‹ Le cénacle de La Muse française, 1823-1827; documents inéditsChapitre 44 sur 64 · CHAPITRE VII LA SOCIÉTÉ ROYALE DES BONNES-LETTRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII LA SOCIÉTÉ ROYALE DES BONNES-LETTRES

La Société royale des Bonnes-Lettres, salon de lecture de la Muse française. — Date et cause première de sa fondation. — Elle fait concurrence à l'Athénée. — Ses premiers fondateurs. — Victor Hug-o y entre un des premiers. — Ses odes sur Oaîberon et sur Louis XVIII. — Appel de Roger, l'académicien, aax poètes de la Muse française. — «Voilà l'enfant sublime ! ». — Une leçon de Duviquet. — Lacretelle jeune soulève contre lui tout le clan de la Muse. — Lettre inédite de Guiraud à ce sujet. — La poésie mélancolique. — Villemain, pour protester contre le discours de Lacretelle, refuse de prendre la parole à la Société des Bonnes-Lettres. — Lacretelle et la candidature de Lamartine à l'Académie française. — Une lettre inédite de M™9 de Lamartine mère à M'^e de Lacretelle. — Villemain lit à son cours de la Sorbonne quelques Harmonies de Lamartine.

La Société royale des Bonnes-Lettres fut à un moment donné le salon de lecture de la Muse française et la succursale du salon de TArsenal. Mais quoique Victor Hugo y ait figuré et pris position dès le premier jour, et que Nodier, Guiraud, Soumet, Chênedoilé, Lamartine et Vigny y aient lu ou fait lire de loin en loin quelques-unes de leurs œuvres, il ne faudrait pas croire qu'elle fût à leur dévotion. La poésie n'y entra jamais qu'à titre d'à-

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grément, et les lettres y furent toujours subordonnées à la politique.

Fondée au mois de janvier 182 1, quelques mois après Tassassinat du duc de Berry, elle fut avant tout une œuvre de réaclion. Son but avoué fut de combattre les idées libérales et révolutionnaires par la propagation des « bonnes et saines doctrines ».

« S'il est vrai, disait le Prospectus, publié en janvier 182 1, que la littérature soit Vexpression de la société, on peut se faire une idée de ce qu'a pu être la littérature française pendant trente années de révolution. Pouvait-elle être autre chose que l'expression de la révolte, de la discorde, de Timpiété, de toutes les passions furieuses qui troublaient la France ? Que de talents ont péri dans ce vaste naufrage! L'esprit humain se serait tout à fait égaré, et Ton ne peut savoir où nous aurait conduits Porgueilleuse barbarie du siècle, si les âges précédents ne nous eussent laissé leurs importantes leçons et leurs impérissables modèles. Ce sont ces modèles et ces leçons qui serviront de flambeau et de guide à la Société des Bonnes-Lettres, pour faire revivre le goût des bonnes doctrines et des bonnes lettres. »

Or il y avait en ce temps-là, rue de Valois, au Palais-Royal, un salon scientifique et littéraire où Magendie, Robiquet, de Blainville faisaient des cours de physiologie, de chimie et d'histoire naturelle et où l'on faisait aussi plusieurs fois par semaine des lectures qui sentaient plus ou moins le fagot, je veux dire l'école d'Auleuil.

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C'était TAthénée. Sainte-Beuve, qui était alors sous la coupe de Daunou, suivait ces cours et ces » lectures, et il n'était pas le seul. Une partie de la ^ jeunesse du Quartier latin, la jeunesse libérale, celle qui regrettait la cocarde tricolore et qui chantait les chansons de Béranger, se ruait littéralement à l'Athénée.

C'est donc, je suppose, cet enseignement suspect que visait principalement la Société royale des Bonnes-Lettres. Aussi bien, en établissant son siège rue de Grammont, n^ i3, à deux pas de la rue de Valois, autorisait elle cette supposition. Les deux chapelles rivales étaient voisines l'une de l'autre.

Naturellement les fondateurs (i), en tête desquels étaient Fontanes et Chateaubriand, commencèrent par faire appel aux poètes, et Victor Hugo y répondit l'un des premiers. A cette époque, le jeune Victor était plus royaliste que le roi et chantait exclusivement les gloires et les malheurs de la monarchie légitime. Il dirigeait le Conservateur littéraire,

(i) Il y avait trois catégories de sociétaires : les sociétaires fondateurs, les sociétaires abonnés et les associés honoraires. Les fondateurs étaient au nombre de cent, parmi lesquels : le marquis de Fontanes, président; le marquis d'Herbouville, vice-président; Chateaubriand ; le duc de Fitz-James ; le duc de Maillé ; Berryer fils ; le comte François des Gars ; le comte de Vaublanc; Pardessus ; Le Normant fils ; Campenon, membre de l'Académie française; de Bounisseau, du Sommerard, référendaire à la Cour des comptes ; le duc de Crussol ; Bertin de Vaux, député et directeur du Journal des Débats : Michaud, membre de l'Académie française et directeur de la Quotidienne; Quatremère de Quincy, dé[)uté, membre de TAcadémie des inscriptions et belles-lettres ; le baron Canuel ; le vicomte de Donnadieu ; Jules de Polignac; le baron de Vitrolles. Tous ces noms appartenaient à la fraction avancée du parti royaliste.

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