‹ Le centenaire ou, Les deux BéringheldChapitre 8 sur 21 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

Fuile. — Le général quitte Tours. — Ses Mémoires.

Les événemeus de cette journée se trouvaient tellement liés à toute la vie du général TuUius IJéringheld , qu'il était impossible qu il n'en fût pas gravement aftecté. L espèce de maladie morale qui l'agitait lui donna quelque relâche , et , la curiosité s'emparant de son âme, il résolut de rester à Tours , pour connaî-

trc à fonds l'élre extraordinaire que jusqu'alors il n'avait qu'entrevu , et puisqu'on tenait ce nouveau Protée enchaîné, de pénétrer ce mystère qui enveloppait son existence.

11 fit appeler son général de brigade , lui remit le commandement de la division, ordonna d'aller à plus petites journées , puisque l'empereur ne devait se trouver à Paris que long- temps après l'arrivée des troupes Puis il résolut de se rendre à Paris en poste , après être resté à Tours le temps nécessaire pour satisfaire sa curiosité. Les troupes quittèla ville dès le lendemain.

Le lendemain soir, le général passa la soirée chez le préfet , il y trouva le juge d'instruction chargé de l'affaire du vieillard, ainsi que le substitut impérial et le maire. Sur la fin de la soirée , ces magistrats restés seuls avec le général , le prièrent de se rendre dans le cabinet du préfet. Là , ce dernier lui dit : — Général , il paraît certain que vous connaissez l'individu qui fait en ce moment le sujet de toutes les conversations de la ville : notre curiosité est arrivée à son plus haut période, et nous désirerions bien connaître

Le préfet en était là lorsque

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son secrOlaire parliculicr ouvrit la porte du cabinet et se présenta :

M. le comte, dit-il , je viens vous annoncer, ainsi qua M. le maire un nouvel incident qui n'est pas le moins extraordinaire de Taffaire Béringheld , c'est que ce vieillard a disparu. Le geôlier n'a pas quitté la prison , il a été entouré constamment de personnes dignes de foi; les sentinelles n'ont rien vu , et lorsque le geôlier est entré dans la prison pour apporter au détenu le repas du soir, il a trouvé la chambre vide, sans aucune marque de fuite, sans aucune trace, rien de brisé...

Chacun resta stupéfait, excepté

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legéncral. Les ioiiclionnnires se regardèrent et le substitut sVcria :

— Certes, Messieurs, je suis loin d être superstitieux et crédule, mais je vous assure que cet homme m'a si bien glacé par son aspecU que je n*osais l'envisafi^er, et que je suis obsédé par une idée que je ne puis empêcher d'errer dans mon imagination ; c'est que cet homme possède un pouvoir hors nature...

— Je suis très -disposé à le croire , observa le maire , et il n'y a que la terreur horrible qui s'emparait de lui , à l'aspect du peuple irrité, qui dérange mes idées : cette peur de la mort le

dépouille à mes yeux de ce surnaturel que vous lui attribuez... Cependant j'avoue , que si je l'avais devant les yeux, je ne pourrais m'empêcher d'être persuadé comme vous...

— Nous ferons , interrompit le préfet, un mémoire détaillé de ces événemens, nous l'enverrons au ministère de la police générale.... et si l'on ne découvre pas le lieu de la retraite du vieillard , si les recherches constatent qu'il n'est pas dans l'étendue de l'empire , vous laisserez là , je crois , messieurs , une procédure qui devient inutile par le manque de preuves et de faits.

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— Ed effet , dit le juge d'instruction : il est impossible de baser sur ces faits un acte d'accusation.

— Et il serait difficile de le soutenir , ajouta le substitut.

■■ — Général , continua le préfet^ vous savez que nous n'avons aucun droit à vous demander de satisfaire notre curiosité : après vous avoir témoigné le désir d'apprendre ce que vous pouvez savoir sur cet être bizarre , vous serez â même de nous en instruire ou de nous refuser cette satisfaction; dans le cas où vous voudriez bien nous mettre au fait de ces circonstances , nous vous ju-

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rons tous qu'elles seront ensevelies dans nos consciences.

— Messieurs, dit le général, si le vieillard est échappé , je puis vous assurer que vous ne le reverrez jamais en cette contrée!,..

d*un autre coté, sa fuite me déconcerteautantquevous, sans que j'en sois étonné; je vous avoue que je comptais pénétrer ici le mystère dont s enveloppe cet être extraordinaire, et j'avais l'idée vague qu'il lui serait difficile de se tirer de la position fâcheuse où il était. Puisqu'il s'est évadé , mon séjour â Tours devient inutile , je partirai demain. Mais si vous vous proposez de faire uq mémoire à l'em-

pereur el à la police générale , je sens que je dois vous donner tous les renseîgnemens qui sont en mon pouvoir : ma vie toute entière se trouvant liée à ces éclaircissemens , il y a long-temps que j'en ai consigné, dans un écrit, les bizarres événemens , qu'il me serait impossible de séparer des circonstances qui concernent le vieillard Je vous enverrai le manuscrit avant mon départ : je vous le confie, monsieur le préfet, et je compte sur votre obligeance pour m.e l'adresser à Paris avec la relation fidèle de ces derniers événemens. Je remettrai soigneusement ie tout

a sa majesté , et au ministre de la police générale.

Alors on se sépara, les magistrats firent leurs adieux au général. Le lendemain, Ton peut se figurer l'étonnement dans lequel toute la ville fut plongée , en apprenant la fuite du vieillard. Il y eut autant d opinions différentes que de personnes , et les conjectures ne manquèrent pas.

Le général Béringheld partit, mais, une demi-heure avant de monter en voiture , Lagloire avait été porter chez le préfet un paquet cacheté qui renfermait les mémoires de la vie du général écrits par lui-même.

Le soir mêmej les magistrats qui avaient paru dans l'affaire du vieillard , se réunirent chez le préfet ; il décacheta l'enveloppe du manuscrit et lut ce qui suit à différentes reprises :

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