‹ Le cavalier servant, ou, Les moeurs italiennesChapitre 2 sur 16 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

COSBIA, LE MARQUIS.

Au lever du rideau, Goslma est assise près du. guéridon. Le marquis entre par le fond.

cosiMA, se levant.

Ah ! Marquis, enfin vous arrivez.

LE MABQVIS.

Toujours à vos ordres, chère Cosim;ï. Mais, pourquoi, au lieu de me parler ce matin dans notre palais, m'écrire de vous rejoindre en toute hûte dans celui-ci, qui luit partie de la dot d'Angiola, votre cousine?

COSIMA

C'est que, vous ne savez pas?., elle y est avec son mari...

LE MARQUIS

Pas possible... le comte d'Hauterive , qui, l'année dernière, lut obligé de la quitter le lendemain du maiia^e^ pour aller se battre contre l'Autriche ? 'nob ]8 .uDosioll

La paix est faite. Ce Napoléon, avec lui les guerres durent si peu! Le comte a obtenu, pour prix de sa valeur, le commandement de la garnison française à Florence. Accouru en poste, il a été prendre Angiola au couvent de Santa-Croce, où elle était restée près de la supérieure, noire tante, et les deux époux sont arrivés d'hier soir. . . ils reposent encore. Nous pouvons causer à notre aise.

LE MABQUIS.

A la bonne heure; votre billet était si pressant... que j'ai quille tout de suite la casino^ sans mèine prendre le temps d'achever mou troisième sorbet.

C05IUA.

Il fallait bien vous faire part de la lettre que je viens de recevoir de ma tante, et où elle me prie de veiller sur ma cousine, d'empêcher que son tnnri ne la tyrannise, qu'il ne veuille lui faire adopter les mœurs françaises; car elle m'annonce qu'en accordant au comte la main d'Angiola, pour assurer un prolecteur au couvent, elle a exigé qu'il laisserait sa femme suivre eu liberté toutes les coutumes de l'Italie. Elle le lui a fait jurer...

LL MARQUIS

Sur des reliques?...

COSIMA

Non... sur son honneur. Ces Français sont si impies! ils ne connaissent que leur parole... et avec eux, ça suffit.

LE MARQCis, secouant la tête.

Hum ! hum!

COSIMA

Oh! soyez tranquille. Ma cousine est sous mon égide; d'ailleurs, voilà six semaines qu'elle a donné au comte en son absence un fils, un héritier...

LE MARQUIS

C'est juste. liA

Air ; N'en deviatulez pas davantage.

Comme au premier fils , titre et bien , Chez nous, passent , d'aprèit l'usage , La femme n'est gênée en rien Sitôt qu'elle a donné ce gage.

Un mari déjà

Sur de celui-là , N'en demande pas davantage.

COSIMA

Aussi, notre tante lui a choisi uu cavalier servant, qui, m'écril-elle , s'est acquis en ce genre urte grande réputation à Florence, et dont la Dobles.^^e remonte iui temps des Médicis.

LE MABQUIS.

Santa Maria!., quel honneur pour la famille! Poorquoi, ma chère, un tel présent ne vous est-il pas destiné?... C'est vrai^" depuis un mois que vous n*ave7. plus de cavalier, c'est moi qui remplis l'inlériin , obligé de vous conduire partout, à IVglise , au spectacle... et c'^HtromarquédfinJ' Florence. On ert cause... 4;a fait presque «canduUr.

COSIMi.

Est-ce ma faute? Qui m'avait-on choisi ? un sol, un académicien... detla Crusca, qui me priait toujours (l'arrondir mes phrases, comme si c'était pour s'occuper de mes phrases qu'oa l'avait pris.

LE MARQUIS

Oui... mais le tourmenter, l'accabler de vos caprices!... au point que, le malheureux, (nos usages ne permettant pas de rentrer dans le monde), après une séparation d'avec sa dame, il a mieux aimé se faire moine , et quitter le frac pour le froc. . .

cosiMA, l'interrompant.

Eh bien! c'est un divorce... et, depuis l'entrée des Français, le divorce est permis en Italie.

LE MARQUIS

Pour les mariages, tout au plus. Quant au cigisbéisme, du tout. Ça tient aux mœurs, c'est sacré; la preuve, c'est que depuis un mois, j'ai eu beau chercher à remplacer votre cavalier...

COSIMA

Remplacer un académicien!... ce n'est pourtant pas difficile.

LE MARQUIS

Encore, faudrait-il trouver quelqu'un qui ne fût pas au fait des propos qu'on a tenus, quelqu'un qui ne fît que d'arriver à Florence.

COSIMA , avec intention.

Ah! j'oubliais... le cavalier de ma cousine, c'est aujourd'hui qu'il arrive.

LE MARQUIS

Comment?..

COSIMA

Oui... il était dans une villa , depuis six mois... {appuyant) long-temps avant les propos...

' ^* *^^ LE MARtJUIS.

Eh mais!., une idée... Marquise, j'ai une idée...

COSIMA

Vous !

LE MARQOIS.

Celui-là n'aura eu le temps do rien savoir... et, on s'y prc~ nant tout de suite... ' f

COSIMA

Comment, mon ami, vous voudriez ?. .

LE MAUQIJS.

Le guetter, le saisir au pai;:rU«:G, en un mot, i'ialcrucpler à

voire profit et au mien, pendant qu'il n'est pas encore engagé avec votre cousine.

COSIMA

Moi, consentira la priver... ah! Monsieur... (frrtrwt^ioT>)Vou$ nie direz qu'elle peut aisément en trouver un autre.

SCÈXE II.

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