‹ Le célibat à RomeChapitre 2 sur 5 · ERNEST CARTIER · texte numérisé non relu

ERNEST CARTIER

A Monsieur EDMOND ROUSSE

N Vous avez bien voulu encourager cet essai ; ~~je vous en remercie et vous demande plus '\Lfincore. Permette^moi d'en placer la pubU- "i cation sous vos auspices et de revendiquer ' pour le Célibat à Rome le patronage illustre a de tAmi, du Bâtonnier, de C Académicien, du 5 Célibataire.

< Cordialement à vous.

Ernest CARTIER.

7 luitembre 1901.

Le célibat est de nos jours un état fort paisible. Quelle que soit la faveur dont le législateur entoure le mariage, il n'a rien fait pour y amener les populations, se fiant à Tinstinct de la nature et à Tau-

torité des mœurs du soin d'y convier la jeunesse.

C'est tout au plus si, en fouillant l'arsenal de nos vieilles lois, on y trouve quelques dispositions qui établissent une

lîfférence entre l'homme marié et le éliba taire.

C'est ainsi qu'un édit de Louis XIV, le novembre 1666, étend à tout le oyaume un usage de la province de lourgogne suivant lequel «tous hor^imes t femmes qui ont douze enfants vivants puissent de l'exemption de toutes imositions (I) » .

Les lois de la Révolution avaient insitué contre les célibataires certaines lesures fiscales ; par exemple un décret u 13 janvier 1791 mettait le célibataire ans une classe supérieure à celle où an loyer le placerait s'il était marié; un utre décret du 20 février 1793 l'obli-

(1) JoDHDui, Dbchbit «t IsiuBBBT, Rtcueit général M anciennei leit françaûti , p, 90.

geait, s'il avait plus de trente ans, à payer un quart en sus de contribution foncière; une loi du 3 nivôse an VU surhaussait ses loyers d'habitation de moitié de leur valeur imposable.

Enfin les célibataires formaient la première classe des gardes nationaux qui pouvaient être appelés pour la formation des corps détachés .

Ces mesures, d'une efficacité douteuse, peuvent se comprendre; maiscomment admettre celles qui, sous prétexte d'encourager l'accroissement de la population, donnaient une véritable prime à l'inconduite?

En effet, un décret du 28 juin 1793 ordonne dans chaque district l'établisse»

ment d'une maison où les filles-mères

pourront faire leurs couches et accorde une récompense à celles qui allaiteront leurs enfants.

Un autre décret du 1 7 pluviôse an II octroie un secours à ces filles et à leurs enfants naturels. «

Singulière contradiction dont les législateurs de cette époque s'inquiétaient d'ailleurs fort peu! Tandis que le célibataire masculin est dénoncé au blâme de Fopinion et à la sévérité des lois, la fille qui a failli est Tobjet de toutes les sollicitudes du gouvernement.

Quant aux temmes honnêtes, elles se tireront d'affaire comme elles pourront, elles et les fruits légitimes de leur union.

Le premier Empire ne parait avoir

retenu de cette législation promptement tombée en désuétude que le décret qui permettait aux hommes mariés de n*étre appelés sous les drapeaux qu'après les célibataires.

Ce privilège, toutefois, au moment de la grande hécatombe humaine, n'était point indifférent, et plus d'un, qui ne se sentait pas le tempérament d'un héros, a dû chercher dans le mariage un refuge aux risques sanglants de la guerre.

Les désastres du second Empire ramenèrent des mesures analogues. En 1870, il y eut la levée dite des vieux garçons, qui rappelait au service ceux qui, ayant déjà fait leur temps, étaient restés célibataires.

Mais, depuis cette époque, aucune

épreuve n'est venue troubler la quiétude du célibat.

Signalons toutefois un point noir à l'horizon.

Deux sénateurs, effrayés de la stagnation de la population française, surtout par comparaison avec Taccroissement rapide des nations voisines, viennent de pousser un cri d'alarme sous la forme d'un projet de loi ayant pour objet de remédiera l'anémie dont nous souffrons.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner cet important travail.

Les causes du mal y sont analysées avec beaucoup de soin et une réelle sagacité.

Quant aux remèdes proposés, je souhaite, sans trop l'espérer, qu'ils répondent à l'attente des auteurs du projet.

(JçT^v»^

^sv

L'antiquité a ëté dure pour le célibat.

Fustel de Coulanges^ avec 8on sens historique très sûr, en déduit la cause (1) .

Elle tient au caractère religieux de la famille antique.

La famille dans l'antiquité est une sorte de société sainte et de petite église.

Elle a son foyer, sa religion, ses dieux.

Les hommes, dans ces temps reculés, étaient persuadés que les morts n'étaient heureux que par la piété de leurs descendants, et que, dès que le culte des

(i) Fustel de Coulanges, la Cite antique, chap. III, p. 49.

ancêtres venait à s^nterrompre , leurs mânes étaient livrés à une destinée funeste.

II faut donc à tout prix un continuateur de la famille, chargé d'entretenir ce culte. G*est le fils aine à qui incombe ce soin; c'est lui qui doit apporter les offrandes aux tombeaux des aïeux.

Le célibataire commet donc une impiété en ce sens qu'il met en péril le bonheur des mânes de sa famille; il s'expose également à ne recevoir point après sa mort le culte dont ses mânes auront besoin.

Aussi le' célibat était-il l'objet d'une

réprobation sévère à laquelle les plus grands ^hommes eux-mêmes n'échappaient pas.

C'est le reproche qu'encourut Épaminondas et qu'il repoussa par une saillie heureuse (1).

Cet illustre guerrier, en dépit des croyances de son temps, avait vécu dans le célibat. Son ami Pélopidas s'en affligeait pour lui, disant qu'il avait démérité de sa patrie en ne laissant pas d'enfants ; à quoi le héros lui répliqua : « Y pensezvous? je laisse après moi deux filles : mes victoires de Leuctres et de Mantinée. »

A côté du point de vue religieux, il y avait une raison politique qui devait foire proscrire le célibat.

L'ordre social dans l'antiquité avait pour base l'esclavage, et il était intéres-

(i) Cornélius Nepos, Epaminondas, Ut. XV , chap. zLYii.

int que le nombre des citoyens ne dilinuât pas trop pour pouvoir contenir foule sans cesse grondante des eslaves

Aussi Platon dans sa République chargeil les magistrats de veiller, au moyen es mariages confiés à leurs soins, à ce lie le nombre des citoyens n'augmente i ne diminue (1).

A cette proscription du célibat, quelle it la sanction apportée?

Elle diffère suivant le tempérament es peuples.

Chez le plus grand nombre, c'est exemption du service militaire accorde aux hommes mariés.

Sparte, avec la rudesse de son génie,

(1) Plitoh, la lUptMique, t. IX, p. S74.

n'hésite pas, en pareil cas, à appliquer •des peines corporelles.

Suivant Plutarque (1), les irréconciliables du mariage étaient obligés, en plein cœur de Thiver, de faire, sans aucun vêtement, le tour de la place publique en chantant des vers satiriques composés à leur adresse, et Athénée rapporte qu'à certains jours de fête ils ^étaient traînés au pied des autels et battus de verges par les femmes, qui ven- .geaient ainsi de leurs mains, et de mains sans doute impitoyables, Taf front fait à Jeur sexe (2) .

L'histoire ne dit pas si cette correction brutale ramenait beaucoup

(1) Plutarqub, Vie de Lycurgue,

(2) Athérbb, liv. XIII.

d'intransigeants à l'hymen délesté.

Athènes employait des moyens plus doux. On y avait établi, à propos de la population, une sorte d'échelle mobile, d'après laquelle, lorsqu'une guerre malheureuse ou une peste avait diminué outre mesure le nombre des citoyens, on avait recours, pour en relever le niveau, à la polygamie non seulement facultative, mais obligatoire.

C'est ainsi que Socrate, malgré l'austérité de ses mœurs, dut, pour obéir à une loi de ce genre, adjoindre à Xantippe une compagne, extrémité qui ne lui parut pas sans doute bien rigoureuse, étant donné le caractère acariâtre de sa première épouse (1).

(l) Atbbsbe, loc. cit.

A Rome, pendant de longs siècles, il ne semble pas que le mariage ait eu besoin d'encouragement ; car on ne peut appeler de ce nom l'acte sauvage par lequel Romulus avait pourvu ses grossiers compagnons d'épouses involontaires. Ce n'était pas là le fait d'un législateur, mais celui d'un brigand.

Toutefois certains auteurs lui prêtent au sujet du mariage une pensée profonde.

Suivant eux, c'était surtout afin de populariser cette institution qu'il avait donné pour fondement à la famille l'au-

LE CÉLIBAT A BOME

té du père, autorité saus limite qui

[portait même le droit de vie et de

i tel était le dessein de Romulus et

ut de l'institution familiale, il ne

lit pas trompé, car dans les premiers^

ps de Rome le mariage y fut très flo-

mt.

'. faut dire que les mœurs d'alors

ent pures, et l'on sait que la faveur

mariage est eo raison directe de la

:té des mœurs.

avéaal nous a laissé un portrait dé-

!ux de la femme romaine dans ce»

; primitifs : " Une humble fortune

servait autrefois l'innocence de&

mes latines; de longs travaux, un

meil court, des mains endurcies à

préparer la laine, Ânnibal aux portes de Rome et les maris en sentinelle sur la porte Colline g^arantissaient leurs cabanes des atteintes du vice (I). »

La peinture est peut-être un peu flattée ; elle a pour objet, dans la pensée de l'écrivain, de faire contraste avec la corruption qu'il va retracer en traits immortels. Mais, en faisant la part de l'artifice littéraire, on peut admettre que le fond est vrai et que plus d'une Romaine de cette époque méritait cette belle épitaphe : Domum servavit^ lanam fecit (2) .

(i) JuvÉKAL, sat. VI, ▼. J87.

(S) Une Tersion inexacte de cette épitaphe s'est, accréditée dans le public. On écrit souyent : Domum mansity ce qui est à la fois une incorrection et une erreur.

Nous devons à l'obligeance de M. Gagnât, de T Aca-

if

Mais dès I^établissement de la censure^ c'est-à-dire au début du quatrième siècle, la scène change.

Un des premiers devoirs de l'institution nouvelle est la guerre au célibat cœlibes esse prohibento.

Le mariage déserté appelle un prompt secours.

L'étendue du mal est révélée par un

demie des inscriptions et belles-lettres, de pouvoir restituer dans son intégrité la touchante inscription dont voici les ternies (1) :

HospeSf cfuod deico paullum est : asta ac pellige,

Beic est sepulcrum, hau! pulcrum pulcrai feminaif

Nomen parentes nominarunt Claudiauiy

Suom mareitum corde dilexit xouo ;

Gnatos duos, creavit^ horum ulterum

In terra linquit, alium sub terra locat.

Sermone lepido tum autem incessu commodo^

Domum seruavit^ lanam fecit. Dixi, Àbei,

(1) Corpus inscriptionum Uuinarumf n9 1007.

discours du censeur Metellus Macedonicus.

Ce vieux guerrier était sans doute plus expert à g[uider ses soldats sur un champ de bataille qu'à manier les habiletés de Fart oratoire; car, pour convaincre son rétif auditoire, il emploie de singuliers arguments.

Voici sa harangue : m Citoyens, si Ton pouvait vivre sans femmes, nous nous passerions tous de cet embarras; mais, puisque la nature a voulu qu'il fût aussi impossible de s'en passer qu'il est désagréable de vivre avec elles, sachons sacrifier les agréments d'une vie si courte aux intérêts de la République, qui doit durer toujours (1). »

(1) Aulu-Gellb, liv. I, chap. vi.

S'adresser au patriotisme pour recruter des maris est un moyen hasardeux.

La suite des temps devait montrer à quel point Téloquence du Macédonîque était restée stérile.

Aussi les censeurs durent-ils continuer à combattre énerg[iquement le fléau du célibat.

Par quels moyens?

Sans doute par ceux que la charge dont ils étaient investis mettait à leur disposition.

Les censeurs inscrivaient les citoyens dans les différentes classes dont se composait le peuple romain. Ils dressaient la liste des sénateurs, ils formaient les tribus . Ils pouvaient donc, à titre de peine, expulser du Sénat, retirer leur anneau auxche-

pp"^

valiers, ou faire redescendre dans les tribus inférieures ceux qui avaient démérité .

Il est probable qu'ils en usaient de la sorte ; mais ce remède était peu efficace , car le nombre des célibataires allait sans cesse grossissant, au point de devenir un péril public.

On y voyait, non sans raison, une des causes de la dépopulation effrayante de la cité romaine.

Il y avait assurément d'autres motifs à cette décadence.

Les proscriptions, les massacres qui avaient signalé les guerres civiles avaient fait d'innombrables victimes.

Les chiffres donnés par les historiens sont, à cet égard, très démonstratifs.

Appien déclare qu'après la guerre

)0 LE CÉLIBAT A BOHE

civile le cens révéla dans la population une diminution de près de moitié (1).

C'est ainsi que le ckif&e des citoyens, qui était en 682 de quatre cent cinquante mille, tombait en 703 à trois cent vingt mille, et sous la dictature de César ce nombre se réduit à cent vingt-cinq mille, suivant Plutarque (2), ou, d'après l'abréviateur de Tite-Live, à cent cinquante miUe (3).

Mais c'étaient là des plaies passagères que le rétablissement de l'ordre pouvait fermer, tandis que le célibat était un mal permanent et, semblait-il, contagieux.

César, à qui rien n'échappait de ce

(1) Appibu, Sur les guerres civilei, liv. li. (S) Plctiiouk, Fie de César.

IZ) Liï. 125.

qui intéressait la chose publique, avait tenté d'arrêter le fléau.

II avait défendu par une loi à tout citoyen au-dessus de vingt ans ou au-dessous de quarante de s'absenter plus de trois ans de suite de Tltalie, â moins d'y être obligé par le service militaire ; à tout fils de sénateur, de voyager à l'étranger, à moins d'accompagner un magistrat, et à ceux qui élevaient des bestiaux, d'avoir parmi leurs bergers plus d'un tiers d'hommes libres.

Il donna en outre le droit de cité â tous ceux qui exerçaient la médecine à Rome ou qui enseignaient les arts libéraux, espérant de la sorte les fixer dans la ville et en attirer d'autres (1),

(1) Suétone, Jules César, chap. XLII.

En ce qui conceroe particulièrement le mariage et la fécondité, il eut recours à un moyeu pratique. Il distribua la Gampanie, VÀger Campanus, l'une des régions les plus fertiles de l'Italie, entre vingt mille personnes, en donnant la préférence aux pères de famille qui avaient le plus d'enfants.

Sa fin tragique arrêta l'accomplissement de ses desseins.

On sait les déchirements qui suivirent sa mort. Il fallut de longues années pour que le calme se rétablit à Rome, et Auguste dut attendre que son autorité fût affermie avant d'entreprendre la réforme des mœurs et de déclarer au célibat une guerre acharnée.

Quelle était la raison de Thorreur que professaient les Romains pour le mariage?

Plusieurs causes contribuaient à les en détourner,

La première, et assurément la plus active, était la corruption des mœurs.

Tout a été dit sur la décadence romaine, et ce n'est pas le lieu d'en renouveler Taffligeant tableau.

Quel commentaire d'ailleurs vaudrait les peintures si crues, mais en même temps si saisissantes, que nous ont lais-

LE cALIBAT a lOHE

ées les auteurs de cette époque, et eo articulier Juvénal?

Nos modernes écrivains ont cru qu'ils raient inventé le réalisme, et ils ont lit grand bruit de cette découverte.

Ils se seraient montrés moins suerbes, ces prétendus novateurs, s'ils raient été plus familiers avec l'œuvre u grand satirique.

Tout ce que le vice offre de plus abject, >ut ce que la débauche a de plus hideux, [>rgie, de plus immonde, est reproduit rec une sincérité, une franchise de luche que nul écrivain de nos jours n'a ^passée.

Tout y est, depuis le portrait jameux : cette impératrice qui, désertant furtitment la couche de César, va emprunter

LE CÉLIBAT A ROME 2fr

pour la nuit Téchoppe d'une Vénus de carrefour (1), jusqu'à la grande dame qui déserte sa maison, sa famille, ses enfants, pour suivre au fond de TÉgypte un gladiateur manchot et chassieux (2) .

On y trouve des scènes dignes de r Assommoir, On y voit la patricienne, la descendante des Fabius et des Metellus, vomissant le falerne dont elle s'est gorgée, triste régal pour les yeux et le nez d'un époux (3).

De telles peintures n'étaient certes point pour ramener les jeunes Romains au mariage.

Rien de moins encourageant pour un

(1) JUVÉHAL, «at. VI, ▼. 116.

(2) Ibid., V. 105.

(3) Ibid., V. 432.

26 LE CÉLIBAT A BOME

futur époux que cette apostrophe : « Tu te maries» les véritables pères de tes enfants serontle joueur de harpe Echion, Glaphyrus et le joueur de flûte Ambrosius. Et toi, Lentulus, pour qui les flambeaux de rhymen vont aussi s'allumer, fais dresser des théâtres, décore ta maison et mets à ta porte un superbe laurier, afin qu'un digne rejeton t'offre dans son berceau les traits du gladiateur Euryalus (1). »

Ces tableaux sont-ils chargés? Les portraits sont-ils poussés au noir? Le tempérament sarcastique de l'écrivain lui faisait-il envisager sous une optique spéciale les vices de son temps?

Malheureusement d'autres témoi-

(1) JvvÉTSkL, sat. VI, V, 76.

LE GELIBàT A ROME 27

^ages non suspects viennent confirmer ces appréciations sévères.

Il n'en est pas de plus décisif que celui d'Horace; Horace» optimiste par tempérament et flatteur par intérêt; Horace, le vaincu de Philippes, le républicain rallié à l'empire, le chantre convaincu des vertus de César et des bienfaits du nouveau règne.

Quatre-vingts ans avant Juvénal, il ne tient pas un autre langage, et c'est avec une égale sévérité qu'il flagelle les vices de son temps.

a Notre siècle, fécond en crimes, a souillé d'abord les mariages, les générations, les familles... La vierge à peine adolescente apprend avec joie les danses voluptueuses de l'Ionie ; elle y ploie ses

membres docileE, et dès l'enfance rèved'incestueuses amours (I). ■

Dans une autre ode, il célèbre le génie d'Auguste, parce que, grâce à ses lois sur le mariage, désormais les enfants ressembleront à leurs pères.

Est-ce à dire qu'il n'y ait plus à Rome une seule Femme vertueuse?

C'est l'avis de Juvénal, qui déclare ironiquement que la pudeur a pu exister jadis sous le règne de Saturne. C'est là, sans doute, un jeu d'esprit; c'est la mordante hyperbole que Boileau lui reprocbe.

Toutefois, si l'on trouve çà et là dans les poètes et les écrivains de l'époque des portraits d'épouses fidèles et atta- (1) HoMCB, lÎT. III, ode 6.

chées à leurs devoirs, il est à remarquer que c'est à la campagne qu'ils vont les •chercher.

Dans la délicieuse épode où il célèbre les charmes de la vie rurale, Horace donne pour compagne à son ^gentilhomme campagnard une robuste Sabine ou une belle Âpulienne brûlée des feux du soleil (1).

Et Golumelle, dans sa Vie rurale, •célèbre également une épouse modèle qui passe sa vie aux champs (2) .

Mais ces femmes chastes et dévouées pourront-elles affronter sans danger la corruption des villes? Qu'elle vive à

(1) HoRACB, épode 2.

(2) GoLUMELLB, De re rusticâ, liy. 12. Proe»

ntium.

30 LE CÉLIBAT A BOME

Fidènes ou à Gabies, cette ingénue; qu'elle fasse une saison à Baïa, le Trouville de l'époque; Baïa, que Sénèque appelle le rendez-vous de tous les vices ^

que deviendra sa vertu (1)?

Sans aller plus loin, sans dénier à la femme romaine toute pudeur, le théâtre nous la montre beaucoup plus préoccupée de ses fantaisies que du désir de plaire à son époux.

Dans sa jolie comédie du Militaire fatt'^ faron. Plante fait parler en ces termesun vieux célibataire à qui Ton conseille de se marier (2) :

a Pour ce qui est d'une bonne épouse^,

(1) SsErèQUB^ lettre 51.

(2) PLàUTB, le Militaire fanfaron^ éd. Lemaire, p. 117.

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