‹ Le cénacle de Joseph Delorme, (1827-1830) (volume 4)Chapitre 10 sur 48 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CHARLES ROBELIN

Un architecte romantique. — L'état civil de Ch. Robelin. — Il est chargé, en 1825, lors du sacre de Charles X, de la décoration de la cathédrale de Reims. — Il est nommé architecte diocésain. — Sa contribution à Notre-Dame de Paris.

— Robelin-Amadis d'après Gustave Planche. — Ses relations d'amitié avec Victor Hugo. — Lettres que lui adressa le grand poète lors du mariage de Léopoldine. — Sur la pièce des Contemplations intitulée i5 Février i8^3. — L'argenterie de Robelin. — Un billet de Théophile Gautier.

— Chiens et chats. — - Souvenirs de Judith Gautier. — Mme Victor Hugo descend chez Robelin pendant l'exil de son mari. — Lettres inédites à ce sujet. — Victor Hugo et Robelin en 1872. — La fourmi n'est pas prêteuse. — Les maisons dj rapport de Robelin. — De l'abus du gothique.

— Robelin au lit de mort de Théophile Gautier.

Cette notice est la première, à ma connaissance, que l'on consacre à Charles Robelin. Je me demande même pourquoi Théophile Gautier, avec qui il s'était lié pieu de temps avant ou après Hernani^

CHARLES ROBELIN

ne lui a pas fait une petite place dans son Histoire du Romantisme. C'est d'autant plus fâcheux qu'il nous eût certainement appris sur son compte des choses qui nous échappent à cette heure, faute de documents; par exemple — et pour commencer — d'où lui venait le nom de Robelin. Car il ne s'appelait pas ainsi devant l'état civil.

Il était né à Nevers, le 7 fructidor an V, de Madeleine Devieur, fille de Jean Vieure {sic), et de Marie Thévenin(i). C'était donc un enfant naturel. Robelin était-il le nom de son père, et fut-il reconnu par lui plus tard? Je l'ignore. Ce qu'il y a de sûr — et la remarque me semble bonne à faire — c'est que le nom de Robelin fut porté, au xvii^ siècle, par un architecte qui construisit, sous Louis XIII, pour René de Rieux,évêque de Laon, le bel hôtel qu'on peut voir encore aujourd'hui, rue Garancière, n^ 8^ et où, cinquante ans après, sur le petit théâtre qu'y fit élever la présidente du Gué, débuta dans sa fleur première celle qui fut Adrienne Lecouvreur (2).

De la jeunesse de Charles Devieur-Robelin nous ne connaissons pas grand'chose. Tout ce que nous savons, c'est qu'en 1826 il fut chargé par le gou-

(1) Archives municipales de Nevers.

(2) Renseignements fournis par M. Maurice Guillemot.

vernement, lors du sacre de Charles X, delà décoration intérieure de la cathédrale de Reims; qu'en 1829 il était architecte diocésain, et que, dans rintervalle, il entra chez Victor Hugo derrière les Devéria et Boulanger. A partir de cette époque^ on le trouve dans toutes les grandes manifestations romantiques et dans toutes les fêtes (i). Mais ce n'est pas pour cela, comme bien on pense, que je m'occupe aujourd'hui de ses petites affaires. Il a, Dieu merci, d'autres titres à notre attention. Outre que Victor Hugo l'honora toute sa vie de son amitié, il a droit à notre considération, voire à nos hommages, pour avoir fourni au grand poète les éléments des trois chapitres qu'il ajouta, en 1882, à la huitième édition de Notre-Dame de Paris ^ notamment de celui qui a pour titre : Ceci tuera cela.

Car Robelin adorait le moyen âge ; il n'eût pas été romantique sans cela. Mais il n'aimait pas que les vieilles pierres, il aimait aussi beaucoup les femmes, et je vois, dans la correspondance de Gustave Planche avec Paul Huet, que, vers 1842, il eut

(i) On lit à son sujet, dans le Livre d'amour, de Sainte-Beuve, pièce XVm :

Et ces jour-là, s'il vient, il faut qu'on fasse taire. Le follet Robelin, et qu'on l'éloigné un peu, Tant son geste au babil s'unit d'un même jcul

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toutes sortes d'aventures galantes (i). Je dois dire qu'en dehors de ses avantages physiques il avait de quoi conquérir les faveurs du beau sexe, ayant ramassé comme architecte une assez jolie fortune. Il était d'ailleurs très généreux de son naturel. Quand ses anciens camarades étaient mal pris, ils n'avaient qu'à frapper à sa bourse^ elle leur était toujours ouverte. Et les plus huppés d'entre eux ne se gênaient pas, à l'occasion, pour lui faire des emprunts, même à fonds perdus. On m'a raconté qu'en i848 il avait avancé à Victor Hugo les frais de son élection législative, et que celui-ci ne l'avait jamais remboursé. Gela m'étonne de la part d'Hugo, car il avait horreur des dettes. En tous cas, les lettres suivantes prouvent que si Robelin lui rendit quelques petits services, Hugo, dans une circonstance critique, refusa de lui rendre un service d'argent.

En 1843, quand il maria sa fille Léopoldine, Victor Hugo écrivait à Robelin :

a Mon cher monsieur Robelin, nous marions

(i) Planche écrivait à Paul Huet, de Naples, le 8 juillet 1842 : « N'oubliez pas de me parler des aventures de Robelin, il paraît qu'il débute dans les Amadis. »

— De Florence, le 2 octobre i843 :« Donnez-moi des nouvelles de Robelin-Amadis. »

— De Milan, le 7 janvier i843 : « Robelin a-t-il quitté l'emploi des Amadis? » (Paul Huet {j8o3-i86q]^ documents publiés par son fils y I vol. grand in-8.)

Léopoldine mercredi prochain, i5 de ce mois. Il y a longtemps que nous vous aurions dit cela, mais vous échappez si bien qu'il est impossible de vous saisir.

« Vous concevez, cher Monsieur, que cette solennité, qui se fera seulement entre amis^ ne peut se passer sans vous, vous le meilleur des meilleurs ! ce qui n'est pas peu dire. Vous avez assisté à la première communion de cette chère enfant, il faut que vous soyez de cette autre cérémonie.

(( Répondez-moi un mot. La messe se dira à neuf heures, dans Téglise Saint-Paul. Notre dîner, comme d'habitude, aura lieu à sept heures.

(( Votre dévoué et vieil ami,

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