‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 28 sur 64 · XI. GASPARD DE PONS · texte numérisé non relu

XI. GASPARD DE PONS

Né à Avallon le i3 juillet 1798, Gaspard de Pons débuta, en 1819, par un petit poème dans la manière de Dorât, intitulé Constant et Discrète, dont VioUet Leduc rendit compte dans le Lycée français (i). C'est dire que son talent n'avait rien de romantique. Il avait cela de commun avec la plupart des poètes de son âge, et l'on n'a qu'à parcourir le discours sxxyXqs ^QnvQsromantique Qi classique (\\]l'\\ envoya, en 182 1, à l'Académie des Jeux-Floraux, pour voir qu'à celte époque il ne faisait, comme Victor Hugo, aucune distinction entre les deux genres. Il collaborait depuis sa fondation au Conservateur littéraire, et c'est à la prière de Victor et avec sa recommandation qu'il avait adressé son discours à Toulouse. La même année, il avait fait païaître une Ode sur l' Insurrection des Grecs, mais

(i) Numéro de mars 1820.

Biré a eu tort de dire qu'il avait chanté le premier les Hellènes. UOde aux Grecs de Guiraud est antérieure d'un an à la sienne et je ne jurerais pas qu'elle fut la première en date. En 1820, Gaspard de Pons avait également concouru avec Victor Hugo pour le prix de poésie à rAcadémie française (t), mais ni l'un ni l'autre n'avait remporté le prix. Gaspard était alors, comme on le voit, sous rinfluence directe de Victor. Il avait pour lui une admiration sans bornes. En 1824, parlant de ses Nouvelles Odes, il écrivait dans les Annales de littérature et des arts : « Je me demande combien de fois on a vu des enfants de seize ans faire des odes comme la Vendée publiée en 18 ig^ des jeunes gens de vingt-deux ans composer un volume tel que celui qui vient de paraître (2). »

Camarade de régiment d'Alfred de Vigny, il fut plus heureux que lui, quand éclata la guerre d'Espagne : il alla en Galice et essuya quelques coups de feu. Il nous a conservé un vers de la tragédie de Julien F Apostat, que Vigny brûla en 1824, (( étant malade et dans la crainte des éditions posthumes » avec une tragédie de Roland ti une autre à^ Antoine et Cléopâtre , essayées, griffonnées, manquées par lui, de 18 à 20 ans. — « A la fin, dit Gaspard de Pons dans ses Adieux poétiques (t. I, p. 53), Angélique demandait pardon à Roland qui lui répondait : Vous m'avez fait trop souffrir, je

(i) Le sujet du concours était le Dévouement de Malesherbes. (2) T. XV, année i8;î4.

ne saurais vous pardonner sur la terre, mais quoi qu'il en soit,

Mourez, je vais mourir, et nous verrons après. »

Gaspard de Pons trouvait « ce vers sublime, ne fût-ce que par la ferme confiance qu'il exprime dans l'immortalité de l'âme ».

Il aimait beaucoup Vig"ny,qui le lui rendait avec usure. On n'a pas oublié le bruit que fit l'article de celui-ci sur le petit volume de celui-là, intitulé Amour, — A elle. L'article avait paru dans la M use française. Latouche s'en empara pour dauber sur la camaraderie, ce qui acheva de le brouiller avec la Muse. Si je reviens sur cet article, c'est que Vigny y citait quelques vers de Pons, dont il semble s'être souvenu longtemps après, quand il dit dans la Mort du loup :

A voir ce que Ton fut sur terre et ce qu'on laisse,

Seul le silence est j^rand, tout le reste est faiblessse...

Gémir, pleurer, prier est ég-alement lâche,

Fais énergiquement ta longue et lourde tâche

Dans la voie où le sort a voulu t'appeler.

Puis, après, comme moi, souffre et meurs sans parler.

Que Ton compare, en effet, ces vers à ceux de Pons :

En la rouvrant toujours, cachons notre blessure, N'offrons pas en spectacle à cette foule obscure, Que le génie offense et qui rit du malheur, Un aigle d'Hélicon vaincu parla douleur.

Gaspard de Pons a réuni son œuvre en trois volumes devenus extrêmement rares, sous le titre d'Adieux poétiques. Il y a bien du fatras, mais il

y aussi de bonnes choses, et Thisloire littéraire y puisera plus d'un renseig-nement utile. J'en extrais ces strophes de Bonaparte et Byron, qui parurent en 1826 dans les Annales romantiques :

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