Le centenaire de Voltaire (30 mai 1878)
ous voudrions, à propos du centenaire qui se prépare (centenaire, dans ce sens, est un barbarisme, mais qu'importe? On en fait bien d'autres en grammaire et en conduite!/, nous voudrions étudier Voltaire sous trois points de vue : Moraliste, Français, ami du Peuple, en nous rappelant le mot de Tacite : Ncc amore quisquam et sine odio dicendus est. Nous ne parlerons pas de l'adversaire de l'Eglise, de L'insulteur de toute religion, de l'ennemi intime de Jésus-Christ, car c'est là son vrai titre, -a pure gloire aux veux de ceux qui songent à son apothéose ; c'est ce qui leur fait oublier ses obscénités, s^ bouffonneries cyniques, ses fureurs grotesques, ses mensonges, ses lâchetés, quand, au profit de ses haines, il épuise une longue série de lacétieux pseudonymes *, ou, — ce qui est pire, — de noms connus et
souvent respectes, qu'il charge de ses méfaits les plus bizarres, les plus hétéroclites, les plus impies :
Et tu lançais la flèche, et tu cachais la main !
J .- J . Rousseau a dit [Préface de la Nouvelle Héloïse) : « Tout honnête homme doit avouer les livres qu'il publie. » Non : rappeler ses injures, ses railleries, ses blasphèmes contre tout ce qu'il y a de sacré dans le monde, c'est lui mériter la déification ; mais nous voudrions raisonner, s'il est possible, avec les organisateurs de la fête du 3o mai 1878. — Voyons : que dites-vous, là, sincèrement, loyalement, sans esprit départi, sans arrière-pensée, de votre héros? Il ne s'agit point (ce qui, du reste, nous serait fort indifférent) de jeter à la tête de ceux qui ne partagent pas votre manière de voir, Tépithète fort démodée, usée au point d'en être stupide, de clérical, ou les noms de Nonotte, de Patouillet, de Desfontaines, de Saint- Hyacinthe, de Chaumeix, de Fréron, de Sabatier, voire de Berthier, de Foucher, des trois Pompignan, de de Brosses, de Guénée, etc et même des deux Rousseau . — Gela ne prouverait rien, — sinon un manque absolu de bonnes raisons. Nous voulons savoir seulement si l'impiété, quelque fanatique, odieuse, dévergondée qu'elle soit, suffit pour amnistier, glorifier,
apothéoser l'écrivain immoral, le mauvais citoyen, le mépriseur du Peuple 1 Tout s'efface-t-il, tout se pardonne-t-il parce qu'on a beaucoup blasphémé et beaucoup haï?