‹ Le CentavreChapitre 11 sur 39 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

O Bien-aimée — Bien-aimée — par ce jour gris de février pluvieux je vais délicieusement m'exaspérer à torturer de sincérités méchantes notre cher amour éperdu.

O Bien-aimée — il me plaît que vous sanglotiez pour moi — à gros bouillons; que votre doux visage, marbré de larmes, vous fasse laide de douleur haletée; que vous vous blottissiez près de moi comme un pauvre animal battu et fidèle. Mais — vos larmes et mes phrases emporteront dans leurs souffrances brutales toutes les rancœurs : nos âmes seront plus claires aux joies franches des soleils de demain; et — parce que nous aurons eu le courage de regarder en face notre lamentable médiocrité, en essayant même de sourire — notre orgueil saura que puisque tout de même notre amour a triomphé, toujours, pour que les petites moiteurs recommencent, il faut qu'il y ait en lui, au dessus de la lie boueuse dont j'aurai méchamment barbouillé nos lèvres, une inexprimable et divine douceur.

iv les mille serpents de Phanette.

(( — Pouf quoi me dis-tu cela ? Que t'ai-je fait? (( — Oh pardon! pardon! Ne pleure pas! c'était (( par méchanceté ! ))

Jules Laforgue.

Lorsque pour la première fois nous nous sommes rencontrés, à cet ennuyeux dîner interminable, je n'ai guère remarqué que le geste un peu niaisement joli — petite tête inclinée doucement — dont vous saviez sourire lorsque vous ne saviez que répondre.

Le lendemain on me demanda : (( Comment la trouvez-vous? — du thé ou du chocolat? )) Je répondis : » Un peu bécasse. )) Mais je me souvins de deux grands yeux verts, d'un beau vert gris et noir aux cils longs — tes yeux — et j'ajoutai : « d'ailleurs charmante. — Un peu de de thé. .Madame, s'il vous plaît; sans crème. »

Vous m'avez dit — plus tard ■ — (( La première fois je t'ai trouvé odieusement poseur — mais ton nœud de cravate était très réussi. ))

Ainsi nous préludions aux définitifs lyrismes.

Chère — ce fut un soir que je décidai de vous aimer.

Ce soir là, n'étant pas sorti par paresse, fumant des cigarettes

blondes en regardant les d du , je voulus dédier ma soirée

à déplorer avec méthode que ma joie récente d'avoir quitté une maîtresse brusque et brune fut obscurcie du devoir prochain de porter à quelque autre la chère floraison de mon petit cœur égoïste.

(( Cependant — est-ce donc si indispensable? Nous le croyons et

cela

cela suffit. Si nous comprenions tout à fait combien nos habitudes de cette occupation là nous gênent, nous serions inconsolables de nous être privés, en nous les donnant, de tant d'autres occupations meilleures.

— (( Ah ! — les nouvelles habitudes — une autre ! Elle voudra peutêtre coucher au fond du lit ! Et puis elle aura des amants que je ne connaîtrai pas : qui me déplairont peut-être. 11 n'y a rien d'agaçant comme de rencontrer sa maîtresse au bras d'inadmissibles mufles ))

Je m'attendris à ma deuxième cigarette. La ligne grise de fumée montait très droite au plafond : les romanciers appellent cela des spirales bleues. Cela se précisa : (( Une petite femme à soi tout seul ! Une petite femme pour soi tout seul, qui ne viendrait pas trop souvent — qui, quelquefois, chère douceur d'attendre, ne pouvant pas venir avertirait d'un petit bleu : écriture anglaise, encre violette. — Ah! Et puis... ! »

Je commençais à m'exciter beaucoup trop. Depuis quelques mois j'avais mis ma vie en scène avec quelques décors très simples : (( Dans des chambres tièdes les coussins mous à fleurs s'entassent sur les divans larges ; les amies blondes ont des matinées claires, à manches courtes, avec de petites agrafes sous les fouillis de dentelles ; les amies brunes, lissant leurs bandeaux, ont pour leurs mains blanches des gestes de coupe-papiers d'ivoire ; les amies rousses s'étalent dans l'odeur lourde de leur sexe... ; classiques images de caresse, de tendresse et de luxure. — Plus loin, sur une table basse à plateaux, des papiers, des livres, des cartons d'estampes, des alcools et des cigares — et quelques amis autour. ...»

Le besoin de renouveler mes décors s'imposa ; je crus devoir marcher en long et en large ; je m'excitais beaucoup trop — périodes cicéroniennes :

a Jusques à quand resterai-je debout, vaniteux et crispé, près des fenêtres, a regarder tomber la pluie en effaçant, par instants, devant ma bouche, la triste petite buée grise d'un revers de main ? Jusques a quand cette pluie line et mouillée tombcra-t-clle ? Je veux conduire au soleil une vie franche et gaie, rire, et trouver aux choses des épithetes flamboyantes. .Mais la pluie tombe. Mes lèvres sont trop

liévreuses

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