PROLOGUE
Je vous embrasse, ainsi « Je vous embrasse, ai nque ma famille, du meil« si que ma famille, du leur cœur possible. meilleur cœur possible.
C( Hugo. » « Hugo. »
A présent que nous connaissons les origines maternelles de Victor Hugo et les circonstances qui entourèrent sa naissance à Besançon, je vais essayer de déterminer la part des dons qui lui vint du côté des Trébuchet et des Le Normand du Buisson.
Et d'abord il faut que je tranche définitivement une question qui préoccupe depuis longtemps tous ceux qui étudient Thistoire des commencements de la Révolution en Bretagne.
Il y a quelques années, parlant du pamphlétaire d'occasion qu'avait été Voîney en 1788, je m'élevai de toutes mes forces contre la légende que M. Barthélémy Pocquet avait accréditée de bonne foi dans un de ses livres (i) et qui représentait l'auteur de la Sentinelle du Peuple comme ayant joué à Rennes le rôle « d'agent supérieur et distingué » des ministres Necker et Brienne.
Je savais déjà que Volney était allié à la famille
(i) Les Origines de la Révolution de Bretagne, t. II.
maternelle de Victor Hugo et qu'en cette qualité il avait offert à la mère du poète de lui léguer, sous la Restauration, son siège de pair de France (i). Mais j'étais à cent lieues de penser que Victor Hugo et Volney étaient cousins du deux au trois, comme on dit chez nous, par René-Pierre Le Normand 'du Buisson, procureur présidial de Nantes, et par son fils, le procureur au Parlement de Rennes.
Si je Tavais su, au lieu de m'évertuer à établir que Volney était trop fier de sa nature, et trop indépendant de son caractère, pour s'être vendu jamais àun ministre quelconque, j'aurais dit à M. Barthélémy Pocquet : « Ne cherchons plus les raisons qui amenèrent Volney à Rennes en 1788, et ne nous étonnons plus que la Sentinelle du Peuple fût si documentée et frappât si juste. L'homme qui avait attiré Volney à Rennes au moment des troubles, celui qui lui mit à la main la plume de /a Sentinelle du Peuple ne fut autre, évidemment, que Le Normand, procureur au Parlement de Bretagne, lequel habitait, en 1788, place du Palais, à Rennes, c'est-
(i) Je tiens ce renseigriement du comte Léopold Hugo, (lettre du 3o mars iSgB' utilisée dans mon livre sur Volney). Ainsi se trouve expliqué le mot de Victor Hugo à Soumet « qu'il espérait devenir un jour pair de France » — mot que releva si malencontreusement Biré, à qui cette particularité était inconnue. [Victor Hugo avant i83o,^. i54.) ^ ^
PIlOLOGUf':
à-clire sur le théâtre même des événements (i). »
Voilà donc ce point d'histoire enfin éciairci. Quant au tempérament de Victor Hugo, il n'est pas besoin de mettre des lunettes pour voir qu'il était moins lorrain que breton et plus nantais que bisontin. « On est, disait Alfred de Vigny, du pays où Ton est né et où Ton a remué dans son premier berceau . » Pas toujours, car on naît où Ton peut, suivant le mot d'un homme d'esprit, et l'on est bien davantage du pays de son père et de sa mère, quand on n'a fait que traverser le coin de terre où l'on a vu le jour. Or, si Victor Hugo, qui connaissait à peine Besançon, sa ville natale, avait hérité de son père le culte de Napoléon, l'amour de la gloire, le sens des choses épiques et ces mouvements généreux du cœur qui, à vingt ans, tout royaliste qu'il était, et au risque de perdre la protection du roi, le faisaient offrir un refuge à son ancien camarade Edouard Delon, condamné à mort par contumace pour avoir pris part à la conspiration de Saumur, et toute sa vie le portèrent au-devant de$ proscrits et des vaincus, — il tenait certainement des Trébuchetet des Le Normand, c'est-à-dire du sang maternel, les merveilleuses qualités d'esprit et d'imagination, sans par-
(1) Renseignement fourni par un alinanach du temps imprimé chez Vatar, à Rennes.
1er du tempérament de plaideur et de Tentente des affaires, qui ont fait de lui le poète le plus grandiloquent de son siècle, en même temps que Thomme le plus pratique, le plus ordonné, le plus soigneux de ses intérêts.
Du reste, un jour que je dînais chez lui — et Dieu sait si j'étais fier ce jour-là ! — il me dit, en apprenant que j'étais du pays de sa mère : « C'est mon pays de prédilection ! » Il se souvenait, à ce moment, s'il l'avait jamais oublié, que la terre de Bretagne lui avait donné les trois créatures de Dieu qu'il avait le plus aimées en ce monde : sa mère, sa femme et la belle M"^® Drouet, qui, après avoir été la muse de son âge mûr, fut la fidèle amie de sa verte vieillesse. Je laisse de côté les deux hommes de génie qui eurent le plus d'influence sur son imagination et sur son âme, à savoir : Chateaubriand et Lamennais.
Peut-être se souvenait-il aussi, quand il me parlait de la sorte, des heures charmantes qu'il passa dans' sa jeunesse au bord de la Loire, soit à Saint- Herblain dans la maison de campagne desongrandoncle, soit dans la compagnie de son cousin germain, le poète Ad. Trébuchetjà qui il ne manqua, pour arriver à la réputation, que de vivre à Paris, et qui, de 1828 à 1825, publia, dans une revue nan-