SOPHIE GAY
« Mille tendres injures à ce monstre d'Alexandre (i). »
Les Machabées furent représentés le i4 juin 1822. Dès le lendemain, Guiraud recevait cette lettre de Sophie : -
« Samedi, juia 1822.
<( Le martyre est fini, vous avez la palme et vous triomphez en dépit de Joanni, qui a pensé être le vrai bourreau de vos Machabées (2). J'ai été vous chercher chez M"'' George, où j'espérais qu'une mutuelle reconnaissance vous attirerait et où quelques bons avis vous attendaient ; mais vous étiez livré à ceux de nos amis ; j'aurais voulu joindre mes félicitations aux leurs, mais leur jalouse amitié ne me l'a pas permis. Soyez moins méchant qu'eux et
(i) Lettre inédite du 3o avril j8i>.î(.
(2) Au 4* acte, au moment où Ephraïm, torluré, est apporté sur la scène, cette situation, l'une des plus belles de la pièce, manqua tout à fait son effet par la faute de Joanny. Guiraud avait demandé qu'il entrât soutenu sur les épaules de deux gardes ; il voulut êlre apporté ; alors on lui offrit le brancard qui porte les héros, un beau brancard tout couvert de drapeaux, mais qui ne convenait nullement à un héros de sanctuaire sortant des mains du bourreau. Guiraud repoussa les drapeaux, mais qu'arriva-t-il ? C'est que, les drapeaux ôtés, il ne resta plus qu'une civière, et quand le grand-prêtre parut ainsi porté, pâle et défait, une voix du parterre cria : A l'hôpital ! C'en était assez, dit Guiraud, pour déranger toute l'émotion. — Cf. la Préface des Œuvres complètes de Guiraud.
dites-moi où et chez quije pourrais vous rencontrer dans cette matinée.
« Je suis chargée de vous présenter un fort bon et solide libraire pour l'acquisition de votre manuscrit. Ne terminez pas avec d'autres avant de l'avoir vu (i). Je sais que vous devez être fort occupé; vous avez des coupures indispensables à faire pour amener plus vite des scènes admirables oii les plus beaux vers se disputent nos larmes. Aussi je ne veux pas vous troubler, mais si ce travail vous retient chez vous ce matin ou chez Ancelot, faitesle moi dire; j'irai vous déranger un seul moment et je prendrai ensuite la route de mes champs pour aller y méditer à loisir sur le plaisir que me cause votre succès. Celui de Clijtemnestre pourra seul m'en causer autant. Jugez d'après cela de ma tendre amitié.