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Le centennaire du catholicisme aux Etats-Unis [microforme]

Je me considère extrêmement honoré d'être appelé à porter la parole dans une circonstance qui a réuni autant d’hommes illustres. Nous voyons ici dans cette historique cité, assemblés pour rendre hommage à un éminent prélat, des hommes qui se sont distingués dans toutes les carrières de l'existence, portant des noms honorés dans toutes les parties du monde civilisé, des illustrations de l'Eglise qui ont fait preuve d'une sagesse sans égale dans le gouvernement d’une puissante nation, de grands capitaines dont le nom passera à la postérité, des orateurs et des écrivains dont les œuvres sont répandues et recueillies bien au delà des frontières de leur pays: tous également éminents dans leur sphère respective, bon nombre venus de pays lointains, mais rapprochés par la communion du génie et par une commune admiration pour une grande cause et un grand nom.

L'honneur qui m'est fait d'être appelé à dire quelques mots, dans un tel concours, je le rapporte, non à ma personne, mais au pays voisin d’où je viens, et plus particulièrement à la province de Québec que je représente.

Je ne vous étonnerai donc pas si, parlant ici au nom d’une grande province du Dominion du Canada, d’une province immense par l’étendue de sa zone fertile et destinée à nourrir une population plus considérable que celle de plus d’un royaume de l’Europe, j'envisage la carrière de l’archevêque Carroll au point de vue

| de ses relations avec l'Etat, plus particuiièrement que dans sos | relations avec l'Eglise.

ER JM

Ce fut certes une grande figure dans l'Eglise que l'archevêque Carroll ; mais ce fut aussi un grand homme d'Etat

On nous a dit, dans un langege magnifique, ses travaux pour l'Eglise qu'il aimait et les fruits qu'ils unt portés ; l'Eglise qu'il a élevée sur ce sol libre d'Amérique est Len l’une des plus grandes Eglises du monde, c’est par millions qu'elle compte ses membres, elle aspire dans tonte sa plénitude l’air de la liberté, elle enseigne par le précepte et l'exemple que nulle part l'œuvre divine n’est mieux accomplie, et le bonkeur de l’homme mieux assuré que là où la Liberté, la grande et universelle Liberté, jouit d'un plus grand respect.

La liberté et l’autorité, la loi et l’ordre ; les devoirs du citoyen, aussi bien que ses droits ; la certitude que la liberté peut exister dans sa plénitude, sans la licence ; que la liberté engendre l’ordre et non le désordre, que le devoir du gouvernement est d’encourager la liberté et non de la restreindre, que la liberté bien ordonnée est le plus solide piiier de l'autorité, telles furent les leçons que vos pères, les révolutionnaires du siècle passé, vous ont légunées après les avoir scellées de leur sang.

Ils n’eurent pas de plus puissant auxiliaire, d’ami plus dévoué | que le grand archevêque Carroil, pour les soutenir dans l’œuvre | maguifique qu'ils avaient conçue pour arriver au se/f-government. |

Quels temps périlleux que ceux-là ! le sort de la liberté, le sort de l'humanité étaient dans la balance. Si Washington, Franklin, Carroll et leurs illustres compagnon, avaient failli à la tâche que Dieu leur avait confiée, quelle épouvantable calamité, c'eût été pour l'Amérique, pour l'humanité elle-même !

En Europe, l'absolutisme triomphant; des guerres partout, ( guerres de religion, guerres de dynastie, guerres de conquête et

d’ambition, qui avaient refoulé les aspirations et les droits popu-

laires ;—l’Italie partagé entre quelques maisons princières ; —les souverains de l'Allemagne fournissant leurs sujets, comme l’antiquité fournissait ses gladiateurs, comme chair à canon dans les querelles des états voisins ;—la Russie encore sommeillante dans la barbarie ; le nord de l’Europe gouverné par des mains de fer ;— partout dans les Etats, la puissance royale suprême, au-dessus des lois, indépendante de l’opinion.—En dehors de la France, le peuple n osait à peine murmurer : en France même, il ne paraissait y avoir que certaines classes qui réfléchissaient sur les devoirs de l’autorité et les droits du sujet, et par malheur c°s penseurs étaient des

visionvaires épris d’utopie et de théorie; trop souvent même,

hélas ! ils avaient pour guide l’irréligion, des idées et des principes

| nor ‘fondés sur les réalités et l'expérience de la vie, prenant

l'homme non tel que l'a fait la nature, mais en faisant un être à

| l'image de leurs propres conceptions, doué de facultés et de

| qualités imaginaires, et bâtissant là-dessus ces théories gouverne- : mentales qui devaient aboutir à l'effroyable cataclysme de la

Révolution Frurçaise. Los ou ut En Angleterre aussi, un travail se faisa , lutte fondée sur une

plus juste conception des choses, mais lutte faible ; plutôt une dis-

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