‹ Le cenacle de Joseph Delorme, 1827-1830 (volume 2)Chapitre 14 sur 50 · CHARLES ROBELIN I^Q · texte numérisé non relu

CHARLES ROBELIN I^Q

Il aurait donc pu, s'il l'avait voulu, venir en aide à son « vieil ami » Robelin. Mais il. s'était fait une règle de bonne heure de ne prêter d'argent à personne. Il n'était guère donnant non plus et, quand il déliait les cordons de sa bourse, c'est qu'il était intéressé à le faire.

Sa conduite envers Robelin mit naturellement un peu de froid entre eux. Mais on passe tout aux grands hommes comme aux jolies femmes. Quand Victor Hugo rentra à Paris, Robelin, qui avait l'âme généreuse et qui avait fini par sortir d'embarras, retourna chez lui, et il ne fut question de rien.

A cette époque ils étaient les seuls survivants du Cénacle de Joseph Delorme. Victor Hugo, comme un chêne qu'on abat, avait vu tomber autour de lui toutes ses branches. Il avait perdu tour à tour sa fille Léopoldine, sa femme, son fils Charles, ses plus chers amis, jusqu'à ce bon Théo, qui lui fut si dévoué et qui mourut en son absence, au mois d'octobre 1872. C'est même Robelin qui ferma les yeux à Théo. Dès qu'il apprit son état désespéré, il accourut, s'installa au chevet de son lit, malgré ses soixante-seize ans^ et ne le quitta plus. « Il tenait dans ses mains, nous dit Bergerat, les mains refroidies du poète, et, par une sorte d'instinct machinal, allait de temps en temps se réchauf-

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fer à la cheminée et revenait prendre les doigts du mourant, comme s'il eût voulu suppléer à la chaleur qui les abandonnait (i). »

Onze ans plus tard, ce fut le tour de Victor Hugo. Cette fois Robeliu n'eut plus à qui parler de son jeune temps. Que faire de la vie quand tout vous abandonne? Sans appeler la mort,qui vient toujours à son heure, il mit toutes ses affaires en ordre en vue du grand voyage, et il l'accomplit très doucement, s'en sans douter, le 5 juin 1887.

(i) Th. Gaaiier, ses derniers moments, p. 239.

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