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Le centenaire de l'archevêché de Québec, 1819-1919 [microforme]

Le Canada Ecclésiastique [édition de 1918](1) répond à cette question par la note suivante :

“ Le titre honorifique d'archeréque fut donné aux évêques “ de Québec dès 1814. Mais Mgr Signay (prononcez Si-na-1) fut ‘le premier qui exerça les fonctions de Métropolitain.”

Cette brève note suffirait à la rigueur pour un Almanach annuel du Clergé canadien, qui n’est pas un aide-mémoire pour l’histoire de l’Église du Canada, si elle était de tous points exacte. Mais elle ne l’est guère comme on le constatera par la suite de cette étude.

Au reste, ceux qui sont familiers avec la biographie de Monseigneur Joseph-Octare Plessis, par l'abbé Ferland, les notices biographiques des Erêques de Québec, par Mgr Henri Têtu, et en particulier le Journal du voyage en Europe de Mgr Plessis, publié et annoté par le même auteur, savent assez à quoi s’en tenir sur ce point de notre histoire. Mais un examen minutieux des documents de première main qui ont servi aux historiens susnommés, nous permettra de jeter un peu de lwisière sur les actes et les circonstances qui ont préparé de loin et de près, et d’abord retardé, puis précipité la réalisation d'un fait d'une importance souveraine pour l'avancement de la religion au Canada.

(1) Page 41. — Cette erreur de date est corrigée quelques lignes plus loin, où Mgr Plessis est indiqué comme archevêque en 1819.

“Fort bien, dira le lecteur, mais comment répondez-vous à la question posée en tête de ce travail ? ”

Cette réponse, la voici, et elle est double.

1° L'évêché de Québec a été érigé en métropole par Bref de £1 Sainteté le Pape Pie VII le 12 janvier, 1819, d'où il ressort que nous sommes en pleine année centenaire de ce mémorable événement ;

* L'évêché de Québec a été érigé, une seconde fois, en métropole par Bref de Sa Sainteté le pape Grégoire XVI, le 12 juillet 1844.(2)

Nos arrière-neveux célébreront, dans un quart de siècle, ce glorieux centenaire.

L'étonnement, voire le dép.aisir de ceux qui se demandent pourquoi l'évêché de Baltimore, créé en 1790, devin: métropole dès 1808, tandis que le siège de Québec plus de deux fois séculaire, (vicariat apostolique en 1659, :vêché titulaire en 1674), n'a été promu au mêime rang œu’en 1819, cessera peut-être à la lecture du récit de ce qu’on pourrait /en donnant au terme une acception chrétienne) appeler l’évolution en métropole du vénérable sièg » du premier successeur des apôtres dans l'Amérique du nord.

La situation religieuse au Canada était, au début du XIXe siècle, de beaucoup plus régulière t plus florissante au Canada qu’aux États-Unis. Le clergé, les fidèles y étaient plus nombreux, les maisons d'éducation, les établissements de charité, organisés

sur une base relativement solide, et le système paroissial déjà en vigueur dans une région notable du pays. D'autre part, l’étendue du territoire (le Canada tout entier) rendait humainement impossible l'extension efficace de la sollicitude du Pasteur jusqu'aux cxtrémités de son immense diocèse. Cette dernière raison de diviser le pays pour fins *rclésiastiques urgeait aussi, bien qu’à un degré moindre, pour l’1.;lise des États-Unis.

D'autre part. la situation normale et obligatoire d’une Église qui s’est développée jusqu’au degré voulu de maturité

(2) Il serait plus conforme à la vérité historique et aux exigences du droit ntifical de dire, avec la Chron xlogie de l'Histoire du Canada, que, en 1819 po « ee fut en —. DRE re NT en 1844, en Province ecclésiastique”. hronologie par l’ab NN. Bégin, ille.

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étant la subdivisionen Églises de moindre importance et dignité, se rattachant toutes à une Église plus honorable et pius ancienne, comme des filles à une mère vénérable, Pourquoi ce fit-il celle des États-Unis qui devança celle Ai: Canada dans cette ascension vers la cci:dition parfaite ?

C'est à la diff ‘enre entre la situation respective de l’une et de l’autre vis-à-vis des pouvoirs civils qu'il faut attribuer la préférence accordée à la plus ;eune sur la plus ancienne.

C'est au préjugé religieux des gouvernants, ou plutôt au fanatisme de certains subalternes, qu'est dû l'inconcevable retard dans l’évolution naturelle de l'Église du Canada et, comrie conséquence, aux infinies précautions imposées et à la cour de Rome et aux évêques de Québec vis-à-vis d’un gouvernement, dont les dispositions parfois favorables étaient souvent paralysées par la jalousie et les prétentions de l’Église anglicane, seule reconnue officiellement dans le royaun - et les possessions britanniques.

Faut-il conclure de là que, au sud du 45e degré de latitude nord, tout était rose dans l'attitude du gouvernement et du peuple à l'endroit de l'Église catholique ? Loin de là.

On connaît le fanatisme persécuteur des Puritains chassés de l'Angleterre, en haine de leurs croyances, et s'empressant, une fois en pays libre, suivant en cela une tradition chère aux nations persécutées, d'exercer à l'égard de ceux qui ne goûtaient P«s leur austère cr lo, un régime encore plus barbare que celui dent les avait gratifiés leur pays d’origine. Le Code pénal plus que draconien de la Commonwealth de la Nouvelle-Angleterre, au XVIIe et au XVIIIe siècles, est resté tristement célèbre dans les annales de nos voisins. Mais ce régime était pl:itôt local, et depuis la décla. ation de l'Indépendance américaine, le gou-ernement se montrrit folérant, ou plutôt indifférent, à l'endroit de l’organisation de l’Église catholique. Il à’y avait pas là d’ailleurs, comme dens notre pays, récemment conquis par l’Angleterre, un champ ouvert au prosélytisme d’une église rivale de celle de Rome. C’est pourquoi la hiérarchie de l'Église américaine fut créée sans opposition manifeste de la part du gouvernement,en 1808,av.. Baltimore,pour métropole,et Boston, New-York, Philadelphie et Bardstown, comme sièges suffragants Le fanatisme populaire ne s’y éteignit pourtant que graduellement.

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Boston, ville aujourd'hui plus qu'à moitié catholique, en connut pour sa part, au siècle dernier, des explosions restées célèdres, comme l'incendie du Ccuvent des Ursulines, à Charlestown dans la banlieue. Et qui dirait que ce fanatisme a complètement disparu du sol américain ?

Mais hâtons-nous de raconter, dans leur ordre chronologique, les négociations qui ont abouti à l'organisation de lu hiérarchie dans le Canada,

La première fois qu'il est question d'une division du diocèse de Québec, ce fut en 1789, alors que Monseigneur Jean-François Hubert, écrivant le 24 octobre de cette même année, au cardinal Antonelli, préfet de la Propagande, le consulta au sujet de l’érection d'un siège suffragant à Montréal, pour le district de ce nom. Le Coadjuteur cum futura successione de Québec, dont k “hoix n'avait pas été contredit par le Gouvernement, aurait là-bas sa résidence(3). Mgr Hubert, en faisant cette proposition à la cour de Rome, tenait compte, sans doute, des démarches faites en 1783 par le clergé et les fidèles de la ville de Montréal pour obtenir un siège épiscopal, démarches qui “ malheureusement, disait plus tard Mgr Plessis, étaient demeurées infructueuses."’(4)

Dans cette même lettre, Mgr Hubert ne faisait que sonder les dispositions de Rome, sans attendre là-dessus de réponse définitive, Si la propositicu était agréée, il en poursuivrait l'exécution auprès du Gouvernement britannique. “ Sur cet article : .ame sur les autres, ajoutait l'Évêque, nous sommes astre ats au Canada à des précautions sans nombre.” Et pourtant, à.cette époque, l'Angleterre y était représentée par lord Dorchester, le mieux disposé de tous nos gouverneurs anglais.

Le cardinal Antonelli, le 28 novembre 1792, répondant à une lettre subséquente de Mgr Hubert (1790), l'assure que le Saint- Siège agréerait la division proposée, dès que le Gouvernement n'y

(3) Le coadjuteur, à cette époque, s'appelait Mgr Charles-François Bailly de Messein, sacré sous le titre d'évêque de Capse, le 12 juillet de cette même année 1789, et qui rourut encore coac juteur, le 20 mai 1794.

(4) Mandement du 5 décembre 1822.

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mettrait pas d'obstacle. 1] ajoutait que, par suite des difficultés survenues entre l'évêque et son coadjuteur, depuis heureusement réglées, il approuvait son inte-tion d'ajourner à une date ultérieure la réalisasion de son projet de division,

Lu cour de Rome ne devait pas tarder à reprendre d'‘*ellemême la suite es négociations destinées à aboutir dans un avenir prochain à la création d'une métro. ‘e régulière ”, état normal d'une Église adulte.

Voici (lettre du 16 janvier 1796) le plan que le nouveau Préfet de la Propagande proposait pour donner à l'Église du Canada la plupart des avantages d'une hicrarchie régulière, sans heurter les susceptibilités du Gouvernement britannique. Ce plan, ce fut celui que Mgr Plessis, à la suite de Myr Hubert, adopta toujours en attendant des juïs meilleurs. Et pourtant, on ne s'est pas gêné d'accuser ce id évêque d'être ambitieux et centralisateur : et d'avoir ajourné sans raison l'indépendance des autres sièges. (5)

Voici ce plan, tracé par le cardinal Gerdil, préfet de la Propagande. Pour éviter toute difficulté avec le Gouvernement dans la multiplication des diocèses, il était proposé de choisir et de demander à Rome, outre le coadjuteur cum futura successione, un deuxième et même un troisième, tous deux simples coadjuteurs ou auxiliaires, devant partager la sollicitude de l'Évêque de Québec, recevant de lui leur juridiction et placés çà et là, selon les nécessités des fidèles. Le Gouvernement civil s'habituerait peu à peu à ces évêques vivant en divers : droits, et l'on préparerait ainsi les voies à la fondation de nc. aux évéchés proprement dits. Son Éminence ayant compris que, comme premier pas dans l'exécution de ce plan, le coadjuteur actuel Monseigneur Denaut aurait sa résidence à Montréal, la Propagande approuve cette décision et sera heureuse de la voir se réaliser le plus tôt possible.

Comme preuve que le Gouvernement britannique ne s'opposerait pas à la nomination de ces évêques sans diocèse, le Cardinal préfet cite le cas récent de Terre-Neuve. Le Clergé et les fidèles de l'île, jusque là dépendunts de l'Évêque de Québec, ayant demandé au Saint-Siège par l'entremise de l'Archevêque de Dublia

(5) Voir Appendice, p. 14.

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que le Révérend Père Louis Odonell, de l’ordre de saint François, (6) alors Préfet Apostolique de Terre-Neuve et des tles adjacentes, fût muni du caractère épiscopal pour la meilleure administration de son Église, on chercha à savoir si le pouvoir civil s’opposait à l'inauguration du nouvel évêque et, nulle objection n'ayant été manifestée, il plu‘ à Sa Sainteté de le nommer vicaire apostolique de Terre-Neuve avec titre d'évêque de Thyatire.

‘ Comme le Gouvernement, concluait le cardinal Préfet, ne s’est pas opposé à l'exercice de la charge épiscopale du nouvei evéque sur les plages jadis soumises à votre juridictionet relevant maintenant de la délégation immédiate de Rome, nous avons la confiance que le Pouvoir civil accordera facilement son assentiment à ce qu’un deuxième et un troisième coadjuteur vous soient donnés, dans le seul but de vous aider et de vous soulager. L'Évéque de Québec est «ailleurs prié d'exprimer ouvertement son sentiment là-dessus au Saint-Siège.”

L'auteur de cette lettre fut le célèbre cardinal Hercule Gerdil, qui, au Conclave où fut élu Pie VII, à Venise, devait être proposé comme un des candidats aptes à recevoir la majorité des suffrages, et serait peut-être devenu pape sans l’exercice du privilège abusif de veto concédé à l'Autriche, et aujourd’hui heureusement aboli, grâce à l’action du pape Pie X de sainte mémoire. (7)

C’est à dessein que nous avons cité en peu au long ce document. Il constitue en effet, en quelque sorte, la charte préliminaire et le programme de l'établissement progressif de la métropole et de la province ecclésiastique de Québec. Emané spontanément du Saint-Siège, ce programme devait servir de règle aux évêques Hubert, Denaut, Plessis et Panet, et Dieu sait s'ils y ont été fidèles, et nul plus que le grand évêque Plessis, qui, même après que Rome crut devoir se départir de sa première réserve, fit en sorte que, tout en respectant les décisions du Saint- Siège, rien dans l’exercice et les attributions de sa nouvelle di-

(6) Une erreur de copiste assigne le P. Odonell à l'Ordre des Frères Précheurs.

(7) Le cardinal Gerdil était savoyard d'origine, étant né au petit bourg de Samoëns, que nous vimes un jour niché près d’un contrefort des Alpes: ce fut À l’occasion d’une visite au collège de Taninges, dans la vallée et près de la ville du même nom, dans la Haute-Savoie.

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gnité ne pôt donner ombrage à la cour de Saint-James ni attirer sur celle de Rome l'ombre d’un reproche.

Avec le plan tracé par Rome devant les yeux, Monseigneur Plessis revient, à diverses reprises, sur la division de son territoire, division toujours désirable et même urgente.

Le 20 février 1806, écrivant au cardinal di Pietro, Préfet de la Propagande, il déclare que, bien que les dix-neuf vingtièmes des habitants du Canada soient catholiques, il est impossible d'y ériger une métropole jusqu’à ce que la cour de Rome soit en état de traiter cette question directement avec celle d'Angleterre. A défaut de quoi, il voudrait essayer le moyen proposé par le cardinal Gerdil, c'est-à-dire, faire nommer trois coadjuteurs au lieu d’un, faisant résider le seul ayant droit à la succession dans le district de Montréal, le deuxième dans le Haut-Canada et le troisième dans les Provinces du Golfe Saint-Laurent. Le premier choix devait être pour le Haut-Canada. Du côté de la Nouvelle-Écosse, il y a plus de difficultés à cause des intrigues du clergé protestant. Monseigneur Panet, son coadjuteur, se proposant de quitter sa cure pour aller résider à Montréal, l'Évéque de Québec prie le Saint-Siège de lui procurer une pension égale à la moitié du revenu de sa paroisse(S).

Dans la correspondance qui suit, bien souvent retardée de plusieurs années à la fois par suite de la captivité de Pie VII (9), on revient périodiquement sur le procédé à suivre pour multiplier les évêques suffragants et répondre ainsi aux nécessités d'un diocèse quasi illimité, sans heurter les susceptibilités du gouvernement britannique.

Quand, le 16 avril, 1816, le cardinal Litta annonça à l’Évéque de Québec le premier démembrement de son diocèse par la création du vicariat apostolique de la Nouvelle-Écosse et la promotion à l’épiscopat de Monseigneur Edmond Burke sous letitre d'évêque de Sion, Mgr Plessis s'empressa (15 octobre 1816) de renoncer à sa juridiction sur la péninsule, maintenant pourvue d’un évêque indépendant de Québec. Il prouva par là la sincérité de

(8) La Rivière-Ouelle.

(9) Une lettre du card. Litta, préfet de la Propagande, à Mgr Plessis, en date du 12 septembre 1809, n’est même pas parvenue à destination. On a dû en faire prendre copie aux archives de Rome.

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sa demande de démembrer son diocèse encore trop vaste. Un relevé qu’il fait de la correspondance échangée avec Rome démontre avec évidence que le projet de Rome est de faire de Québec une métropole dont dépendraient d’autres évêques à établir soit en titre, soit en qualité de coadjuteurs. Mais auparavant il fallait faire reconnaître par le Gouvernement britannique l’Évêque de Québec, et son coadjuteur avec droit de succession. Un mémoire transmis, dans ce but, à Londres, en 1812, par le Gouverneur était resté sans réponse. Mais, tout en se conformant au projet du Saint-Siège, et acceptant temporairement cette forme de hiérarchie incomplète, Mgr Plessis se permet d'admettre que ‘“ ces grands vicaires évêques, ces vicaires apostoliques, ces coadjuteurs sans succession, en un mot, ces évêchés isolés, ne sauraient être aussi respectés, ni aussi imposants, ni aussi forts pour le maintien de la religion que le serait une hiérarchie composée d’un métropolitain et de quelques évêques suffragants.” Voilà ce à quoi il a toujours visé pour le bien de l’Église du Canada, mais voilà aussi ce qu'il désespère de voir réaliser de son vivant, à moins que la cour de Rome n’ait assez de crédit auprès du Gouvernement britannique pour traiter directement avec lui, et détruire, au moins pour cette partie de ses domaines, un préjugé non moins désavantageux aux intérêts de la Couronne qu'à ceux de la religion.

Le ler décembre 1817, Mgr Plessis écrivant au cardinal Litta, insiste sur les désavantages qui doivent résulter de l’établissement de sièges indépendants d’une métropole pour l'unité d'action, la tenue de conciles, le recrutement du clergé, etc. Puisque l'Angleterre permet des vicariats apostoliques, pourquoi pas une hiérarchie régulière ? “Je ne m'aperçois pas, ajoute l’évêque, pourquoi l’Église de Québec, la plus ancienne de l’Amérique du Nord, ne serait pas érigéeen métropole comme l’a été celle de Baltimore, qui ne date que depuis 1791.”

Il est facile de conclure que l’Évêque de Québec ne perd pas de vue les droits de son Église. C'est afin de les sauvegarder et d'assurer dans un avenir pastrop éloigné son organisation parfaite et sa dignité de métropole qu’il consent au démembrement de son diocèse, à la condition que les vicariats apostoliques qui en seront détachés resteront dépendants de l’Église-mère, et, adve-

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nant l'heure où les obstacles seront levés, seront prépurés à devenir évêchés suffragants. Ce sera alors la réalisation parfaite du plan proposé à Mgr Hubert par le cardinal Gerdil, en

Mais voici que le 26 juillet 1818, Mgr Plessis va annoncer à S. E. le cardinal Litta une heureuse nouvelle, dont l'effet dépassera apparemment l'attente de l’Évêque, en laissant la Cour de Rome exposée à croire que le plus gros obstacle à l'érection du diocèse en métropole vient enfin d'être levé. Il annonce, en effet, que Lord Bathurst, secrétaire d’État pour les colonies, (par lettre du 13 janvier précédent), en lui offrant un siège au Conseil législatif du Canada, reconnaît officiellement son titre d’Évêque de Québec. “C’est la première fois, écrit Mgr Plessis, que l’Épiscopat catholique est avoué par le Gouvernement britannique.” L’Évéque entrevoit la perspective de la réalisation prochaine de ses projets pour avancer les affaires de la religion au Canada. Il entreprend, en conséquence, de faire le voyage en Europeet de traiter de vive voix avec la Propagande cette grave question.

Parti de Québec le 3 juillet 1819 il arrive à Londres le 14 août suivant après un court séjour à Liverpool. A peine arrivé il y apprend une nouvelle qui lui permet de croire que l'impression causée à Rome par ses dernières correspondances est par trop optimiste. Mais laissons-lui la plume, pour raconter dans son langage précis et clair cet épisode plutôt pénible de sa carrière.

“ L’'Évêque de Québec, écrit-il,(10) avait entrepris le voyage d'Europe pour divers objets, dont le premier était d’obtenir la division de son diocèse, soit en évêchés suffragants, soit en coadjutoreries ou vicariats apostoliques. Cette affaire demandait à être traitée avec beaucoup de délicatesse et de ménagement auprès de la Cour d’Angleterre. Sa bonne réputation, méritée ou non, auprès de cette Cour, lui faisait apercevoir quelques espérances de succès. Ce premier point gagné, il aurait pu en obtenir un autre et finalement retirer l'épiscopat du Canada de l’état précaire où il

(10) Journal d’un voyage en Europe par Mgr Joseph-Octave Plessis, évêque

de Québec, 1819-1820. Publié par Mgr Henri Tétu, Québec 1903. L'auteur

parle toujours de lui-même à la troisième personne.

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