‹ Le centenaire de l'archevêché de Québec, 1819-1919 [microforme]Chapitre 2 sur 2 · SE · texte numérisé non relu

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avait été depuis la conquête de ce pays par l’Angleterre, c’està-dire depuis près de soixante ans. Mais voilà qu'en arrivant à Londres il apprend par une lettre de son coadjuteur que, peu d’heures après son départ de Québec, il y est arrivé des Bulles du Saint- Siège qui érigent son Église en métropole, et lui donnent, au lieu de suffragants, deux vicaires apostoliques écossais, l’un pour le Haut-Canada, l’autre pour le Golfe Saint-Laurent: division inadéquate qui ne remplissait qu'une partie de son plan, pouvait faire ombrage au clergé canadien, et rendait deux autres sièges plus difficiles à obtenir. Il avait déjà été question de ces deux sujets pour être Vicaires apostoliques, et l’Évêque croyait en avoir assez dit à la Cour de Rome par ses lettres de la fin de 1817, pour l’engager à suspendre cette opération jusqu’à nouvel avis de sa part. Maisc’est surtout l'érection de Québec en métropole, sans en avoir auparavant communiqué avec le Gouvernement britannique, que l’Évêque considéra comme une mesure propre à déconcerter toutes les siennes. Aussi n'approcha-t-il qu’en tremblant le Ministre des Affaires coloniales (lord Bathurst), auquel il ne voulait pas dissimuler où en étaient rendues les choses. Cette information provoqua toute la mauvaise humeur à laquelle on devait s'attendre. Dès le lendemain, lord Bathurst appela le Dr Poynter(11) pour lui faire des plaintes contre la Cour de Rome et le pria d'y écrire pour témoigner son mécontentement”.

Monseigneur Plessis, revenu de sa première surprise, eut tôt fait de se ressaisir et de travailler à remédier au compromis causé par l'émission inattendue de la Bulle érigeant son siège en métropole.

Cette Bulle datait du 12 janvier 1819. Elle avait été bien et dûment rédigée par l’autorité du Saint-Siège, et signée de la main de Sa Sainteté Pie VII. Il ne pouvait donc être question de la faire révoquer. Mais rien n’empêchait de lui faire donner plus d'amplitude, en faisant ajouter aux deux vicariats apostoliques y mentionnés deux sièges nouveaux, ceux de Montréal et de Saint-Boniface. Ce sera l'objet du mémoire que l’Évêque de Québec rédigera à Rome, le 17 novembre de cette même année, et adressera au cardinal Fontana.

(11) Monseigneur William Poynter, évêque d'Halie, vicaire apostolique du district central de l'Angleterre.

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Quant à la dignité nouvelle dont l'honorait le Saint-Siège, tout en témoignant à celui-ci sa profonde reconnaissance pour cette promotion iaespérée, Mgr Plessis se proposait, avec l'agrément de la Cour de Rome, de n’en assumer ni le titre ni les insignes. C’est pourquoi il s’abstint de demander le pallium et ne signa jamais qu’en qualité d’évêque. De cette façon, il évita, dans ses actes officiels et dans les fonctions pontificales, tout ce qui, étant de nature à porter ombrage aux pouvoirs civils, pouvait altérer leurs bonnes dispositions à l'égard de l’Église de Rome. Rome de son côté ne continua pas moins à lui donner dans ses lettres le titre d'archevêque, comme elle le fit également pour son successeur immédiat, Mgr Bernard-Claude Panet.

Mgr Plessis s'empressa (le 14 août 1819) de rendre compte au Préfet de la Propagande de l'impression produite par la nouvelle de l'érection de Québec en métropole. Il se réservait de traiter plus au long de la question une fois rencu à Rome, et de soumettre au Saint-Siège un plan destiné à compléter et à rendre plus efficace la division du diocèse, dont la Bulle ne constituait que des éléments partiels.

Nous croyons devoir donner ici le résumé de ce document important qui aura pour résultat prochain le complément de l’œuvre pour ainsi dire ébauchée par la Bulle du 12 janvier 1819, et de réaliser le principal but qu'avait en vue l’Évêque de Québec en faisant son premier et unique voyage ad limina.

La population catholique totale du Canada à cette époque s'élevait à 500,000 âmes, dont 450,000 dans la province de Québec. Jusque là tout ce nombreux troupeau vivait sous la houlette d’un seul pasteur, sauf la province de Nouvelle-Écosse, à laquelle le Révérend Edmond Burke avait demandé au Saint-Siège d’être préposé comme vicaire apostolique. Afin de mieux pourvoir aux besoins spirituels de ces fidèles, et fort de l’expérience acquise durant ses récentes visites pastorales, l’Évêque de Québec demande que, en plus de l'Évêque de Saldes(12) que le Saint-Siège lui a donné pour coadjuteur cum futura successione, il obtienne quatre autres suffragants ou coadjuteurs avec caractère épiscopal, et que son diocèse soit divisé en cinq parties à savoir :

(12) Mgr B.-C. Panet.

1° Québec, comprenant les districts de Québec, des Trois-

Rivières et de Gaspé, avec 200,000 catholiques :

2° Dans la même province, le district de Montréal, comprenant également 200,000 catholiques, devait être assigné au Révérend Jean-Jacques Lartigue, prêtre canadien, rante ans :

3° Que tout le Haut-Canada, où au milieu de nombreux hérétiques vivent 15,000 catholiques, soit confié au Révérend Alexandre Macdonell, prêtre écossais :

4° La quatrième partie comprenant la province du Nouveau- Brunswick et les les du Prince-Edouard, du Cap Breton et de la Madeleine, avec environ 10,000 catholiques, aurait comme pasteur le Révérend Bernard-Angus McEachern. Advenant la mort de Monseigneur Edmond Burke(13), vicaire apostolique Ga la Nouvelle-Écosse, cette dernière province, comprenant 8,000 Catholiques, serait annexée au même district.

5° La cinquième partie, comprenant toute la série des terres arrosées par les fleuves qui se déchargent dans les baies Hudson et James, se terminerait au sud par le 49e degré de latitude nord, à l'ouest par la chaîne des montagnes Rocheuses, à l’est par les Provinces du Haut et du Bas-Canada, et au nord resterait sans limites connues. Cette vaste région qui ne compte environ que quatre à “inq mille catholiques, mais où l’on espère convertir à la Foi de nombreux indigènes, serait confiée au Révérend Joseph- Norbert Provencher, prêtre de Québec, âgé de 32 ans.

Quant au pays qui s'étend des montagnes Rocheuses à l'océan Pacifique, il n’est Pas encore assez ouvert à Ja civilisation ni assez organisé pour y rendre possible l'établissement d'une Église. Les indigènes, grâce à l'exemple des tribus voisines une fois converties, se laisseront plustard attirer à la Foi. La pénurie des missionnaires empêche pour le moment l'Évêque de Québec d'étendre son zèle jusqu’à ces extrémités. Peut-être la chose serait-elle facile de ! 4 part de la Russie(14) ou de la alifornie. (15)

âgé d'environ qua-

(13) Mgr Burke mourut le 20 novembre 1820.

(14) On sait que les Jésuites, après leur suppression, refuge en Russie.

(15) Peu d'années devaient s’écoule

avaient trouvé un

r avant que Monseigneur Modeste

Demers, le premier apôtre de la Colombie Bri fonder là-bas une nouvelle Église.

itannique, partit de Québec pour

Tel est le résumé de ce mémoire.

Dans une note secrète qui l’accompagnait, Mgr Plessis rappelle à Son Éminence le mécontentement de lord Bathurst dont le cardinal avait été informé par Mgr Poynter. Il est certain, affirme l’Évéque de Québec,que le Roi n’accorderait Pas son consentement à la reconnaissance du titre d'archevêque qui lui donnait une préséance trop manifeste sur l'évêque anglican. Il ajoute que jusqu'à ce que cette reconnaissance ait eu lieu, il ne croit pas devoir assumer le titre ni la qualité de métropolitain.

Le susdit mémoire fut favorablement accueilli par la Pro- Pagande qui ne tarda Pas à se conformer au projet qu'y exposait l'Évéque de Québec.

Monseigneur Lartigue fut élu évêque titulaire de Telmesse, le ler février 1820, et alla résider à Montréal en qualité d’auxiliaire suffragant de Québec.

Monseigneur Alex. Macdonell, nommé évêque de Rhésine, fut sacré le 31 décembre 1820 et demeura à Kingston.

Monseigneur Joseph-Norbert Provencher, nommé évêque de Juliopolis le 12 mai 1823, fut le premier vicaire apostolique du Nord-Ouest.

Monseigneur ernard-Angus McEachern fut élu évêque de Rose, et continua de demeurer à Charlottetown.

Ces quatre évêques exerçaient une juridiction dépendante de l'Évêque de Québec,en attendant que des circonstances favorables Fermissent l'érection de leurs sièges respectifs en évêchés titulaires et autonomes.(16) Cet heureux événement ne devait pas tarder outre mesure, et alors, toute opposition de la part du Gouverne- MC * ayant cessé, l'antique Église de Québec put assumer sans appréhension la dignité de Métropole à laquelle elle avait droit depuis le 12 Janvier 1819.

(16) Les prévisions du cardinal Gerdil, en 1796, s'étaient réalisées,

Le Gouvernement et les populations s'étaient habitués à la présence des évé-

uues ; le fanatisme était tombé, les relations avec l'autorité civile étaient pleines

e cordialité, et surtout la loyauté reconnue des chefs de l'Église au Canada

avait enlevé tout prétexte au préjugé quand Kingston devint siège indépendant

le 27 janvier 1826, et Montréal le 13 mai 1836. Toro: fut érigé immédiatement en évêché autonome le 17 décembre 1841.

La seconde Bulle d'érection en métropoie, en date du 12 juillet 1844, créant définitivement la province ecclésiastique de Québec avec Montréal, Kingston et Toronto comme évêchés suffragants, mettait le dernier fleuron à la couronne de l’Églisemère de la presque totalité des Églises de l'Amérique du nord, et ajoutait un rayon de gloire au nom du grand Laval qui l'avait fondée.

Quand le futur Directeur de la Semaine Religieuse invitera le futur Archiviste de l’Archevêché à commémorer le centième anniversaire de la seconde Buile d’érection de la métropole de Québec, il trouvera dans les corresp ndances échangées avec Rome à ce sujet, et dans le compte-rendu de l'imposition du pallium, ample matière à intéresser ceux qui aiment les vieux souvenirs.

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