‹ Le cénacle libertin de Mlle Raucourt (de la Comédie-Française)Chapitre 27 sur 38 · LE CHATEAU DE LA TRAGEDIENNE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE LA TRAGEDIENNE

On l'a vu, ce fut sous le nom de son amie que Raucourt acheta le 18 thermidor an IX, le château de La Chapelle-Saint-Mesmin, lequel, précédemment, avait appartenu à deux veuves, les dames Elisabeth-Tranquille de Brucourt et Madeleine-Sophie de la Collinière. M. Emile Huet, avocat à Orléans, un de ces rares érudits qui connaissent à merveille l'histoire de leur pays et n'en demeurent que plus modestes, a bien voulu à ce sujet me communiquer quelques notes précieuses qui éclairent cette affaire d'un jour certes neuf et bien inattendu. Tous ceux qui attachent du prix à la précision des menus détails remercieront M. Emile Huet de son obligeance dans cette occasion.

Propriétaire du château, Mme de Ponty le loua aussitôt à son amie Raucourt par un bail singulier: un bail à vie. Cela seul dénote la ruse de la tragédienne pour garer la propriété de ses innombrables créanciers. En effet, dans l'inventaire dressé de la succession de Mme de Beuvry, propriétaire du château en 1816, on trouve cette cote : « Un bail à vie fait par Mme Simonnot- Ponty, à la demoiselle Raucour, du château de La Chapelle et de ses dépendances. Lequel bail à vie a cessé d'avoir cours avant la l'acquisition faite par M. Chemin, Mlle Loliveet Mlle de Beuvry, de ces mêmes lieux, par suite du décès de Mlle Raucour. » L'acte, malheureusement, a disparu, et c'est grand dommage, car on eût bien aimé savoir dans quelles conditions Mme de Ponty loua sa feinte acquisition à la propriétaire réelle. Mais Raucourt décé-

dée, comment fut réglé cepoint de sa succession ? Question délicate. Tout ce que je puis dire à cet égard, c'est que le 14 novembre 181 6, l'amie de la morte vendit la propriété à M. Étienne- Jean-Désiré Chemin de Beuvry et à Mlle Françoise-Pierrette Le Pileur de Beuvry et Marie-Joséphine Lolive, adjudicataires chacun pour un tiers. Vingt-sept ans durant le château leur demeura. Le i5 juin 1843, il fut remis en vente. Ce qu'il était alors, quels souvenirs demeuraient là du naguère que nous avons évoqué, un curieux et précieux document va nous le dire. M. Emile Huet en possède un exemplaire; un autre en existe, relié en tête d'une biographie de la tragédienne faisant partie de l'admirable collection de feu M. Alfred Girard, sénateur du Nord. C'est l'affiche de la mise en vente de La Chapelle-Saint-Mesmin. Une telle pièce est d'un intérêt trop spécial pour ne pas être reproduite in extenso. Que de vivantes descriptions on pourrait faire de certains lieux hantés par les grandes ombres de l'histoire, si on en possédait toujours d'aussi complètes descriptions! Celle que voici évoque tout : le paysage et le décor. Il n'y manque que la silhouette effacée de la femme par qui le souvenir du domaine survit et se perpétue.

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