‹ Le cenacle de Joseph Delorme, 1827-1830 (volume 2)Chapitre 26 sur 50 · LES FRERES JOHANNOT. CELESTIN NANTEUIL 2?. I · texte numérisé non relu

LES FRERES JOHANNOT. CELESTIN NANTEUIL 2?. I

phies qui, toutes, portent le sceau de sa personnalité, le cachet de sa maîtrise. Qui n'a pas admiré, par exemple, sa lithographie de la rue de la Vieille- Lanterne où, certain jour de l'année 1 855, on trouva pendu ce pauvre Gérard de Nerval ? Gustave Doré, qui aimait tant les effets de lune et le jeu de la lumière et des ombres, n'a jamais rien fait qui soit plus empoignant que la vue de cette ruelle étranglée dont les premiers plans sont plongés dans une obscurité sinistre et dont les dernières maisons sont éclairées par en haut d'un rayon sublunaire ?

Ce qui distingue Célestin Nanteuil de la plupart des lithographes de son époque, c'est la science de ses compositions, la couleur qu'il y répand, la poésie qui les enveloppe. On y sent l'âme d'un peintre— et peintre il était aussi, bien que sa peinture ne vaille pas à beaucoup près ses lithographies et ses eaux-fortes.

Le malheur de Nanteuil comme de tant d'autres fut de n'avoir jamais gagné assez d'argent avec son art pour assurer dignement le repos de ses derniers jours. On me dira peut-être que, lorsqu'il habitait Chatou ou le Bas-Meudon, il aurait pu se dispenser d'avoir canot ponté et de faire la fête. Sans doute, mais on ne peut tout de même pas vivre en ermite, quand on est joli garçon et que

VOS œuvres vous ont fait une figure essentiellement parisienne.

Il avait cinquante-cinq ans, quand on lui offrit d'aller remplacer son ancien camarade Boulanger à la tête de l'Ecole des Beaux- Arts de Dijon. A cet âge un artiste de sa valeur devrait pouvoir dormir sur ses lauriers ou ne travailler que pour son plaisir. Mais Nanteuil était alors presque oublié, la mode étant passée depuis longtemps de la lithographie, d'où il tirait le plus clair de ses revenus .

Il alla donc enseigner le dessin en Bourgogne. A peine était-il installé dans sa place que la guerre éclata. Quelque temps après Dijon fut occupé par les Prussiens et coupé ipsojacto du reste de la France. Pendant plus de six mois, Nanteuil ne toucha pas à un crayon — ce qui ne lui était jamais arrivé. Il était si découragé qu'il avait des envies folles de mettre la clef sous la porte et de se sauver dans un coin, le plus loin possible. Il le pouvait d'autant mieux qu'on ne le payait plus et que, par surcroît, il était obligé de faire vivre à ses frais les petits employés de son Ecole. Il rongea son frein et resta jusqu'au bout. Cela ne l'empêchait pas de songer à ses amis de Paris et au plus illustre d'entre eux, à Victor Hugo, qui n'était revenu d'exil que pour subir le Siège. « Si vous le voyez, écrivait-il à

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