; demain, ce sera l'église; après-demain, le confesseur... enfin, tous les agrémens de la vie.

AN6I0LA

Quoi. . . Adolphe, tu aurais l'intention?...

COSlMA.

De te refaire daios ton méucge un second couvent, an célibat conjugal.

ADOLPHE

Du tout... je le répèle, elle est libre ; qu'elle sorte, qu'elle se promène à son gré, mais. . .

COSIMA

Mais seule, ou avec son mari... et Dieu sait l'effet que rn produira dans Florence; comme on va vous montrer au doigt !

ANGIOLA

Mon Adolphe !

ADOLPHE

Laisse-donc, on dira : ils sont jeunes; elle est bien, il n 'est pas mal; ils ont raison de s'aimer.

GOSIMA.

On dira : elle déroge à son rang. . . elle en trahit les prérogatives. Ont'apellerala petite bourgeoise.

ANGIOLA

Bourgeoise. . . c'est bien humiliant !

ADOLPHE

Pourquoi ça ?.. il y en a de Irès-jolies.

COSIMA

El notre lante, songe à ses recommandations.

ANCIOLA.

En effet, quand je songe à ce qu'elle va m'écrire.

Air : L'amour qu'Edmond a su tnc taire.

Dans ses lettres qnelle colère !

ADOLPHE

Oui, comme abbesse , je conçoi Que rien n'arrêtera, ma chère, Sa sainte fureur contre moi, Ses reproches, ses violence".

L.es dévotes , on le sait bien , Ayant pour tout des indulgences, ^'ont de l'indulgence pour rien.

Sois tranquille, je lui répondrai que quand nous nous sommes mariés tous les deux, ce n'est pas pour nous trouver troien ménage. »

A>-GIOLA.

Quel embarras. . . me singulariser. . . rompre avec ma famille. . . avec tout le monde. . . et cependant. . . Adolphe, mon ami, un mot, un seul. . . mais bien sincère... Serieï-vous jaloux de mon cavalier?

ADOLPHE

De ce personnage grotesque!... Allons donc; loin de ipoi re lidicule; ne te tourmente pas d'une pareille idée... jaloux^ moi !... ni de lui ni d'un autre.

ANGIOLA, piquée. t ti(J

Ah! vous ne Têtes pas?., vous ne m'honorez pas même de ce scntiment-là! Alors, Monsieur, vous me permettrez de me conformer aux usages de i7ion pays.

COSIMA

Elle a raison ; ces Français!... l'esprit de domination... ils sont si habitués à triompher partout... soit, avec les hommes, et en bataille rangée, c'est possible; mais, nous autres femmes, nous avons du patriotisme, et nous vengerons l'Europe. . . eu détail.

ADOLPHE

Angiola, est-ce votre dernier mot ?

ANCIOLA.

Oui, Monsieur. . . la jalousie !. , . j'? l'aurais ooînprise. . . j'y aurais cède. . . mais, dés ({u'il ne s'agit que d'un caprice. . .

A.DOLPUE. '**

Il riifTit, Madame; j':;i juré que \ oiis sericx la maîtresse de vos actions, et di"< ce moment. « ^j^ 4; 4:

liO

SCEIVE XII.

CIGOLO, ADOLPHK, ANGIOLA, COSIMA.

ciGOLO, tenant une chocolatière émargent. Un domestique apporte le plateaux etc. etc.

Ah ! signora, ]voilà mon chef-d'œuvre. . . le vrai nectar des Dieux.

'ADOLPHE, allant vivement à lui.

Monsieur...

Il le prend par le bras.

CIGOLO, effrayé.

Hem! qu'est-ce que c'est? encore des fenêtres!

ADOLPHE

Rassurez-vous, nous sommes bons amis.

CIGOLO.

C^est différent. . . mais vous m'avez renversé mon chefd'œuvre sur les doitgs, et il brûle. [Se suçant le bout du doigt, arec douleur) Aje !.. [^Avec délices). Clie gusto !

ADOLPHE

Maintenant, vous pouvez aller, venir, rester chez ma femme, la conduire partout où il vous phiira... tout cela m^est indifférent.

COSIMA

Tout lui est indifférent... Voilà qu'il devient un mari aimable!

LE MARQUIS , en dehors.

La Marquise n'est plus dans la chapelle?... C'est bon, je monte.

COSiMA, avec émotion.

Mon mari!... sans doute la réponse... Ah !... le cœur me bat. . .

Qu'as-lu donc?

COSIMA, d'un air de Joie.

Si tu savais... un colonel de Pandours !... Moi aussi, je vais être heureuse. . . nous aurons chacune le nôtre.

Pendant la fin de cette scène et le commencement de l'autre, Cigolo est assis ùcvant un guéridon, occupé à prépareriez chocolat. — Adolphe reste au fond avec un air d(; dépit.

SCEi\E XIII.

CIGOLO, assis, ADOLPHE, au fond; ANGIOLA, LE MARQUIS, COSIMÂ.

cosiMA, courant au-devant du Marquis.

Eh bien! c'est conclu ?..

LE vikKQVi5)"d'un air pénétré.

C'est manqué.

COSIMA, terrifiée.

Manqué!

LE MARQUIS

Sa mission est pour Naples... H ne fait que traverser Florence.

COSIMA

Ciel! et m'annoncer cela tout d'un coup, sans préparation»

sans ménagement... oh! les marts... mes pauvres nerfs... je

n'en puis plus. . . je suffoque!

Elle tombe dans un fauteuil

ANGiOLA , allant à elle.* Cosima. . .

LE MARQUIS

Eh bien!., qu'a-l-elle? (à Cigolo). Monsieur, Monsieur, elle se meurt!

CIGOLO, se levant irês-vivement.

Laquelle?

LE MARQUIS

Mn femme.

CIGOLO, se rasseyant, avec la même vivacité et continuant le chocolat.

Désolé. . . mais ça ne me regarde pas. . . j'ai une dame , mon service avant tout.

LE MARQl'I5.

C'est juste... quel homme parfait!., et dire que si ma femme eût voulu... {d Angiola). Eh bien?

ANCIOLA.

* Ce ne sera rien ; elle se calme.

COSIMA, se levant , avec énergie, ci passant entre le Marquis et

Angiola.

Uien, dis-tu? lu appelles cela rien!., vivre sans cavalier! car o»! en trouver un désormais , quand tout s'accorde pour m'accâbler, pour me trahir ? C'en est fait, je quitte Florence , plulôl

• Cipolo, assis, Atîolphr, au fond; le Marquis, Angiola , Cosima, évanouie dans le fatitcu'^t.

que tl'}' paraître humiliée; je vivrai seule, à l<» catnpagnc, renonçanl à tous les plaisirs, ne voyant qu« inou mari.. .

Elle remonte la scène.

LE MARQUIS

Ai^reuse perspective!

ANGIOLA

Arrête. . .

ADOLPHE, qui a écoulé, se levant^ à part.

Quelle idée!., ah, ma femme... {Haut, se plaçant devant Coslma^ près de la porte). Aimable cousine, c'est à mon tour de comballre vos intentions. *

cosmA.

Qu'osez-vous dire?

ADOLPHE

Qu'en bon parent, et surtout en connaisseur, je serais tiop heureux de tous offrir mes hommages.

COSIMA'

\(ous!

LE MABQUIS.

Lui!

ANGIOLA, d*an ton d'inquiétude.

Vos hommages. . . et comment?

ADOLPHE

C'est tout simple. Comme Monsieur... {Montrant Cigolv) là-bas... (7/ fait signe de couler entre les mains le bâton de la cho^ colatière) vous a offert les siens.

Mais, vous n'êtes pas Italien, vous.

ADOLPHE

Je suis Français, et ç^ n'a jamais été un titre d'exclusion au • près des dames.

LE MARQUIS, avccjoie, lui prenant ta main.

Sans doute, cher comte, cher cousin, par les statuts du cigisbéïsme, les étrangers nobles sont admis.

ADOLPHE

Alors, à moins qa^on ne me juge personnellement incapable. . .

COSIMA

PqWV.^z-vous croire?...

AKGiOLA, très-agitée.

Cosima... serait-il vrai?... est-ce que lu voudrais me prcudue mon mari ?

* Cigolo, assis, le Marqui?^ Adolphe, Cosima, Angiola.

Du tout, ma chère; il sera toujours à toi, excepté le maliu, le soir et dans la journée.

ANGiOLi, avec beaucoup de dépit ^passant entre Adolphe et

Cosima.

A inerveille !... j'admire comme tout cela s'est arrangé vite; sansobstacle, sans la moindre hésitation; et puisquMI paraît que tout le monde est satisfait , eh bien... moi aussi, je suis enchanlce, je suis heureuse, et dès ce moment, je ne veux plus penser qu'à me divertir.

Voilà la mousse qui s'élève.

ADOLPHE, à part.

Bon! la leçon profite... {haut.) Angioia , n'as-tu rien âme dire "?

AKCIOLA.

Moi , Monsieur?... rien du tout... ou plutôt... si l'ait, je vous remercie de m'encourager, de me donner l'exemple.

ADOLPHE

L'exemple!., permettez., je Pai reçu de vous. Qui est-ce qui a commencé.^

ANGIOLA

Ce n'est pas moi... du moins, pas encore... Mais, à présent, je commence. Monsieur... et tout de suite... (allant d Cigolo). Signer, Ctes-vous prêt? *

CIGOLO y se levant.

Le déjeûner ?... à vos ordres... vo tre seigneurie a faim ?... moi aussi.

ANGIOLA

Au contraire... je ne veux pas rester ici. .. j'ai besoin d'air , de mouvement, de distractions... conduisez-moi au cor^o, dans les projnenades , chez tous les marchands, jusqu'à l'heure du spectacle.

CIGOLO.

Et le dîner?

ANGIOLA

Je m'en passerai. N'est-ce pas voire plan que j'exécute?

Pardon, c'est que, dans mon plan, il entrait. . .

Il fait le geste de manger.

ANGIOLA

De me plaire, je suppose... et, pour cela, [Regardant Adolphe) il faut avoir quelques égards pour uie.^ ca[)riccs, pour mes loris

* Cigold, Angiola, le Miiqui--, A(!o}j>lie, Ci'niuia.

nïTine , si j'en avais ; ne pas se faire un jeu de me contrarier, • IVxcilerma colère, parce qu'alors j'oublie tout, je ne me posî«ède plus, et je ne sais pas de quoi je serais capable. CIGOLO, d part , e /frayé.

Ah ! mon Dieu!... celte douceur, cette docilité qu'on m'annonçait.

ANGiOLA, le poussant de ta main»

Allons... allons donc, Monsieur!., partons-nous?

ciGOLO, courant dans le boudoir.

Voilà signora! {dpart.) oh! si je n'avais pas une réputation à soutenir.

cosiMA, àAngiola.

Est-ce que tu ra'eo veux?

ANGIOLA

Moi ? mon Dieu, non... liberté pour chacun, plaisir pour tous... c'est votre devise... ce sera la mienne... (A Cigolo , qui sort du boudoir , avec l'écharpe et les gants d'Angiola. ) Eh bien?

CIGOLO.

Signora...

AKGiOLA, arrangeant son écharpe, A la bonne heure.

Aîr • J^nfin, j'ai donc mon <o«r. (Final du i«« acte du Phil

ADOLEHE , d part, •

Enfin , j'ai dçnc mon tour. "^

AKGiOLA , d Adolphe.

Je m'en vais. . . vous voyez. , . je suis prèle ADOLPHE, avec un sang-froid affecté.

Bien du plaisir , jusqu'au retour.

ANGIOLA^ à part.

Ah! l'ingrat!. . voilà donc son amour.

CIGOLO, tristement.

Quoi ! jeûner tout un jour !

cosiMA, à parf.'[

Quelle gloire ! un français ma conquête ! Comme 11 doit bien taire la cour.

ANGIOLA, à Cosima*

Avec ta conquête nouvelle , Je te laisse.. . Vois si tu peux Le reudre docile et fidèle.

I] ne'pcut que changer en mieux.

* Le Marquis, Cigolo, Angiola, Cosima, Adolphe.

^NSBMBLE.

Quel air de dépit 1

AKGIOLl.

Au contraire.

Je n*ai ; je crois , jamais été D'une meilleure humeur, ma chère.

ciGOLO ^ à part.

Ah ! je frémis de sa gaîté.

ADOLPHE

EnGn, j'ai donc mon tour.

A présent, la leçon est complète, En l'alarmant sur mon amour , Au bonheur préparons son retour.

Et pourtant , en ce jour , Malgré moi, mon âme est inquiète De lui laisser faire la cour.

ANGIOLi.

Voilà donc son amour'.

Oui, d'une autre il cherche la conquête.

A ma cousine il fait la cour ; Mais bientôt je serai de retour.

Rentrant par un détour.

Je prétends observer en cachette.

Ah! quel tourment 1 quel triste jour!

CIGOLO.

En la peignant douce et parfaite , On me jouait un cruel tour.

Elle veut tout faire à sa tête , Et me laisse à jeun tout un jour.

COSIMA

Un français devient ma conquête , Pour moi quelle gloire en ce jour 1 Je me fais d'avance une fête De voir comment il fait la cour.

LE MARQUIS

Quel honneur! un français s'apprête A faire à ma femme la cour.

Un conquérant est sa conquête.

Courons m'en vanter en ce jour.

Sur ta ritournelle du morceau, pendant qu'Jlngiola presse et entraine avec vivacité Cigolo, le marquis prend les mains de Cosmia et d' Adolphe^ et a l'air de les rappochcr avec attendrissement. Il sort. Après Cigolo et Angiola. Adolphe remonta jusqu'à la porte pour suivre de* yeux sa femme»

SCEI\IE XIV.

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