PROLOGUE
taise intitulée Lycée armoricain^ deux fragments de V Enéide^ traduits en vers par Victor HugOjque recueillit quarante ans après le « témoin » de sa vie. Qui sait même — car nous portons toujours en nous les imagesdont fut amusée notre enfance — si, lorsqu'il fît à Guernesey, les Travailleurs de la Mer, il n'avait pas dans les yeux les voiles des bateaux de son grand-père qui avaient sillonné la « grande bleue » , et s'il ne puisa pas dans ses aventures de voyagera* contéesparsa mèreTépisode ducombatdn Gilliat et àn Poulpe qui illustre ce livre (i). En tout cas, il était
(i) J'ai entendu dire à un membre de la famille Trébuchet qu'en î 772, au cours d'un de ses voyages, le capitaine avait failli faire naufrage par suite de l'attaque de son navire par un cétacé des mers du Nord nommé la licorne de mer. Rien donc de plus naturel que la mère de Victor Hugo ait gardé le souvenir de cet épisode, d'autant qu'il y avait chez son père un tableau qui le rappelait. Peut-être même Victor Hugo l'avait-il raconté à ses camarades, avant d^en tirer parti dans les Travailleurs de la Mer, car je trouve dans le recueil des Gent-et-un de l'année 1882, sous la signature de Soumet, un très beau poème intitulé V Archevêque de Paris, où figure la comparaison du Poulpe.
Malheur, lorsqu'un état des autels se sépare, ' L'anarchie aux bras nus en hurlant s'en empare, Et seul, sans avenir, d'anathème frappé, Dans les replis de l'hydre il meurt enveloppé. Tel un vaisseau voguant sur la mer favorable Sent tout à coup le Poulpe, avide, immesurable. Informe, le saisir. Tout ses mâts ont frémi. Il s'arrête, échoué sur son vaste ennemi. Le Monstre autour de lui jette un vivant orage. Des rameaux de ses bras tout entier il l'ombrage; En vain des matelots frissonnants, éperdus. Aux antennes du monstre au hasard suspendus,
si bien instruit de ses origines bretonnes, qu'il signa, dans le Conservateur littéraire, qusitre ou cinq poésies du pseudonyme de V. d'Auverney, pays natal de son grand-père Trébuchet, et qu'il donna le nom du capitaine Léopold d^Auverney au héros de son roman de Bag-Jargal (i).
Au surplus, si Victor Hugo avait gardé un bon et fidèle souvenir de Nantes, cette ville l'a payé largement de retour. Elle a donné son nom à un boulevard qui relie la Sèvre àlaLoire. Il n'est pas jusqu^au nom de Trébuchet qui ne soit porté encore, comme pour perpétuer la mémoire de sa mère, par une maison à Saint-Fiacre, par des moulins à vent du côté de Saint-Herblain et, dans Nantes même, par des parents éloignés, très fiers de se dire de son lignage. La maison Trébuchet à Saint-Fiacre sert
Attaquent à la fois sous un fer qui s'émousse, Ses membres tapissés de corail et de mousse! Il s'irrite... On entend de moments en moments Du navire étouffé crier les ossements.
La mer vient élargir ses blessures profondes. TdUs ses foudres éteints fument au sein des ondes, Et son vainqueur, gréant qui redouble ses nœuds, N'est déjà plus pour lui qu'un tombeau limoneux.
(i) Il y a même, au tome UI du Conservateur littéraire^ sous la signature J. A., un Voyage à Auuerney qui aurait dû piquer la curiosité d'Edmond Biré et diriger ses recherches de ce côté.
Quarante ans plus tard, pendant que Victor Hugo était en exil, son fils Charles publia dans t'Illastration ( i858)j sous le pseudonyme de d'Auvernet, une charmante nouveHe intitulée : l'Oiseau bleu.