LES FRÈRES JOHANNOT. GELESTIN NANTEUIL
un camarade, mettez ma main dans la sienne. » Cependant les événements de l'Année terrible avaient fortement ébranlé sa santé. Trois ans, jour pour jour, après la chute de l'Empire, il mourut subitement à Marlotte dans la maison du peintre Abel Orrj, où il avait l'habitude de passer ses vacances depuis qu'il était à Dijon.
J'ai visité l'été dernier cette petite maison de campagne, sous la conduite d'Aristide Marie, le distingué biographe deCélestin Nanteuil. Rien ne la distingue extérieurement de celles qui l'entourent, mais elle a un passé historique et des souvenirs précieux. Elle a été bâtie, sur les ruines d'une ancienne abbaye dont la cave, située dans le jardin actuel, présente l'aspect d'une crypte ogivale. On y descend par un large escalier de pierre et elle s'appuieau milieu sur des piliers massifs admirablement conservés. — Au rez-de-chaussée de la maison moderne, dans la salle à manger, s'élève une belle cheminée en faïence polychrome de la Renaissance italienne, près de laquelle, un soir qu'il causait avec Abel Orry, Célestin Nanteuil tomba foudroyé. Il y a même encore au-dessus de la cheminée une peinture de Nanteuil qui est un spécimen assez agréable de sa dernière manière. Le sujet en est tout païen et lui fut inspiré sans doute par la forêt
de Fontainebleau. Il représente une Dryade voluptueusement renversée aux pieds d'un faune qui lui sourit. Cette allégorie sylvestre ne manque pas de valeur, mais je la donnerais volontiers, avec quelques autres études du même genre, pour le tableau de r Ermitage que possède Aristide Marie et que Célestin Nanteuil exposa au Salon de r84o. Outre qu'elle est d'une touche vigoureuse et chaude, cette toile plus haute que large offre cette particularité que l'artiste s'est peint sous les traits du jeune Napolitain qui fume nonchalamment sa pipe à l'ombre d'un arbre, en regardant une belle fille assise en face de lui, les bras chargés de fleurs. C'est une des meilleures choses de Nanteuil et, comme on le voit, des plus intéressantes pour son iconographie. A présent que j'ai fini d'analyser sa vie, ne me demandez pas où est sa tombe, j'ai honte de l'abandon dans lequel elle est laissée. Si jamais vous passez par le village de Bourron, qui fut si cher à Alfred et à Paul de Musset, voire à Aimée d'Alton, leur amie commune, allez au cimetière et cherchezy la sépulture de Nanteuil. Vous la trouverez avec peine enfouie sous les rameaux retombants d'un vigoureux sophora. On ne s'est pas mis en frais pour elle. Elle est surmontée d'une modeste plaque de marbre blanc sur laquelle on lit cette épitaphe: